LE GLOBE DE L'HOMME MOYEN

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lundi 10 décembre 2018

LA POLITIQUE POLITICIENNE, UN « RÉALISME » ILLUSOIRE : POUR UN RETOUR DE LA MORALE

Il me semble utile, au moment où les Gilets Jaunes reposent avec force la question du fonctionnement de la démocratie, de soumettre à nouveau à mes lecteurs ce texte désormais quasiment préhistorique, puisque je l’avais publié sur ce blog en avril 2010 !
En ressort, dans le contexte du mouvement des Gilets Jaunes, l’absolue nécessité de recréer un authentique contrat social, à travers la création d’une démocratie largement et réellement participative, assumée par un peuple responsable.
Cela passe par un retour au fondement de toute société durable, le contrat moral, l’adhésion réelle, dans les actes et pas seulement dans les mots, à des valeurs autant que possible partagées.
La démocratie faussement représentative instituée par la Ve République a accouché, après plusieurs désolants avortons, de l’actuelle caricature présidentielle. Taillée pour le pouvoir personnel, cette démocrature conduit tout naturellement, par une pente irrésistible, au pouvoir quasi absolu d’une mafia oligarchique méprisante et corrompue par l’excès de son pouvoir et l’avidité sans frein qui en résulte.
Avec comme conséquence un rejet de la politique et une haine croissante des politiciens de la part d’un peuple qui, n’étant plus autorisé à se vivre citoyen, se réfugie dans l’indifférence ou la haine, alternant l’apathie et la révolte selon les variations de l’oppression plus ou moins feutrée dont il est constamment l’objet.
Parmi d’autres mesures non moins nécessaires, l’utilisation du tirage au sort, si elle ne résoudrait pas tous les problèmes d’un coup de baguette magique, permettrait d’approcher de cette démocratie réelle, en impliquant à tour de rôle un grand nombre d’entre nous. Les expériences menées en Islande et en Irlande semblent prometteuses.
Encore une fois, et c’est cela aussi,
la morale : en démocratie, le peuple n’est pas au service du pouvoir, le pouvoir est au service du peuple.
Il serait temps que le citoyen Macron le comprenne et en tire les conséquences.


LA POLITIQUE POLITICIENNE, UN RÉALISME ILLUSOIRE :

POUR UN RETOUR DE LA MORALE




REPARTIR DE ZÉRO : RETOUR À LA CASE DÉPART
Il y a des années que nous débattons sur le sens réel de ces deux mots antagonistes et complémentaires, la droite et la gauche. Ce débat est né pour l’essentiel, me semble-t-il, de l’incapacité récurrente de la pensée dite de gauche à s’incarner dans le pouvoir autrement qu’en se diluant ou se dénaturant, pour finir par se trahir ainsi que ses soutiens, soit en pratiquant plus ou moins honteusement une politique de droite, soit en devenant carrément une dictature d’extrême-droite.
Pour moi, ce n’est plus une question de gauche ou de droite. Il faut repartir de zéro. Nous avons complètement perdu de vue les principes fondamentaux qui légitiment l’existence des sociétés humaines. Bref, il est grand temps de relire Montesquieu et Rousseau, L’Esprit des lois et Le Contrat social !
Depuis trop longtemps, nos sociétés, et particulièrement les sociétés occidentales, alors qu’elles devraient avoir pour visée l’intérêt général, fonctionnent en ne tenant réellement compte que des seuls intérêts particuliers, dont l’exacerbation démente détruit inéluctablement toute possibilité de coexistence harmonieuse entre les individus.


LES LUTTES POLITIQUES SONT-ELLES L’ALPHA ET L’OMÉGA DE LA VIE EN SOCIÉTÉ ?
Au fond, je n’ai pas grand-chose à faire avec la politique au sens où on l’entend actuellement. Gauche, droite, cette distinction ne me paraît plus opératoire, à supposer qu’elle l’ait jamais été, ce dont je doute.
Je récuse la vision du monde des « intellectuels de gauche » telle qu’elle s’est incarnée jusqu’à l’absurde dans la très imprudente et dangereuse démarche sartrienne, à la fois abstraite et manichéenne (ça va merveilleusement de pair) ; il y a du grotesque et de l’odieux dans la commode, fantasmatique et inopérante distinction entre gauche et droite véhiculée par la bonne conscience de gauche. Je me sens beaucoup plus proche de militants du réel (et réellement engagés) comme Koestler ou Orwell, pour qui le problème n’est pas une question de gauche ou de droite, les deux se rejoignant et se confondant à leurs yeux dans le même appétit de pouvoir.
C’est bien le problème du pouvoir qu’il faut régler et ce problème-là ne peut l’être que sur un plan moral, conformément à une éthique. Et sûrement pas en référence à un étiquetage trop souvent opportuniste, qui ne garantit en rien l’authenticité ni la fraîcheur du produit qu’il tente de promouvoir.
J’ai pour ma part déduit de mes nombreuses et parfois cuisantes expériences militantes que la solution n’est jamais dans l’action politique traditionnelle, ni même dans les rapports de force, qui n’ont de vraie valeur que ponctuelle et ne résolvent pas les problèmes de fond ; elle est à mes yeux dans l’action de chaque individu par rapport aux valeurs qu’il reconnaît, et pour la réalisation desquelles il milite dans sa propre vie en compagnie de ceux de ses concitoyens qui les partagent.
J’ai trop vu les enfers engendrés par les meilleures intentions idéologiques du monde pour ne pas m’intéresser d’abord aux actes et à leur signification morale plutôt qu’aux idéologies, aussi séduisantes et apparemment fondées soient-elles.
Étant donné la variété (et parfois la légitimité !) des opinions et des comportements, une société, pour fonctionner, c’est à dire pour que le contrat social engendre un véritable consensus, ne doit pas tant reposer sur des compromis politiques que sur des fondements moraux. Comment vivre ensemble si l’on ne commence pas par s’entendre sur les quelques principes moraux qui permettent de fonder une vie en société digne de ce nom ?
« Valeurs partagées » : je n’entends par là rien de « politique », mais un ensemble de choix moraux qui s’imposent à tous dès lors qu’une communauté humaine se forme autour d’un contrat social, quelles que soient les opinions politiques de chacun.
Ce consensus n’existe plus actuellement, comme le prouvent chaque jour davantage les réactions de plus en plus divergentes engendrées par les innombrables scandales récents : du tourisme sexuel au népotisme, de la corruption mafieuse à la triche footeuse, les règles les plus élémentaires de la morale ordinaire sont ouvertement bafouées, ou pire, violées au moment même où le violeur, la main sur le cœur, déclare son indéfectible respect envers elles…
Si bien que c’est l’opinion publique, cette girouette, qui, en vertu des mouvements désordonnés et incohérents de ses émotions, décrète au jour le jour les limites de l’acceptable, en vertu d’un rapport de force majoritaire prétendument dégagé par des sondages orientés et manipulés.
Une véritable guerre civile est ainsi en train de s’installer entre les zélateurs individualistes du cynisme tous azimuts et de la « loi de la jungle », esclaves dévoués du pouvoir et de l’argent, et les citoyens encore conscients de leur appartenance à une civilisation fondée sur des valeurs trop importantes pour être abandonnées sous prétexte qu’elles ne s’incarnent jamais parfaitement dans une réalité plus complexe que nos idéaux.


LA MORALE, UN SENS COMMUN
Ma vision du monde n’a jamais été fondée sur des rapports de force, mais sur des lois, sur des règles de fonctionnement. Ces lois, je les considère comme naturelles parce que leur application entraîne des effets positifs et que leur transgression déchaîne des forces incontrôlables et destructrices. Elles relèvent donc tout bêtement de ce qu’il est convenu d’appeler le bon sens, n’en déplaise aux élites qui affectent de mépriser ce terme, trop populaire pour ne pas leur paraître populiste.
Le bon sens, par exemple, refuse d’accepter la stupide et criminelle pétition de principe qui voudrait que les pulsions, passions et intérêts personnels puissent, comme par miracle, s’autoréguler. Purement idéologique, dépourvue du moindre fondement historique, la prétendue régulation par les marchés est le péché originel du libéralisme.
Car le libéralisme est un faux pragmatisme : nulle société ne peut se fonder sur une totale liberté accordée aux rapports de force, ne serait-ce que parce qu’une complète absence de régulation morale débouche automatiquement sur le règne corrupteur de l’argent, et s’achève en décadence et autodestruction, comme nous sommes en train de le vérifier une fois de plus – la fois de trop.
Aucune société ne peut perdurer en laissant à la loi du plus fort toute liberté de s’exercer. Tant que nous fonderons nos sociétés sur des rapports de force, y compris sur le rapport de force démocratique qui soumet une minorité à une majorité en vertu de la seule loi du nombre, aucune société ne pourra fonctionner de manière saine.


LA DÉMOCRATIE : QUALITÉ OU QUANTITÉ ?
Il y aurait beaucoup à dire sur cet étrange modèle démocratique qui donne la possibilité à une majorité d’imposer ses choix à une minorité. Là réside à mes yeux l’erreur cardinale du régime démocratique et l’origine de sa sempiternelle et si lassante perversion.
Selon moi, le rapport de force majoritaire aboutit inévitablement à l’oppression, puis à la dictature. D’une part, le processus majoritaire est très aisé à pervertir et à détourner, comme nous avons pu le constater constamment depuis 1958 ; d’autre part, il est vicié dans son principe même : moralement, la notion de pouvoir majoritaire est essentiellement bancale, et ne peut conférer aucune légitimité incontestable, puisqu’elle décale l’origine du pouvoir de la qualité vers la quantité et de la morale vers la loi du plus fort.
Or la seule société possible est celle où non seulement les intérêts de chacun sont autant que possible préservés, mais celle qui admet que des principes qualitatifs, c’est à dire des règles morales, des lois vitales, doivent l’emporter, non seulement sur les intérêt privés, mais sur les intérêts des majorités comme des minorités. La quantité n’est pas un critère de moralité et l’utiliser comme nous le faisons revient à faire rentrer par la fenêtre les rapports de force qu’on prétendait exclure du contrat social.
Il me semble que dans les sociétés animales, les rapports de force sont moins essentiels que la conception sociale qu’ils incarnent : la prétendue loi de la jungle, cette invention humaine, y est inconnue, parce qu’en transformant l’instinct de conservation naturel et légitime en un pervers désir d’augmentation elle programme son autodestruction.
Le rapport de force n’est pas un principe sur lequel fonder une société cohérente et durable. Une société doit être fondée sur des règles de vie en commun, selon des principes admirablement résumés par Orwell dans l’expression « common decency ».

LA SÉPARATION DES POUVOIRS, CONDITION DE LA DÉMOCRATIE
D’autre part, pour devenir et rester le ciment d’une société, la morale qui la fonde ne peut pas être laxiste, et c’est pourquoi l’existence d’un authentique pouvoir judiciaire est vitale pour toute société.
Non seulement la politique est bien obligée de s’encombrer d’un certain nombre de réalités contingentes, mais c’est son devoir d’en tenir compte ; celui de la justice est au contraire de réduire au maximum les contingences du vivant et l’extrême mutabilité qui en découle.
C’est pourquoi c’est au pouvoir judiciaire et non au législatif ou à l’exécutif d’assurer l’intégrité d’une constitution et à travers elle du contrat social dont elle énonce, légitime et en quelque sorte sanctifie les principes.
On retrouve là encore la notion de morale, et l’idée que les valeurs qui fondent la vie en société doivent avoir le pas sur les « nécessités » du moment, sous peine d’invalider, sinon dans les faits du moins dans les esprits, le contrat social.
De ce point de vue, la Cour Suprême des États-Unis, sans être parfaite, est de loin plus conforme à l’esprit démocratique et au bon sens qui veulent l’équilibre des pouvoirs que cette caricature bancale de conseil des sages qu’est ce que j’appelle le Conseil Inconstitutionnel de la république française.
La séparation des pouvoirs, avant d’être une règle de bon sens politique, est une loi éthique fondamentale, dont doivent impérativement, pour être légitimes et fonctionner convenablement, découler les institutions gouvernementales.
D’où la catastrophe que représente le mode de gouvernement instauré par la Cinquième République. En renversant l’équilibre des pouvoirs et en personnalisant outrageusement notre régime politique, l’actuelle Constitution a sapé les fondements mêmes de notre démocratie et ouvert la porte à la formation et à la « légitimation » d’une oligarchie quasiment héréditaire, en voie de reconstituer une féodalité associant clientélisme et népotisme.

PAS DE DÉMOCRATIE SANS MORALE, PAS DE MORALE SANS DÉMOCRATIE
Face au dévoiement de la politique et des politiciens, que pouvons-nous réellement exiger en tant que citoyens ? Pour commencer, comme un strict minimum, l’absence de tricherie, cette forme élémentaire d’honnêteté sans laquelle aucune confiance n’est possible et qui consiste à dire ce qu’on fait et à faire ce qu’on dit. Ce serait une vraie révolution, à un moment de l’histoire où on n’a jamais autant fait le contraire de ce qu’on dit, jamais autant pratiqué la langue de bois, jamais autant manipulé l’opinion.
La pierre de touche, c’est l’accord entre les paroles et les actes. On ne proclame réellement la morale qu’en la pratiquant. Contre l’irrésistible attrait de ce que j’appelle les trois P (profit, pouvoir, paraître), seuls la définition et le respect d’une éthique peuvent permettre de fédérer les individus autour d’un contrat social digne de ce nom.
C’est dire que je ne crois pas au matérialisme, dialectique ou non ! Le marxisme-léninisme, en s’affranchissant de la dimension morale, s’est enfermé dans la même cage que son ennemi apparemment mortel, le libéralisme.
Le matérialisme triomphant, tel qu’il s’incarne dans la société globalisée de consommation et d’extermination du vivant, représente la victoire de la mort sur la vie.
Pour fonder la cité, La Boétie, Montesquieu et Rousseau sont au moins aussi importants que Montaigne, Ricardo ou Marx !
La politique contemporaine n’est devenue si impuissante que parce qu’elle s’est voulue supérieure à la morale, et a prétendu exercer à sa place un pouvoir qui lui échappe par définition. Dès lors il était inévitable qu’affrontée aux intérêts particuliers la politique sacrifie la morale au pouvoir des plus forts, perdant par là toute légitimité.
Ainsi que toute efficacité à long terme : la morale est en fin de compte une question de bon sens, et c’est pourquoi elle déplaît tant aux « entrepreneurs » et autres « aventuriers ». Non seulement elle leur imposerait des limites, mais elle condamne d’avance leurs entreprises en faisant apparaître la futilité et la nocivité d’une vision fondée sur un individualisme forcené et une totale incapacité à envisager un autre avenir que le court terme le plus borné.
C’est ce que la plupart des citoyens ont, peut-être confusément, mais aussi très profondément, compris, d’où leur rejet d’une politique dévoyée et de politiciens corrompus, ou leur renoncement à tout engagement devant l’évidence de leur impuissance à obtenir que les principes les plus élémentaires du contrat social soient respectés. La relative acceptation actuelle de la prétendue loi de la jungle est ainsi due à une forme de contagion, de contamination, à un renoncement, à un dégoût : là encore, à travers l’abstention se révèle la disparition progressive du contrat social.
Dans la mesure où l’État n’est plus le fruit d’un consensus, mais l’aboutissement d’un processus de spoliation du peuple citoyen, les gouvernants actuels, produits de ce qu’Eduardo Galeano appelle si justement la démocrature, n’ont en fait plus aucune légitimité démocratique.


PREMIÈRE À GAUCHE : LA POLITIQUE AU SERVICE DE LA MORALE
Il est donc grand temps que nous repartions de zéro, en posant à nouveau clairement les principes qui nous animent et les conséquences qu’entraîne leur mise en œuvre. Aucune action dite de gauche n’a actuellement la moindre chance de réussir, parce qu’il n’y a plus de repères moraux crédibles pour la légitimer. On ne peut pas, comme par exemple DSK, servir l’économie financière globalisée tout en se réclamant d’une morale qui non seulement lui est totalement étrangère, mais qu’elle s’acharne à détruire parce qu’elle y voit le dernier obstacle à son hégémonie.
Quand elles perdent leur colonne vertébrale morale et ne reposent plus que sur leur chair politique, les sociétés finissent par s’effondrer d’elles-mêmes.
Les partis politiques aussi. Voyez le PS…
Quant à l’UMP, aucun risque de voir s’effondrer ce qui n’existe pas : ce n’est pas un parti politique, mais une simple machine électorale, l’exemple type du détournement à des fins d’accaparement du pouvoir des institutions censées assurer la vie de la démocratie.
En fin de compte, l’opposition entre la gauche et la droite n’est pas pour moi entre les partis qui se réclament de l’une ou de l’autre. Elle se résume à une formule toute simple : ou l’on tient pour la morale et ses difficultés, et l’on est de gauche, ou l’on préfère la loi de la jungle et son simplisme destructeur, et l’on est de droite. Ce n’est pas une question d’étiquette, ni d’appartenance, c’est un choix de vie.

vendredi 7 décembre 2018

BENALLA À LA RESCOUSSE !

Qui sont les « factieux » ?

Qui sont les « putschistes » ?

Ce gouvernement choisit la violence après avoir raté le pourrissement.

Il en portera l’entière responsabilité devant l’Histoire.

C’est pour lui éviter ce déshonneur qui porterait le comble à sa désastreuse Marche vers le Chaos que j’en appelle au Président dans la lettre ouverte que voici.

Le 7 décembre 2018

BENALLA À LA RESCOUSSE !

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RIPOUBLIQUE



Monsieur le Président,

vous n’êtes pas mon président.

Je ne suis pas allé voter, je n’avais pas le choix.

Choisir entre un pire et un autre pire qu’on tente de maquiller pour le présenter comme moins pire, ce n’est pas choisir.

C’est se soumettre au type de manipulations perverses et de tours de passe-passe par lesquelles se fondent contre les peuples les démocratures.

Le résultat, nous l’avons sous les yeux, même si vous refusez encore de le voir.

Demain, samedi 8 décembre, vous tenterez plus que jamais de faire de la Police et de la Gendarmerie votre Garde prétorienne.

Comme vous tentez de privatiser tout le reste, vous tentez depuis un an et demi de privatiser à votre profit et à celui de vos amis les forces de l’ordre, ce qui revient à en faire les forces du désordre.

De ce détournement criminel, à mes yeux la pire de toutes les fautes que vous avez selon moi commises contre notre pays, vous porterez la responsabilité, non seulement devant l’Histoire, mais devant un peuple qui à juste titre ne reconnaît plus aucune légitimité à l’apprenti sorcier que vous êtes.

Alors, pour aller jusqu’au bout de l’ignominie, pour lever définitivement le masque sur la violence inouïe dont, plus encore que vos indignes prédécesseurs, vous êtes porteur, je vous suggère de rappeler au service de la Transe (la France n’a que faire de tels serviteurs) le meilleur de vos gardes du corps, le plus honnête, le plus franc, le plus courageux, car il faut du courage pour cogner sur des gens sans défense, en bref le plus « cash », comme on dit dans votre monde vérolé, celui de la finance folle.

Rappelez l’héroïque Benalla, mettez-le à la place de ce brave Castaner, qui n’a de poil qu’au menton, rendez cet excellent maire à l’amour inconditionnel de ses administrés de Forcalquier, pour qui il est une mère depuis tant d’années.

En ce moment où s’effondre votre belle stratégie de Tartuffe politique, vous avez besoin, Monsieur le Président, de quelqu’un qui ait du poil aux pattes, qui n’ait pas peur de se salir les mains, qui soit rompu aux basses besognes, et prêt à défendre, sinon la République, du moins la personne qui achève d’en faire une Ripoublique.

Cet individu et quelques équipiers, choisis avec autant de sagacité, seront bien plus à même qu’une Police et une Gendarmerie parfois saisies de scrupules, voire d’une empathie déplacée, de réprimer la violence effroyable des Gilets Jaunes avant même qu’elle ait pu commencer à se manifester, ce qui est certainement à vos yeux comme à ceux de vos semblables le comble du bon gouvernement.

La meilleure défense, c’est l’offensive ! Mettre des élèves à genoux les mains sur la tête, ou mieux, menottés, voilà qui les calmera, voilà qui leur donnera une haute idée de la police et de votre conception du dialogue. Ça rappellera de très mauvais et gênants souvenirs, mais bon, dans le contexte, dans l’urgence, on ne peut pas toujours être « moderne », et le retour aux châtiments corporels, à l’humiliation, juste après l’avoir interdit par la loi, ça fait quand même plaisir, surtout quand on est train de se prendre la fessée qu’on a amplement méritée. La vengeance est un plat qui se mange froid, mais on ne crache pas dessus quand il est chaud.

Avec Benalla, vous aurez à l’œuvre ce qui se fait de mieux en matière de police expéditive : les opposants, on va les tuer pour leur apprendre à vivre !

Vous pouvez lui faire confiance, à votre Matamore : il n’existe que par vous.

Il n’est pas sûr qu’il en aille de même pour les policiers et les gendarmes, qui ne sont pas tous des amoureux de la castagne, prêts à s’acharner à 7 ou 8 sur des retraités qui commettaient ce crime monstrueux de marcher (comme vous nous l’aviez si instamment demandé lors des élections) pour tenter de changer, au moins un peu, le monde, votre monde, dont par vos soins ils sont de plus en plus exclus.

Les policiers et les gendarmes aussi sont des fonctionnaires et ont à souffrir de vos délires macroéconomiques, c’est leur retraite à laquelle vous voulez vous attaquer, ce sont aussi leurs enfants que vous faites parquer comme des terroristes, comme du bétail rassemblé pour l’abattoir par des brutes en uniforme qui n’ont rien à faire dans les forces de l’ordre.

Policiers et gendarmes voudront-ils longtemps vous suivre dans cette répression démesurée et devenir de fait, bien plus que quelques casseurs irresponsables et quelques pillards opportunistes, des « factieux », des « putschistes », en se faisant contre la République et la démocratie les serviteurs d’un système oligarchique à bout de souffle et qui les broie dans le moment même où ils cassent du casseur – et surtout des citoyens ?

Pas de doute, Monsieur le Président, Benalla est l’homme de la situation. De votre situation…

Allez, osez être disruptif, ça aurait de la gueule, un Benalla Ministre des Tas, Sinistre de l’Intérieur !

En post-scriptum, je joins à votre intention et à celle de mes lecteurs un superbe décryptage de la langue de bois que vous pratiquez avec une lassante et peu fructueuse obstination.
Nous savons désormais qui vous êtes et ce que vous voulez, épargnez-nous vos beaux discours hypocrites.
La vérité de votre régime, la voilà :
https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/12/06/mantes-la-jolie-des-images-choquantes-de-lyceens-interpelles-par-la-police_5393757_1653578.html


IGNOMINIE ET DUPLICITÉ DE LA NOVLANGUE MACRONISTE

PDF - 141.4 ko
Voir en ligne : https://blogs.mediapart.fr/patrick-...

dimanche 25 novembre 2018

LES PETIT.E.S CON.NE.S

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » 

Dom Helder Camara, évêque de Recife (Brésil)



C’est la dernière fois que je parle ici de politique au sens étroit du terme.
J’ai assez dénoncé ce que je déteste pour revenir désormais à ce que j’aime et n’ai cessé d’aimer, comme le montre le dernier petit texte publié sur ce blog il y quelques jours !
Face à l’horreur économico-financière, les mots ne suffisent plus.
La mort est au pouvoir. Car le règne du fric mène tout droit au triomphe de la mort, comme le prouve la catastrophe en cours.
Il est temps de crever l’abcès et de vider le pus.
Les mots ne serviront ici, une fois encore, qu’à appeler un chat un chat, à soulever le masque et regarder en face le grouillement de la mort au travail, à mettre à nu la réalité terrible et dérisoire du cancer qui nous ronge.
L’ancien monde déguisé en monde nouveau pue plus encore que ce qu’il prétend remplacer et dont il est en fait la version ultime, poussée à l’extrême.
À nous, si c’est encore possible, de créer un vrai nouveau monde, c’est à dire un monde enfin vivable pour tous – y compris pour les autres espèces animales que nous entraînons dans notre naufrage.

Vous comprendrez peut-être mieux la dureté du texte qui suit si vous commencez par regarder le débat intitulé « LA CASTE ».
Vous pouvez aussi écouter l’émission Les Intouchables d’État de « Secrets d’info » (France-Inter) sur la mafia des très hauts fonctionnaires, le pantouflage et le rétro-pantouflage systématiques de cette caste oligarchique.
Vous pouvez enfin consulter
les trois articles joints en pdf après ma petite intervention.
Ce ne sont là malheureusement que quelques exemples entre mille de ce qu’est la mondialisation financière dans sa pimpante version frenchy…



LES PETIT.E.S CON.NE.S



Il est des propos qui, au-delà de leur sottise, disent tout d’un homme.
« J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision », assénait il y a quelque temps Emmanuel Macron dans la NRF, rappelant une fois de plus combien il prend au pied de la lettre le sens étymologique de son prénom. En hébreu, Emmanuel veut dire : Dieu avec nous, Gott mit uns, si vous préférez, Jupiter, pour les intimes.
Contrairement à ce tyranneau infantile, et comme tous les êtres humains qui se voudraient dignes de ce nom, je juge non seulement légitime mais absolument indispensable d’expliquer le pourquoi de décisions qui engagent autrui…
Sauf à se vouloir dictateur échappant à tout devoir comme à toute responsabilité.

Mes opinions n’engagent que moi, mais il arrive qu’elles heurtent autrui, et je trouve alors nécessaire pour moi comme pour mon interlocuteur de tenter d’en expliquer les raisons.
Un ami m’ayant dit sa gêne devant la crudité de mes propos concernant les hommes de pouvoir, j’ai décidé de procéder à un petit examen de conscience, exercice salutaire s’il en fut, à condition d’être volontaire, l’autocritique à la soviétique s’étant finalement avérée plutôt contre-productive, du moins pour celui qui, cas de le dire, s’y livrait.
Je me suis donc demandé pourquoi, quand je pense aux hommes politiques, et plus particulièrement aux membres des gouvernements et aux présidents de notre supposée République, et tout spécialement aux derniers en date, me venaient aussitôt à l’esprit ces deux mots peu flatteurs : petits cons, qu’en l’occurrence il serait nécessaire, pour respecter la présence quasi paritaire du sexe féminin, d’écrire inclusivement : petit.e.s con.ne.s.

Comment, au nom du ciel, pouvez-vous vous laisser aller à de telles outrances, me direz-vous ? Outrances, vraiment ? Nullement. Je sais très bien pourquoi je suis raisonnablement fondé à avoir si mauvaise opinion des membres de la caste oligarchique qui ont confisqué le pouvoir et réduit la démocratie à une sinistre pantalonnade.
Ce qui m’étonne, c’est que nous ne soyons pas tous d’accord sur ce diagnostic dont l’évidence saute aux yeux, et prêts à prendre les mesures nécessaires pour faire en sorte que le gouvernement du monde cesse d’être exercé par des cons, petits ou gros, selon la taille du pays où ils sévissent, ce qui commencerait, eût dit La Palice, par ne plus voter pour eux…

Attention ! Je ne suis pas misanthrope, je ne déteste que les hommes de pouvoir, de paraître et de profit, ces dinosaures, néfastes survivants d’un stade primitif de l’humanité que l’évolution n’a pas encore réussi à faire disparaître, alors même qu’ils sont les auteurs principaux du désastre qui menace aujourd’hui la survie de notre espèce.
J’ai eu la chance de rencontrer au fil du temps beaucoup de gens aux parcours très riches – dans un sens moins pauvre que celui que nous donnons généralement à cet adjectif –, des êtres à la fois forts et sensibles, dont les actes et la parole m’ont enrichi, au vrai sens de ce terme perverti par l’adoration de l’argent ; ils ne sont peut-être rien aux yeux du Petit Con en Chef du jour, mais ils sont tout ce que j’aime, respecte et admire chez mes frères humains : de braves gens, capables d’aimer, de donner et de recevoir, qui connaissent la valeur de la gratuité et préfèrent la coopération à la compétition. Ils ne sont pas premiers de cordée, mais ils transportent des montagnes, et sans frimer. Les voir vivre m’encourage à vivre avec eux, quand les faits et gestes de notre micro Jupiter me feraient désespérer de l’humanité si je n’étais pas persuadé que la stupide et criminelle engeance des autoproclamés premiers de cordée est bien moins nombreuse que celle des humains dignes de ce nom.

Est-ce le souvenir de mes années d’enseignement, où, n’en déplaise à leurs géniteurs offusqués, j’ai eu affaire à quelques petits cons gratinés, qui promettaient de devenir des vieux cons de référence ? Ou s’agit-il du souvenir beaucoup plus ancien des cours d’école où certains d’entre nous, déjà assoiffés de pouvoir et de reconnaissance, cherchaient avec une rigueur véritablement scientifique à savoir qui pissait le plus loin ?
Le fait est que, dans ces premiers de cordée que tant de mes congénères adulent, je ne peux voir, à mon grand regret, que des petits cons tout à fait indignes d’exercer quelque responsabilité que ce soit, absolument illégitimes parce qu’en même temps criminellement incompétents et profondément corrompus. Comme le prouvent leurs résultats et la mortelle contradiction qui sépare leurs discours de leurs actes, faisant de ces apprentis sorciers de vivants oxymores en même temps que d’ignobles Tartuffes…

À ce titre, les entendre par exemple parler de « responsabiliser les chômeurs » est à hurler de rire. S’il est des gens qui devraient être responsabilisés, et d’urgence encore, ce sont bien les hommes de pouvoir actuels, tant publics que privés ! Voyez Cahuzac, qui n’ira pas en prison, voyez Carlos Ghosn qui est provisoirement en taule, voyez le directeur de cabinet de l’Élysée, bref, voyez-les tous pour ce qu’ils sont en vérité : une caste de canailles mafieuses prêtes à tout pour faire perdurer leur pouvoir et augmenter leur fortune, en soumettant définitivement l’intérêt général à leurs intérêts privés.
En témoigne le fait absolument invraisemblable que la plupart de ces hommes qui se prétendent « politiques » ne mettent pas aujourd’hui l’écologie au tout premier rang de leurs réflexions et de leur action, prouvant clairement par là qu’ils sont en même temps des cons et des salauds.

Comment dans ces conditions ne pas considérer la quasi totalité des membres du gouvernement, l’immense majorité des députés, mais aussi hélas une partie non négligeable de la population française comme un incroyable conglomérat de sinistres cons ? Quoi de plus stupide que de sacrifier le long terme au court terme ?
Et peu importe après tout, que les individus en question ne soient pas des petits cons 24h sur 24 ; ce qui crève les yeux, c’est que sur l’essentiel ils pensent et agissent comme tels.
On me dira que les nommer ainsi, c’est ne pas mettre l’accent sur leur dangerosité. Tout au contraire, car selon moi rien n’est plus dangereux que le petit con, ne serait-ce que parce qu’au départ il n’est pas pris au sérieux, témoins Adolf Hitler et Joseph Staline par exemple.

Le petit con, est, cas de le dire, un danger public.
Il se reconnaît à de nombreux indices, dont la réunion, je devrais dire la synergie, établit de façon indiscutable la réalité de son statut de petit con.
Tout d’abord, le petit con est libéral, il est même néo-libéral, parce qu’il incarne, à ses yeux du moins, le nouveau monde, qui est, ça va de soi, le seul monde possible, qu’il convient donc d’imposer par tous les moyens à d’éventuels récalcitrants, fussent-ils majoritaires. There Is No Alernative ! Place, manants, au règne définitif des petit.e.s con.ne.s. !
C’est que le petit con est radicalement incapable de penser, encore moins d’admettre, qu’une autre vision du monde que la sienne soit seulement possible. Le petit con exige que le monde entier lui ressemble, mieux, qu’il soit à son image. Logique : le petit con a toujours raison, et il sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux et surtout pour lui et ses amis. D’où son refus d’expliquer ses décisions, même, et surtout, quand elles engendrent des catastrophes. Tranchons le mot : le petit con ne doit pas être jugé sur son discours, le petit con se reconnaît à ses œuvres.
De son côté, il reconnaît instantanément ses pareils, les parasites fous de pouvoir et de fric, tous ces grimpeurs en solitaire qu’il appelle improprement « les premiers de cordée », révélant la pauvreté abyssale d’une vision du monde réduite à l’individualisme le plus étriqué.

Conséquence logique de son admirable et si complexe Weltanschauung, le petit con, qui est un profond philosophe et ne manque jamais de le rappeler par quelque citation choisie avec soin par ses nègres, est persuadé que tout le monde veut être milliardaire. Existe-t-il quelque chose de plus désespérément con que d’avoir pour but dans la vie de devenir milliardaire ? Seuls les petits cons sont assez stupides pour vouloir avoir trop d’argent et croire qu’on a raté sa vie si on n’a pas pu s’acheter une Rolex avant 50 ans…
Nos petits maîtres se voudraient modernes, mais ces jeunes vieillards étaient déjà tout entiers, au naturel, dans Marx et dans Proudhon, il y aura bientôt deux cents ans…
J’en profite pour suggérer aux adorateurs contemporains du Veau d’or, pseudo philosophes décomplexés à la pensée complexe ou simples mortels, de lire, à défaut du Capital de Karl Marx, le Sermon sur les richesses du Révérend Père Bourdaloue, jésuite de son état, prononcé il y a belle lurette pour le bénéfice d’une caste de profiteurs suffisamment bien installés dans leurs fromages pour être plutôt moins avides et moins corrompus que nos actuels oligarques.

À l’inverse, la caste qui a progressivement accaparé le pouvoir depuis bientôt cinquante ans fait preuve de toute la grossière avidité du nouveau riche découvrant le pouvoir et l’espérant en même temps absolu et éternel. Une vulgarité, un sans-gêne jamais atteints dans notre pays, c’est bien tout ce qu’elle a de nouveau…
On ne voit plus qu’elle, elle occupe toute la place, tous les postes, se répandant comme une irrésistible tumeur maligne, se métastasant dans tous les domaines, du politique à l’économique en passant par l’art et la culture, pourrissant tout ce qu’elle touche.

Je regarde et j’écoute sur France-Inter tous ces jeunes loups dont l’expérience de la vie se résume, au long d’un parcours dûment fléché, à la poursuite d’une carrière. Qu’ont-ils réellement vécu, ces bons élèves formatés en vase clos par des enseignements abstraits, que connaissent-ils du monde ? Très sûrs d’eux et du logiciel qu’ils appliquent sans l’avoir jamais étudié en profondeur, encore moins remis en question, ils pérorent, tels des enfants singeant les grands. Courroies de transmission d’une idéologie ultralibérale suicidaire, ignorant tout des réalités dont ils parlent, qu’ils ne connaissent que sur dossier, protégés de tout contact avec la plèbe, enfermés dans leur consanguinité d’enfants gâtés de la République, refusant tout débat sérieux, ils tranchent de tout du haut de leur inexpérience et de leur infinie médiocrité.

Ainsi ces trop bons élèves jouent-ils nonchalamment avec la vie d’autrui, dont ils ne connaissent rien et qu’ils ne veulent surtout pas connaître.
Incapables par construction de comprendre qu’ils ont affaire à des vies réelles, ils prennent pour un super jeu vidéo ou une méga partie de Monopoly l’incommensurable somme de travaux, d’efforts, de créations, de souffrances dont est faite la vie des êtres humains normaux. Indifférents aux petits bonheurs qu’ils détruisent comme aux grands malheurs qu’ils engendrent, ces gamins mal élevés dépourvus de tout surmoi jouent à des jeux de pouvoir qui les dépassent et dont ils ne perçoivent aucunement les vrais enjeux.
Leur cynisme, leur absence totale de convictions et leur carriérisme effréné apparaissent clairement dans leur parcours politique : comparé à ces girouettes, un Edgar Faure, antique référence du retournement de veste, était un modèle de fidélité et de continuité. Leur fonctionnement naturel est celui du mafieux, qui n’est fidèle que tant qu’il ne voit pas d’avantage à trahir. Interchangeables, ils peuvent passer d’un parti à l’autre, l’important étant de surnager, d’apparaître, de faire le buzz, de prendre toute la place et toutes les places.

Ce qui frappe, chez ces zombies clonables à l’infini dans la couveuse de l’ENA, ce Meilleur des mondes en réduction que n’eût pas désavoué Huxley c’est leur uniformité dans l’absence d’humanité. Sous ces masques lisses on ne ne sent ni vécu, ni sentiment, ni empathie, juste l’obsédante volonté de s’imposer à tout prix. D’où la platitude permanente de leur discours, constamment rhétorique, fidèle reflet de leur absence d’éthique et de leur fondamentale insincérité. Comment pourraient-ils être sincères, puisqu’ils n’ont jamais rien vécu, puisqu’ils ne voient pas ceux qu’ils ont en face d’eux, et puisqu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes ? Ils sont parvenus à un tel degré de mensonge à soi-même et à autrui qu’ils vivent désormais dans une fiction économico-financière imperméable à toute réalité concrète, qui se déploie hors-sol, dans l’apesanteur d’une inconscience et d’une irresponsabilité revendiquées comme le mode de gouvernement idéal…
Ils se sont coupés de nous, ne nous voient ni ne nous entendent, mais ils entendent nous gouverner, ou pour mieux dire, continuer à se servir de nous pour mieux se servir.

« Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont attachées à notre destinée et ont une signification qu’il nous appartient de déchiffrer » a écrit Mauriac.
Nous méritons les Macron, comme nous méritions les Chirac, les Sarkozy, les Hollande, les Cahuzac et les Fillon. Nous méritons les Ghosn, les Bergé, les Schiappa, les Ferrand, les Philippe. Ils ne sont que le reflet de notre décadence, ils témoignent de notre réalité, de ce que notre monde est devenu : un vaste bordel géré par des maquereaux mafieux, où tout est à vendre, où tout se monnaye, jusqu’à l’honnêteté. Gare à qui refuse de se prostituer, il sera violé, sans ménagement : honte à celui par qui le scandale arrive !

Car l’actuelle « élite » gouvernante, ce 1% de malades mégalomaniaques, ne s’en cache plus : elle aura notre peau si nous ne l’arrêtons pas enfin dans son envol, parce que son pouvoir ne peut perdurer que sur notre ruine et notre asservissement définitifs. Comme le signalait il y a quelques années avec la sérénité du devoir accompli le milliardiare Warren Buffet, « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».
Ce qui se passe actuellement en France et plus généralement dans le monde, c’est une contre-révolution autoritaire, la mise en place qui se voudrait définitive d’une dictature oligarchique de type mafieux. Un Reich de mille ans, en somme. Souhaitons-lui le même sort qu’à celui des nazis.

Contrairement à ce que prétendaient pendant la campagne présidentielle les adeptes incultes du prétendu « nouveau monde », il est essentiel de se souvenir de l’ancien monde, ne serait-ce que pour ne pas retomber dans les erreurs qui ont entraîné sa destruction.
Dans cette optique, je livre donc à votre réflexion cet extrait du discours de réception prononcé par André François-Poncet pour la réception de Jérôme Carcopino à l’Académie française :
« Une partie importante de votre œuvre est consacrée à la fin de la République Romaine. Cette République agonisante, vous la dépeignez sous des couleurs fort sombres. Tandis qu’elle est en proie aux convulsions, on y prononce encore de grands mots, on se réclame de grandes traditions ; mais sous l’influence délétère de la Grèce et de l’Orient, les institutions s’affaissent, les mœurs se corrompent, dans l’impuissance des lois. L’aristocratie est assoiffée de luxe, d’argent, de jouissance. La classe moyenne disparaît. La plèbe, versatile, nourrie par l’État, amusée par l’État, brise le lendemain l’idole de la veille, se rue au cirque et aux jeux et néglige de plus en plus le travail. Les Juges, les avocats sont vénaux, les proconsuls, déprédateurs. La guerre extérieure est pratiquée, moins pour la sécurité ou la gloire que pour le butin qu’elle rapporte. Tout se relâche, sauf l’acharnement des luttes de personnes et la violence des rivalités de factions. »

Si cela ne vous rappelle rien,

voyez le débat intitulé « LA CASTE »
et écoutez Les Intouchables d’État
sur la mafia des très hauts fonctionnaires.

Sur le même sujet, vous pouvez lire ce très éclairant article de Laurent Mauduit :
PDF - 182.9 ko

Plaidoyer pour la suppression de l’ENA et de l’inspection des Finances


Pour compléter le tableau et élargir la perspective, les deux articles qui suivent permettent de mieux comprendre à quel point l’oligarchie financière mafieuse se paye notre tête…
et notre peau !

PDF - 209.7 ko

Budget 2019 : champagne pour les entreprises, des miettes pour les ménages

PDF - 82.8 ko

Danske Bank, le scandale qui pertube la finance européenne

Enfin, cerise sur le gâteau, l’article de blog effectivement tiptop de TIPTOP intitulé

Gilets Jaunes : vers une révolution fiscale ? Oui, mais laquelle ?
https://blogs.mediapart.fr/tiptop/b...

Les commentaires qui suivent cet article sont également fort intéressants !

samedi 10 novembre 2018

LE 1er NOVEMBRE


À l’inconnue

LE 1er NOVEMBRE



Quelques jours plus tôt, alors que mon ami Jean se remettait doucement d’un été qui l’avait vu frôler le grand passage, je lui avais proposé de commencer notre septième création ensemble en nous penchant sur ces choses petites ou grandes, souvenirs, événements, rencontres, qui nous donnent encore envie de vivre. Je me demandais par quoi j’allais bien pouvoir commencer ma célébration de la vie telle qu’envers et contre tout je persiste à l’aimer.
L’amorce que je ne trouvais pas m’attendait à Paris où j’étais venu rendre visite à deux morts bien vivants, Picasso et Caravage. Sortant du second, je prenais mon traditionnel Earl Grey chez de vieux amis non moins défunts et non moins présents, les Jacquemart-André, quand me fut offert à l’ improviste le cadeau le plus délicieux.
C’était le premier novembre, jour des morts.
Elle est si vivante, la jeune femme, si jolie, affectée avec naturel, naturelle avec afféterie – l’éternel féminin comme je le vois et le rêve depuis que j’ai conscience qu’une femme n’est pas un homme et que c’est non seulement intéressant mais vital d’y aller voir.
Ses mains ravissantes, comme animées d’une vie propre mais nullement agitées, gracieusement mobiles et, rarissime accord, à la fois justes et sophistiquées dans l’expression, encadrent d’une dentelle frémissante un visage délicat aux traits aussi fins qu’idéalement tracés, qui illustrent fidèlement les moindres nuances de ce qu’elle vit dans l’instant et veut partager.
Cela bouillonne, cela jaillit, cela vit. Et cela est contagieux, tellement !
Car cela rayonne, irradie, évidence que rien ne saurait contrarier.
Je tente, pour calmer le jeu, de l’imaginer dans la colère. Je n’ai aucune peine à la voir en furie, et comme prévu, l’impression n’en est que plus forte…
Il fallait bien cela pour que surmontant ma très ancienne timidité – par chance, son amie est allée faire un tour al bagno – je me lève, aille à elle et lui dise tout à trac que je vais écrire sur elle, lui donnant en même temps ma carte afin qu’elle puisse, si le cœur lui en dit, aller voir le résultat sur mon site, non sans la prier de m’excuser de mon indiscrétion, due, bien entendu, à l’excès même de sa beauté.
Si j’étais encore parisien, je lui proposerais de poser pour moi.
Cela se passait sous la fresque de Tiepolo, du balcon de laquelle, penchée sur nous, toute une foule de courtisans suivait l’affaire, avec une curiosité complice et un zeste de tendre ironie.
Nous étions le premier novembre, et la vie n’en finissait pas de ressusciter.

mardi 28 août 2018

TANT VA LA CRUCHE HULOT…

TANT VA LA CRUCHE HULOT…

 

 

Nicolas Hulot a fini par trouver le courage de mettre fin à une situation ubuesque.

Ce n’est pas un mince mérite.

Dans une époque dominée, ou plutôt confisquée et écrasée par les pervers narcissiques, ces as de la communication, ces story-tellers dont le seul but est de meubler leur vide intérieur en se sentant exister toujours davantage dans les yeux d’autrui et à ses dépens, la sincérité d’Hulot, son idéalisme et son goût pour l’empathie faisaient tache tout en le rendant vulnérable aux manipulations intéressées des Tartuffes qui l’avaient attiré dans le piège d’un « pouvoir » d’avance miné.

Sans trop vouloir l’avouer, Hulot en a eu assez d’être fait ouvertement cocu à longueur de mandature par ces prétendus « amis » dont il était très vite devenu l’otage.

Hulot a le mérite de croire à l’amitié, ce qui est en politique le comble de la naïveté. Mais si sa bonne nature l’a fait s’égarer un temps dans les jeux stupides et désastreux de ceux que j’appelle les « PETIT.E.S CON.NE.S », il n’en a pas moins depuis le début raison sur le fond.

Particulièrement quand il souligne, avec l’honnêteté qui le différencie des politiciens tarés qu’engendre par nature la détestable Ve République, les contradictions tant personnelles qu’universelles inhérentes à l’espèce humaine, contradictions que le progrès technologique a rendu ingérables.

Il y a incompatibilité entre le caractère infini de nos désirs et de nos ambitions et l’évidente finitude de notre planète : depuis que nous avons les moyens de nos fantasmes, nous nous suicidons avec l’allégresse de l’inconscience et l’obstination de l’aveuglement volontaire.

La mutation technologique appelait une mutation de l’espèce qui pour l’heure n’est pas même entamée. Nous jouons avec la chimie et le nucléaire comme des nourrissons avec une boîte d’allumettes ou une bouteille de déboucheur de chiottes ; nos motivations et nos comportements sont ceux des enfants de 4 ans, comme le prouvent après tant d’autres les errements aussi stupides que cyniques des deux têtes de l’exécutif, qui battent tous les records d’incompétence, d’autosatisfaction, de malhonnêteté et d’autoritarisme pourtant portés à des hauteurs himalayesques par leurs prédécesseurs.

Le constat de Nicolas Hulot ne servira peut-être à rien, parce qu’il est trop évidemment indiscutable. Le seul moyen de le recevoir, pour une société humaine en pleine déliquescence, est le déni.

Les efforts que demanderait l’effondrement écologique en cours sont bien trop importants pour être acceptés, du moins tant que chacun de nous espère contre toute évidence pouvoir tirer son épingle du jeu.

Mais du jeu planétaire, du jeu des éléments, nul ne peut retirer son épingle.

Le jeu ne nous a jamais appartenu, et il s’apprête à continuer sans nous…

Si la démission aussi courageuse que logique de ce ministre atypique pouvait être une piqûre d’épingle aidant à dégonfler la prétentieuse baudruche de nos illusions et à nous faire prendre conscience de l’urgence d’agir pour de bon, Hulot n’aurait pas perdu son temps, et sa lucide naïveté aurait eu raison du cynisme aveugle de ces ratés de l’évolution que sont hommes et femmes de pouvoir, de paraître et de profit.

mardi 17 juillet 2018

REMARQUES EN PASSANT 30


REMARQUES EN PASSANT 30

Footez-nous la paix avec votre Transe !


On a le droit d’aimer passionnément le football – on aimerait avoir aussi celui de ne pas l’apprécier. Particulièrement quand on veut nous imposer de participer au nom de la France à la Transe qu’il engendre chez ses fanatiques.
Quand un pays tout entier pense avec ses pieds et s’en félicite, il n’y a pas de quoi pavoiser.
Confondre France et transe, communion et conneunion, c’est prendre l’hystérie collective pour de l’enthousiasme.
Cette « victoire » est celle de l’argent-roi, elle illustre notre irrésistible décadence morale et politique, et confirme notre dévote soumission à la corruption généralisée.
Ce triomphe est celui de l’aliénation universelle, de la joie obligatoire et de la manipulation systématique.
Quant aux « intellectuels » qui volent au secours de « notre » victoire pour tenter de lui donner le lustre de l’épopée, ces Gribouilles feraient pitié s’ils n’étaient avant tout des traîtres à l’esprit, complices intéressés ou naïfs de toutes les dérives en cours.
Au fait, qui parlait de populisme ? Pris dans son acception la plus péjorative, jamais ce mot si souvent utilisé mal à propos n’aurait été mieux employé…
C’est sans doute pourquoi on ne l’a pas entendu.

Ce n’était qu’une remarque en passant. D’autres suivent ci-dessous, si le cœur vous en dit, comme disait Lucien Jeunesse…


« Tout ce qu’on peut vraiment affirmer, c’est peut-être que la plus grande menace pour l’humanité réside dans le fait de renoncer à des scrupules individuels en faveur de dénominateurs institutionnels. D’adopter des slogans, d’accepter sans rien dire des animosités préconditionnées de préférence à des décisions difficilement prises par la conscience individuelle et humaniste. Le véritable héroïsme réside, comme il résidera toujours, non pas dans le conformisme ni même dans le patriotisme, mais dans des actes de courage moral solitaires. »
John Le Carré, The clandestine Muse

« Je n’ai jamais aimé de toute ma vie quelque peuple ou quelque collectivité que ce soit – ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni quoi que ce soit d’autre du même genre. Je n’aime effectivement que mes amis et je suis absolument incapable de tout autre amour. »
Hannah Arendt

Ernest Renan le disait en 1882, à la fin de sa conférence
Qu’est-ce qu’une Nation ? :
« Le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ».



ALTRUISME
Je ne crois guère à l’unanimité, et tout consensus m’est d’emblée suspect.
Quant aux supposées forces de l’ordre, elles sont trop enclines à se mettre au service des désordres de tous les pouvoirs pour que j’aie en elles une confiance aveugle.
Mais je crois à des valeurs sur lesquelles nous pouvons tous, au moins par moments, nous accorder, quand un lieutenant-colonel de gendarmerie donne sa vie pour elles, pour sauver, très concrètement et très simplement, un autre être humain.
J’admire d’autant plus son sacrifice que je ne suis pas du tout sûr que je serais capable d’accorder ainsi mes actes à mes intentions. Avoir en tête des valeurs est bien, y être fidèle au risque de sa vie est une toute autre affaire.
Je garderai la mémoire de cet homme, dont la conduite fait d’autant mieux apparaître, en un terrible contraste, l’ignominie du comportement d’un ancien président de la république aux pratiques manifestement mafieuses, véritable modèle de lâcheté et d’hypocrisie, poussant la fourberie jusqu’au grotesque, qui ne cesse de parler de son honneur alors qu’il ignore jusqu’au sens de ce mot et déshonore en même temps que lui-même le pays qu’il a dirigé avec une invraisemblable irresponsabilité.
Il est des hommes qu’on honore, il est des pauvres types qu’on méprise.
À en juger du moins par les divers présidents de la Ve République, les serviteurs valent presque toujours mieux que les maîtres. Il serait temps qu’ils s’en avisent, au moment où la situation de notre espèce se révèle à chaque instant plus désespérée, et par notre faute.
Le dérèglement climatique et la 6e extinction de masse des espèces vivantes sont désormais hors de tout contrôle, resterait à tenter de gérer le désastre pour en minimiser si possible les conséquences, bref à tenter de devenir responsables, à l’image de l’homme que nous célébrons et à l’inverse de nos « responsables »…
Mais c’est encore trop nous demander, et nous continuons de plus belle à regarder ailleurs et à nous laisser obnubiler par des détails, espérant oublier la réalité à force de divertissement.
Les enfants aussi croient échapper à leurs peurs en fermant les yeux pour ne pas voir les images qui les poursuivent.
Il y a des buts plus importants que les tristes célébrations de ceux de nos prétendues équipes nationales. Il est vrai qu’on ne risque pas de les atteindre en restant le cul posé sur un divan. Il est tellement plus facile de crever vautré que de vivre debout…

AMÉRICAINS
Les américains ? Ils arrivent avec leurs gros sabots, ils ne savent rien et ils décident de tout.

BERNADETTE
En ce qui concerne Bernadette, morte depuis 7 ans, c’est simple : je me reconnais le droit de vivre sans elle, je ne me reconnais pas le droit de l’oublier, et le voudrais-je que j’en serais incapable. Il est des présences qui se moquent de l’absence.

BILAN
Je viens d’écouter le charmant et un peu futile Debray chez Laure Adler. Il est sympathique, il a l’humour des idéalistes désabusés ayant pris du recul sur le banc de touche, mais il en est resté aux vieilles lunes des Lumières et prend Valéry pour un prophète.
Il sent plutôt juste, mais il pense faux, croit que le seul vrai progrès est technologique, n’a pas la moindre idée de ce qu’est l’écologie ni de la situation actuelle, se complaît à des paradoxes puérils et caresse de modestes rêves de postérité.
Bref, son Bilan d’une faillite semble être l’agréable confession d’un naufrage, celui du faux humanisme très XIXe d’un vieux monsieur désormais bien élevé, puisqu’édenté.
Il m’a semblé, mais je n’en jurerais pas, entendre claquer son dentier…
Grande leçon : tâchons de ne pas nous déjuger sur le tard, ça ressemble trop à ces anciennes catins mondaines que la décadence de leurs appas convertissait faute de mieux à la dévotion.

BLESSURES
Ne sont jamais inutiles si l’on accepte cette douloureuse évidence qu’elles offrent un terrain idéal à qui veut faire pousser des fleurs.

CIVILISATION
Ce que nous nommons pompeusement « notre civilisation » ne mérite en rien d’être ainsi désigné. Déracinés et dès lors peu à peu dénaturés, nous sommes devenus incapables de vivre une authentique présence au monde dont nous sommes partie sans vouloir le savoir ni en assumer la responsabilité ; notre mode de vie hors sol, notre addiction à l’abstraction nous condamnent à des simulacres perpétuels.
L’insouciance de la présence directe au monde, de la présence naturelle, notre espèce, sa partie occidentale du moins, l’a perdue ; elle fait semblant d’être là, s’efforce laborieusement de faire la fête, parce qu’elle n’est plus en fête, ayant perdu toute simplicité. Si la vraie vie est une fête, la fête programmée, ce n’est pas une vie.

« CIVILISATION », Régis Debray (voir le compte-rendu de ce livre par l’ami Klépal dans son blog « Épistoles improbables » et le commentaire que j’en fais, partiellement repris ci-dessous) :
La mutation, que nous étions quelques-uns à espérer il y a maintenant plus de 40 ans, n’a pas eu lieu à temps, le « progrès » est allé trop vite, et l’extinction est largement commencée. La sixième extinction de masse des espèces ne concerne pas que les insectes, les oiseaux et les mammifères, elle vise au premier chef la seule espèce devenue réellement nuisible, la nôtre, dont l’inconscient collectif est en pleine panique. Debray reste un intellectuel du XIXe prolongé, pour qui l’homme par essence surplombe la nature. C’est l’inverse qui est vrai, nous n’avons à passer que le témoignage de notre incurie, et il est de moins en moins probable qu’il y ait des successeurs pour y survivre. Tout comme Debray en tant qu’intellectuel, en tant qu’espèce et par la grâce de notre « sagesse », nous sommes des dinosaures. Je compte sur les fourmis pour prendre le relais – si tant est qu’elles en aient envie, car elles n’en ont nul besoin.
JK : Remarque de taille qu’il convient à l’évidence d’intégrer dans le raisonnement.
Merci de me rappeler à l’ordre sur ce point.Un vieux fond d’optimisme latent, que j’ignorais en moi, m’a poussé à une impasse. Je trouve malgré tout sévère de qualifier Debray d’intellectuel du 19e siècle prolongé.

AS : Sévère mais juste, une fois admis, ce que j’aurais dû énoncer clairement, honte sur moi, que nous appartenons tous deux à ce même sous-genre de la bourgeoisie humaniste classico-romantique en voie d’extinction ! Ce qui me désespère plus encore que la disparition de ce qui fut une civilisation et que mon naufrage personnel concomitant, déplaisant épiphénomène, c’est de voir s’éteindre en même temps que nous ceux qui auraient dû nous succéder. Et d’être, forcément, en partie responsable de cet avortement suicidaire, et le mot avortement ne vient pas par hasard sous mon clavier.
Je voulais ce matin te proposer de "contextualiser" ma remarque apparemment extrême, mais tout bêtement rationnelle, en écoutant si ce n’est déjà fait, le 8h20 de France-Inter avec Cyril Dion, le sympathique et un peu naïf réalisateur de « Demain ». Tout y est dit, y compris, en filigrane, de la terrible impuissance des hommes de bonne volonté à faire évoluer si peu que ce soit le rapport de forces avec les tenants de l’Homo Deus, de l’Argent Roi et du Tout pour ma gueule, une Trinité post-moderne irrésistible parce qu’elle est le rêve collectif inconscient de notre espèce consciente…
L’optimisme tant vanté actuellement n’est qu’une des facettes, et l’une des plus dangereuses, de notre aveugle mégalomanie. Il n’est pas d’optimisme cohérent sans le correctif et l’appui d’une impitoyable lucidité.
Je crois qu’on ne peut tenter de sauver un bateau qu’en ayant clairement repéré les voies d’eau, établi un diagnostic aussi objectif que possible, exploré les éventuelles solutions. Le seul optimisme digne de ce nom est le pessimisme assumé et surmonté, celui de la grenouille qui bat le lait jusqu’au bout de ses forces et survit contre toute attente au moment où émerge le beurre…
Ce n’est pas du tout ce qui se passe actuellement où l’on voit les plus faibles abdiquer devant les écrans du foot people et se laisser saigner comme poulets en batterie tandis que les plus forts tirent à hue et à dia à qui arrachera le plus gros bout de gras de la carcasse pantelante de notre monde, sans voir que c’est de leur propre chair corrompue qu’ils se régalent et s’empoisonnent.
Ce spectacle ne m’empêchera pas de ramer, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire, et parce que l’engeance maudite à laquelle j’appartiens a eu, a encore parfois, cet élan qu’on appelle le génie – et que je voudrais que cela survive, en se mettant enfin au service de la vie et de sa beauté.
Je sais, c’est ronflant, gonflant même peut-être, mais fallait que ça sorte !

CALCULATEURS
Il y a deux sortes de calculateurs, ceux qui savent qu’ils calculent et ceux qui n’en ont pas conscience. Mais aucun être humain n’échappe à sa condition de calculateur, qui lui est dictée d’entrée par le simple fait d’être capable d’envisager l’avenir et de se souvenir du passé. Dès qu’il y a conscience, il y a calcul, et le meilleur moyen de ne pas être victime de nos calculs est de prendre conscience que consciemment ou non, nous passons notre temps à calculer…

CASSE-PIEDS
Les gens qui ne font pas chier le monde au bout d’un moment, c’est qu’ils étaient chiants dès le départ.

COMPLAISANCE
Un dimanche avec France-Inter, une série de pantins même pas drôles. Mais dans quel monde vivent-ils ?
J’écoute d’une oreille Frédéric Lenoir, nouveau philosophe abruti comme l’université nous en a pondu à la douzaine depuis une trentaine d’années, beau type de parasite collé à Spinoza comme la tique à la victime dont elle tire sa subsistance, une de ces vraies têtes de nœud médiatiques chez qui rien ne dépasse que la volonté panique d’être reconnu, à l’inverse de son père, avec qui j’ai échangé un court moment, et que j’aimais bien, parce qu’il était, lui, un vrai philosophe, en action, ce qu’on appelait autrefois un type bien.
Les deux « penseurs politiques » de service et leur prétendu « grand débat », et pour faire bonne mesure le désolant Pascal Bruckner ânonnant une fois de plus les lieux communs de ses certitudes rances…
Sur France-Musique, trois critiques compétents laissent lâchement une invraisemblable dinde, chef du service culture de La Croix, tenter d’imposer comme référence une version particulièrement foireuse du Lac des cygnes de Tchaïkovsky.
Ce n’est pas le service public de l’audiovisuel qui déconne, c’est l’ensemble des prétendus experts qui l’infestent de leur présence aussi bavarde que stérile.

CONFORMISME, CONSENSUS
Émile Fabre, dramaturge et administrateur de la Comédie Française entre les deux guerres : « Le public est à ce point esclave de l’opinion reçue qu’il lui arrive de croire parfois qu’il s’amuse à un spectacle qui l’ennuie. »
Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’a jamais été aussi vrai.

CONSCIENCE
S’inscrire dans la durée, tel est le sens de la conscience, telle est son essence et tel son rôle. Nous l’oublions sans cesse, inconscients que nous sommes. Qui ne croit qu’au changement est un traître à soi-même et à ses frères humains.

CONS (petits)
Il faut être aussi désespérément cons que les politiques actuels pour croire que les entrepreneurs sont le sel de la terre et que l’entreprise néo-libérale est l’alpha et l’oméga de l’activité humaine. S’affiche dans de telles croyances la bêtise crasse des demi-cultivés ambitieux.

CONTACT (entrer en)
Pour comprendre la peinture, c’est à dire pour la sentir, il n’y a guère que les peintres, et les rares personnes parmi les gens très simples qui aiment assez la vie pour prendre le temps de la contempler. Galeristes et conservateurs interposent entre elle et eux des couches de culture qui la voilent, la dénaturent et occultent l’essentiel, qui est l’impression.
Dans notre vie d’êtres bien plus sentants que pensants, tout contact réel demande beaucoup d’innocence et, pour s’approfondir, une vraie culture, assez profonde pour ne pas s’imposer au ressenti et pour l’enrichir de ses résonances et de ses échos.

CRÉATION
La créativité aime le collectif. La créativité se porte bien d’être le fruit d’un groupe, mais la création est affaire personnelle. On voit mieux, plus varié et plus précis à plusieurs, mais la vision que demande la création vient de l’âme, et ne se partage pas. La créativité se repaît de l’anecdote et du commentaire, que fuit la création, qui ne co-naît que l’essentiel, fût-ce par le biais de l’anecdote, qu’elle n’emprunte jamais que pour la rapporter au symbole.

DÉGÉNÉRESCENCE
Le sirupeux, consensuel et quelque peu niaiseux (« et bonjour à tous ! ») Frédéric Pommier, qui sévit dans la revue de presse du week-end sur France-Inter est comme son confrère Askolovitch un homme moderne, dans le coup, un de ces hommes prêts à emboîter le pas à n’importe quelle mode pourvu qu’elle donne l’apparence de l’audace tout en restant dans la norme du conformisme bien en cour le plus strict. Maintenant qu’il est de règle parmi les membres de l’élite de massacrer systématiquement le français, il a su voler au secours de la victoire en créant un néologisme particulièrement ignoble, évoquant avec l’audacieux lyrisme dont il est coutumier « la dégénération de la fête ».
Rappelons-lui l’existence du mot « dégénérescence », avec lequel vu l’état de son français il serait souhaitable qu’il fît connaissance au plus tôt afin, si possible, de remédier à sa « dégénération ».
Quelques jours plus tard, un de ses collègues de France-Inter, à qui la jalousie donne des ailes, tente joliment de se hausser au même niveau de barbarie en lâchant : « La France va laisser à l’Inde la place envieuse de cinquième puissance mondiale »…
C’est ce qui s’appelle être inspiré.
L’inspiration, ce n’est pas le genre de Léa Salamé, qui laboure plus volontiers le sillon si fréquenté de la bonne grosse faute d’accord : « Juppé et Fillon, au fond, ils sont libéral tous les deux… »
Toujours sur France-Inter, Hervé Morin, ce centriste excentré, n’est pas aussi inspiré, mais se montre contrairement à son habitude assez excentrique en matière d’accord, assénant sans trembler : « Enfin l’économie française est capable d’affronter le monde qui est devant lui… »
Et Thomas Legrand de lui emboîter le pas : « L’élaboration de ces nouvelles normes seront… »
De son côté, Pascal Boniface, bien que président de l’IRIS, n’y voit pas très clair quand il s’agit de distinguer le singulier du pluriel : « Celui qui est un danger pour (je ne sais plus qui), ce sont les États-Unis… »
Rejoint par Marlène Schiappa, caricature de bonne élève, qui ânonne de sa voix d’adolescente encore en boutons : « si on prend les chiffres globals… ». Mais peut-être l’écrit-elle « globales », féminisant ainsi les chiffres avec une audace militante dont on ne peut que lui savoir gré…
D’un avocat, peu maître de sa langue en dépit de son titre, coup sur coup, ces deux consternants désaccords :
« ce principe de la présomption d’innocence à laquelle je suis profondément attaché. »
« Pour le reste, ce seront aux juges d’apprécier… »
Pour ma part, je n’apprécie pas.
Enfin, ce journaliste sur France-Inter : « Il y a une tension persistante entre les États-Unis et ses partenaires commerciaux ».
Un catalogue exhaustif de notre décadence linguistique serait aussi fastidieux que les barbarismes branchés de nos élites pensantes. Soyons philosophes, mettons-nous en capacité d’accepter la nécessaire évolution de la parole contemporaine, en adoptant « l’attitude socratienne », comme dit si bien tel journaliste de France-Inter, ça a tout de même plus de gueule que de se confiner dans la ridiculement conservatrice attitude socratique.
Cerise sur ce très lourd gâteau, un haut fonctionnaire de l’Éducation nationale, lors d’un Téléphone sonne sur la condition professorale mené par la redoutable Fabienne Sintès (qui réussit là un vrai chef-d’œuvre de désinformation, tant le « choix » des invités et des auditeurs intervenants exclut toute parole non conforme), susurre avec une contagieuse émotion : « Cette idée de la solitude de l’enseignant est très important. »
Ils me fatiguent, à la longue, tous ces importants importuns…

DÉGRADANTS (propos)
Pour les hypocrites et les aveugles volontaires, ce n’est pas faire des horreurs qui est dégradant, c’est oser dire des horreurs sur ceux qui en font, qui plus est impunément. Appeler un chat un chat et Woerth ou Cahuzac de parfaits salauds en même temps que de dangereux crétins me semble au contraire le minimum que puisse faire quiconque croit encore à la liberté, à l’égalité et à la fraternité que ces minables escrocs, que ces menteurs professionnels, n’ont cessé de violer avec le plus parfait cynisme.
« Ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait tomber la fièvre », cette vieille métaphore n’a jamais été plus pertinente pour définir l’attitude d’une bourgeoisie dévoyée qui a achevé de se déshonorer en se mettant à la remorque des pires chevaliers d’industrie du néo-libéralisme financier mondialisé dans l’espoir de ramasser quelques miettes régurgitées par ses maîtres et de préserver les minables privilèges octroyés aux larbins les plus méritants.

DIAGNOSTIC
C’est insensiblement, par petites touches, en s’avançant sous le masque des grands mots affichés pour dire le contraire de ce que l’on fait, que s’installe la dictature. Nous en sommes au moment où l’anesthésie n’est même plus nécessaire, car le patient se réveille trop tard, et constate, groggy, que le manteau protecteur qu’on lui promettait est une camisole de force. Voter Macron contre Le Pen, c’était voter la peste contre le choléra, il fallait être aveugle pour ne pas discerner dans le discours et la manière de parvenir au pouvoir de ce jeune aventurier sans scrupule et de ses soutiens les prémisses tout à fait conscientes d’une mise à mort enfin définitive des principes et du fonctionnement d’une société humaine digne de ce nom. Ce qui s’institutionnalise aujourd’hui, c’est une oligarchie mafieuse tout entière fondée sur l’exploitation maximale du faible par le fort et l’accaparement du pouvoir et des profits par une infime minorité de super riches, dont la haine du peuple se reconnaît entre autres à la diabolisation du prétendu « populisme » par les médias qu’ils contrôlent.

DRÔLERIE
Ce que ne comprennent pas toujours les comédiens qui souvent sont gens de routines, comme tous les angoissés, c’est que ce n’est pas drôle d’être drôle tout le temps. S’ils se font un devoir de s’amuser, c’est qu’hors de scène ils s’ennuient, et pour ne pas souffrir du quotidien le fuient en se donnant le spectacle un peu lassant de leur drôlerie obligée.

EXCESSIF
Si tout ce qui est excessif est insignifiant, alors jamais rien n’a été plus insignifiant que le grotesque hommage rendu à Johnny Halliday. N’en déplaise à Frédéric Lenoir et à quelques autres chantres intellectuels de l’unanimisme tricolore obligatoire, grands vendeurs de patriotisme à deux balles en faveur de l’actuel président, et coupables de haute trahison envers leur devoir d’intellectuels, qui n’est pas plus de jouer du pipeau au service des tyranneaux que de hurler avec les moutons.

FÉMININ MASCULIN
Nous sommes peut-être sur le point de renoncer à un patriarcat stupide et destructeur, qui a réduit les femmes à une condition inférieure aussi néfaste pour elles que pour les hommes. Mais il ne faudrait pas que sous prétexte de rétablir l’égalité entre les sexes les femmes deviennent à leur tour des hommes de pouvoir (certaines l’ont été même sous le régime patriarcal) ; il me paraît évident qu’il vaudrait mieux voir les hommes s’inspirer des qualités des femmes que voir les femmes s’emparer des défauts des hommes. Les femmes de pouvoir actuelles sont pour beaucoup tout aussi enchaînées aux mortelles séductions du pouvoir, du profit et du paraître que les mâles les plus dominants de notre monde de machos. Il suffit de regarder d’un peu près le cursus et les comportements de ces femmes-là pour constater qu’elles souffrent des mêmes névroses, voire des mêmes psychoses que leurs collègues masculins.
Prenons-y garde, détruire le patriarcat, ce n’est pas faire monter les femmes qui le souhaitent sur le fragile et dérisoire piédestal masculin, c’est en faire descendre les hommes qui s’y pavanent afin qu’ils redeviennent humains, c’est à dire à la fois masculins et féminins, à égalité avec leurs concitoyens et concitoyennes, sans plus rechercher à dépasser autrui, ce qui revient tôt ou tard à l’opprimer. Là est la liberté, là est l’égalité, là est la fraternité.
Non dans un monde où 1% de prédateurs mâles ou femelles égaux entre eux exploitent et ruinent 99% d’êtres humains peu à peu réduits en esclavage.
La vraie égalité entre les sexes n’existe pas sans l’égalité entre les citoyens.
Rien de plus profondément machiste et patriarcal que le macronisme des « premiers.ières de cordée ».

FOOTBALL
J’ai adoré jouer au football, j’ai adoré l’ambiance des stades des années 50, passionnée et bon enfant, et c’est précisément pourquoi je refuse absolument de participer à l’épidémie d’hystérique abrutissement qui pour la seconde fois rassemble un peuple soudain frappé de débilité pronfonde autour d’une manifestation intégralement pourrie par son addiction au dieu Argent et son ignoble et démente promotion des pires « valeurs » fascistoïdes.
L’anti-jeu systématiquement pratiqué, la prime constamment accordée à la brutalité et à la tricherie, qui ne sont plus reconnues pour telles mais valorisées comme autant d’exploits, le délire collectif d’une populace abandonnée au plus dangereux des instincts grégaires et à des jeux d’identification morbides, l’exploitation par la « politique » et « l’économie » de ces foules décérébrées, rien de tout cela ne justifie l’euphorie grotesque orchestrée par des médias plus asservis que jamais au règne de la médiocrité.
Ce qui fut un divertissement plutôt sain et un sport passionnant et formateur n’est plus qu’une pitoyable caricature des jeux du cirque, et relève du même diagnostic de corruption, de clientélisme, de décadence et d’abrutissement volontaire.
Totalement dénaturé, le sport actuel acte chaque jour davantage le retour de l’espèce humaine à un stade de sauvagerie pré-humaniste qui justifie a posteriori les dérives des régimes totalitaires qui avaient montré la voie en instrumentalisant la pratique sportive.
Philippe Poutou l’a bien dit : « C’est ça, être tous ensemble ? »
J’attends de la vie et de mes frères humains d’autres communions que cette consternante chienlit. Et d’un président digne de ce nom autre chose que des postures de dingue…

HABITUDE (la force de l’)
On s’habitue à tout, singulièrement au pire. Il y a encore quelques années, chaque nouveau scandale nous secouait. Ils étaient moins nombreux et plutôt moins graves que ceux qui aujourd’hui nous laissent indifférents ou résignés.
Je m’étais dit l’autre jour : « Ce scandale-là, trop énorme, je vais en parler ! »
Le lendemain matin, quand j’ai voulu la stigmatiser, cette infamie, je l’avais oubliée…
En est-elle moins infâme ?

IMPROVISATION
On n’improvise pas ce qu’on sait, on improvise ce qu’on transforme et transformer ne s’improvise pas. L’improvisation créatrice suppose un entraînement aussi régulier qu’exigeant. Sans cela, elle se résume très vite à des trucs et l’on n’a plus affaire qu’à un pâle ersatz de ce que peut être une authentique improvisation : une création immédiate et spontanée.

INDIVIDU
Terme dépréciatif utilisé pour désigner et stigmatiser tout être humain n’ayant pas l’heur de plaire à la maréchaussée et au Sinistre de l’Intérieur.
L’emploi volontairement déshumanisant de ce mot est un signe majeur du mépris dans lequel les pouvoirs actuels tiennent quiconque ne leur est pas inconditionnellement soumis.

INSTANTANÉ
Cette libraire parisienne, sèche comme un distingué coup de trique, à qui j’avais commandé « L’événement Anthropocène » et qui m’ignore de la façon la plus grossière, tout occupée qu’elle est à échanger avec un autre intellectuel, comme elle sanglé dans l’uniforme standard du clerc français aussi snob que compassé, des propos autour du patron de P.O.L., qu’apparemment ils connaissent et de la petite gloire duquel ils se gonflent, ne se doutant pas plus que moi que leur demi-dieu de l’édition allait comme tout un chacun périr quelques jours plus tard dans un banal accident de voiture.
L’avouerai-je ? C’est assez brutalement que j’ai fait descendre cette ridicule pimbêche de son Olympe livresque.

JOHNNY HALLIDAY
Si de nombreuses anecdotes le concernant relèvent plus ou moins de la fiction, la suivante m’a été certifiée authentique par les musiciens qui l’auraient vécue.
Johnny réunit son équipe et lui adresse ces fortes paroles :
– Ok, le staff, j’vous ai réunis pour mettre les pendules à sa place !
– Euh, non, Johnny, hasarde un des présents, pour mettre les pendules à l’heure…
– Ah ouais, autant pour moi… J’vous ai réunis pour mettre les pendules à leur place ! »

INTELLECTUELS DE POUVOIR
M’ont toujours agacé au plus haut point ces intellectuels universitaires aussi brillants qu’inconsistants dont la France s’est fait une douteuse spécialité, et qu’elle exporte chez des américains dont la naïveté pataude s’émerveille des jongleries rhétoriques de ces bateleurs de l’esprit, faux penseurs et vrais hommes de pouvoir.

LACAN
Le Sarkozy de la psychanalyse. Comme l’agité du bocal, il a constamment dissimulé la platitude de sa pensée derrière la jungle du baratin.

MANQUE (présence du)
Ils sont rares, les êtres qui nous manquent même quand ils ne nous manquent pas, même quand volontairement ou non, nous les oublions.

MIROIR
Rares sont aussi les êtres humains capables de s’oublier assez pour supporter qu’on leur montre un miroir où ils se voient déformés tout en sachant que le miroir n’est pas déformant. De toutes les tâches humaines, la plus surhumaine est peut-être celle qui consiste à accepter de regarder la réalité en face, à commencer par la sienne.

MODERNISME
C’et grâce aux nazis que l’Homme est allé sur la Lune, la conquête de l’espace leur est due.
Modernisme et totalitarisme sont les deux faces d’une même hubris. La façon dont les États-Unis, incarnation du modernisme, ont repris pour leur compte le flambeau du totalitarisme dit tout de la vraie nature de leur régime « libéral » issu des Lumières. L’idéologie progressiste moderniste est liée par nature aux idéologies totalitaires. À la lumière des deux derniers siècles de l’histoire mondiale, il est temps de reconnaître enfin que le totalitarisme « scientifique » va de pair avec le totalitarisme politique, comme le montre aujourd’hui le si dangereux essor du transhumanisme, qui reprend les pires lubies du nazisme, enrobées dans une ignoble sauce scientifique millénariste qui aurait ravi Mengele et consorts. N’oublions jamais que l’industrie chimique et sa Weltanschauung sont littéralement à la source de tout ce qui s’est passé de plus ignoble et de plus monstrueux sur Terre depuis plus de deux cents ans.

MONNAIE (fausse)
Tout « amour » abstrait est une imposture. Ceux qui prêchent l’amour d’une idée ou d’un collectif sont des escrocs. Car l’amour ne se vit pas dans la tête, mais dans le cœur et les tripes. Aimer les idées n’est pas aimer, mais chercher un pouvoir.

MONOTHÉISME
Nous n’avons pas créé l’univers, c’est l’univers qui nous a créés. N’arrivant pas à accepter cette réalité, nous avons inventé les religions, et nous avons prétendu que le Dieu que nous nous inventions nous avait créés à son image, ce qui était une façon discrète, quoiq’un peu téléphonée, de nous diviniser par la bande. Les religions monothéistes sont à mes yeux des fantasmes anthropomorphiques, à ce titre puissants moteurs vitaux pour le meilleur et pour le pire, puisqu’à l’abri de leur hypothétique Créateur elles permettent de tout justifier, à commencer par le pouvoir absolu que nous brûlons d’exercer à l’égard de toute altérité : Gott mit uns, Dieu et mon droit, In God we trust, les formules abondent qui enrôlent notre Divine Invention au service de nos dérisoires ambitions.
Ayant été créés par Dieu à son image, nous sommes ses envoyés, et il s’ensuit que Dieu a créé l’univers pour pouvoir nous faire exister et le mettre à notre service afin que nous chantions sa gloire. L’univers dès lors n’est plus notre créateur, mais notre jardin, un jouet, une poire pour la soif, dont nous sommes de droit divin maîtres et propriétaires.
Cette façon carnavalesque d’inverser la réalité, loin de prouver notre confiance dans notre omnipotence, révèle combien notre inconscient collectif a conscience de notre impuissance. Plus nous tentons, dieux présumés et présomptueux, de recréer le monde à notre image, plus il nous rappelle que nous dépendons de lui bien plus qu’il ne dépend de nous.
Il n’y a qu’un Dieu, la Vie, et qu’une religion, vivre. Il n’y a donc qu’une religion pour chacun de nous. Une par personne, et qui pour être vécue doit rester personnelle. Tout prosélytisme est une offense à autrui et à soi-même, un refus de la vie libre et fluide.

MORTS
Les morts nous nourrissent, les morts sont là pour nourrir les vivants. En retour, nous les « nourrissons ». Comme des bébés. C’est tout le sens profond des cimetières italiens anciens : les bébés humains se nourrissent entre eux…
Le monde des morts est un monde vivant, conformément à la vision du monde véhiculée par le Tarot, pour lequel la mort ne peut être nommée, puisqu’à la fois inconnaissable et inexistante : rien ne se perd, rien ne se crée, ce que nous appelons la mort n’est que la continuation de la vie sous une autre forme. Dans L’Arcane sans Nom, la Mort boîte parce qu’elle n’est rien sans la vie, qui ne peut se passer d’elle. Le noir dans le Tarot, ce n’est pas le deuil, c’et la terre, la terre nourricière, condition de la fécondité.
Nous poussons un peu comme des plantes, et à San Michele, lieu de L’Arcane sans nom, les morts aussi poussent, les morts deviennent les fleurs, les haies qu’ils nourrissent, et leurs bras s’enlacent aux cyprès dont les doigts raidis par un élan irrésistible nous indiquent la bonne route, le chemin à suivre : vers le ciel…

NÉCROLOGIE
D’Ormesson et Johnny. Leur disparition porte un coup sévère à la société du grand décervelage à laquelle ces deux imposteurs ont tant contribué, d’où l’éloge unanime réunissant en un chœur hélas trop naturel les braiements hypocrites des salauds aux bêlements aussi consternés que consternants des imbéciles.

NÉOLOGISME
Le néologisme est à la mode. Mais tout le monde n’a pas le talent de Ségolène Royal dont la bravitude restera à coup sûr dans les annales de la sottise créatrice. Léa Salamé n’en est pas encore à ce niveau olympique, mais son récent « J’ai pas envie de systémiser » montre une bonne volonté, presque un zèle, qui autorise à fonder de grands espoirs sur l’avenir antigrammatical de cette redoutable péronnelle.

ORDRE DU JOUR (L’)
À en juger par son Prix Goncourt, « L’ordre du jour », Éric Vuillard, comme beaucoup d’écrivains actuels, fait dans la littérature, avec application. Cet opuscule aligne comme à la parade de petites crottes textuelles allègres, sèches, creuses, émiettant avec une élégante componction des anecdotes qui se voudraient symboliques. Donneur de leçons sans vouloir en accepter l’inévitable ridicule, pédagogue sans vouloir y toucher, Vuillard prend du recul, mais sans oublier de mettre son grain de sel, mime la hauteur de vue mais à partir d’un point de vue subjectif qui rend son discours aussi superficiel qu’anachronique. Pétri des contradictions de l’époque, il se veut sérieux, mais avec légèreté, sentencieux, mais guilleret, et, comme elle, rate la cible à force de la viser.
L’auteur semble croire que le ton désinvolte qu’il affecte lui permet de prendre de la hauteur par rapport à l’histoire, alors qu’il ne fait que la prendre de haut, ce qui, après coup, n’est pas bien difficile ni bien intéressant.
Dans ce livre, il singe à merveille cette pose supérieure qui signale la présence du fait littéraire, usant de ces vieux trucs en toc qui sont de tout temps l’apanage des prestidigitateurs littéraires trop sûrs de leur habileté et qui voudraient qu’elle fît d’eux des mages.
On s’ennuie très vite dans ce petit pastel très bien peint, très consensuel (« Les prémisses de la seconde guerre mondiale pour les nuls ») où les métaphores astucieusement « décalées » tombent régulièrement à plat parce qu’elles sonnent faux, fruits secs d’un effort, non d’un vécu.
Je veux croire que ses livres précédents sont meilleurs, mais ce digest qui se lit aussi facilement qu’il s’oublie ne me donne pas envie d’y aller voir.

PRÉVOIR (gouverner, c’est)
Il ne suffit pas de prévoir les événements pour échapper à leurs conséquences. En permettant de s’y préparer, l’anticipation les rend souvent d’autant plus inévitables. Ainsi n’est-il pas sûr que le proverbe « Si vis pacem, para bellum » témoigne d’une grande lucidité politique.

PARTAGE
Un lieu commun dont j’ai souvent pu vérifier la pertinence veut que les pauvres soient plus généreux que les riches. Rien de plus naturel : il est beaucoup plus facile de partager quand on n’a rien à partager.

PASSÉ
Un passé trop riche risque de ne pas laisser beaucoup de place pour un présent vivant.

PETITESSE
Je parle beaucoup en rêve, mais ne me souviens quasiment jamais des mirifiques discours que je tiens et qui semblent si pertinents au moment où je les prononce. Le fait qu’ils m’échappent a l’avantage de me permettre de croire qu’en rêve au moins, je suis génial. Étrangement, et peut-être malencontreusement, je me suis souvenu au réveil avoir dit à mon fils dans un rêve récent et sur un ton quelque peu sentencieux : « On se sent petit devant la petitesse des autres, qui nous révèle la nôtre. »
Quel était le message de mon inconscient, à supposer que message il y ait ?

POUVOIR
L’irrésistible développement de notre pouvoir sur le monde est finalement la preuve de notre impuissance à le maîtriser. Plus nous en avons, plus il se retourne contre nous.

PROFONDEUR
On ne cherche la profondeur qu’au risque de devenir superficiel à force de la vouloir. En voulant aller au fond des choses, on perd parfois le contact avec la réalité, on finit par s’abstraire indûment du monde que l’on prétend découvrir, mettre au jour, embrasser – souvenons-nous du proverbe : qui trop embrasse mal étreint.
C’est un risque qui me pend au nez comme à celui de tous les êtres trop exigeants pour se satisfaire de l’évidence, mais trop idéalistes pour se contenter de la réalité. D’où la nécessité de rester ancré, de se comporter en cerf-volant : voler, monter au ciel, mais grâce à l’ancrage qui permet au vent de prendre dans notre voile.
À l’inverse, l’homme qui assume pleinement d’être superficiel acquiert par là même une sorte de profondeur ; il est à fond ce qu’il est, que lui demander de plus ?
Au final, il n’est pas sûr que Labiche soit moins profond que Lamartine, Francis Blanche moins profond que Jean-Paul Sartre, Anna Gavalda ou Charline Vanoenhecker moins profondes que Le Clézio, Serres ou Modiano. Ils sont en tout cas à mes yeux plus vrais. Il sonnent juste. Ils vivent.
IL me semble de plus en plus que le meilleur moyen d’être profond, c’est de se contenter, ce qui n’a rien d’évident, d’être autant que possible soi-même, tout le contraire de la complaisance, par laquelle nous cèdons à notre « flapin », notre côté habile à donner de nous une image flatteuse, au lieu d’être nous-mêmes à l’aide de notre « rageur », cette partie de nous qui veut être vraie envers et contre tout. Ce qui nous rend le plus sûrement superficiels, c’est d’être dans la séduction. Et il n’est séduction plus spécieuse que l’affectation de la profondeur…
Être profond, ce n’est pas prendre la pose, c’est être juste, au sens où l’entend mon ami Renzulli, c’est à dire sincère et honnête parce que fidèle à soi-même et à sa nécessité intérieure.
Vaste programme ! eût opiné le grand Charles.

PROGRÈS
Son vrai moteur, c’est la paresse.

PROSTITUTION
Il y a exactement la même différence entre l’art contemporain de marché et l’art authentique qu’entre se branler devant un film porno et faire l’amour avec une personne qu’on aime.
Même différence qu’entre le machinal et le vécu ; dans le premier cas, on a le plaisir de la facilité, dans le second on a l’effort de la création et le bonheur qu’il engendre.

RELATIVITÉ
Les gars d’Hara-Kiri étaient tellement en avance qu’on les a pris pour des passéistes…

RÉUSSITE
Nous confondons presque toujours la réussite avec le succès, appelant réussite ce qui n’est que succès.
J’ai tôt compris que le succès n’était pas forcément une réussite, et que la réussite n’entraînait pas toujours le succès…
C’est que le succès relève de la quantité alors que la réussite se mesure à la qualité.

RÊVE
Il faut faire attention, avec nos rêves. Ne pas rester trop près d’eux, ne pas leur coller au train. Pour les réaliser sans les banaliser, prenons-les en main, mais laissons-les voler ; les rêves sont des cerfs-volants, ils ont besoin de s’ancrer dans la réalité, mais tenus de trop près, en laisse, ils ne prennent plus le vent et tombent à terre. Pour ne dénaturer ni l’un ni l’autre, toujours laisser un peu de marge entre le rêve et la réalité. Notre rêve est une bulle qui nous emporte plus haut que nous ne pensions pouvoir aller, si nous ne l’étreignons pas au point de la faire crever.
Il est beau de réaliser ses rêves, plus beau encore de les vivre.

RIDICULE
Il n’y a jamais de ridicule en amour – sauf aux yeux des imbéciles et des salauds, éternels alliés toujours en guerre contre la vie.

RISQUE
Qui n’est pas prêt à prendre le risque d’échouer ne risque pas de réussir. Cette certitude rassure beaucoup d’entre nous, adeptes obtus du fameux proverbe « Un Tiens vaut mieux que deux Tu l’auras ».

SINGE
Je revois de temps en temps, souvenir des années 50, le Jardin des Plantes et son zoo, les odeurs des singes et surtout celle des fauves, qui prenait à la gorge, presque suffocante à force d’être piquante, et puis ce grand singe (j’avais d’abord tapé grand sage, peut-être la plus juste faute de frappe que j’aie jamais commise), ce grand singe malheureux qui barbouillait de sa merde la vitre à travers laquelle il nous fixait, étalant soigneusement et sans fin son caca comme pour nous dire ce qu’il pensait de sa vie et de nous, comme aussi pour ne plus nous voir grâce à ce rideau marron tiré entre notre dégoût et le sien.

SUBJECTIVITÉ
Que la perception de la réalité soit subjective est aisément vérifiable par une expérience fort simple, entre mille autres, expérience propre à confondre les sceptiques les plus endurcis. Le même pet, avec exactement la même odeur, sera perçu de manière diamétralement différente selon qu’il émanera de moi ou d’autrui. Presque plaisante, voire tout à fait bienvenue dans le premier cas, elle produira dans le second gêne, voire dégoût, avec toutes les manifestations physiques concomitantes.
Comme a fini par le comprendre la physique contemporaine, bien plus ouverte au doute que le scientisme « réaliste » mécaniste du XIXe siècle, le point de vue de l’observateur change sa perception de la réalité, et interagit par là même avec elle, parfois jusqu’à la modifier…

THÉORÈME
Tout progrès technique résolvant un problème en engendre au moins deux plus graves que le précédent.

VIEILLIR (bien)
Le secret du bien vieillir, c’est d’être assez bête pour se croire immortel, ou assez intelligent pour savoir qu’on devrait déjà être mort.

lundi 4 juin 2018

AU-DELÀ à portée de main…

RAPPEL :

VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE
une exposition d’Alain Sagault


est au Musée-Muséum départemental des Hautes-Alpes, 6 avenue Foch, 05000 Gap, jusqu’au 29 août 2018.

Visites guidées en compagnie de l’artiste à 14h vendredi 8 juin et dimanche 24 juin : VENISE DANS LES PAS DU TAROT.
J’animerai également un atelier d’écriture samedi 7 et dimanche 8 juillet :
(S’)ÉCRIRE SUR LES TAROTS.
Inscription au Musée-Muséum auprès de Gisèle Guldalian 04 92 51 01 58 – g.guldalian@cg05.fr.


AU-DELÀ

une rencontre Jean Klépal – Alain Sagault 


Nous venons de publier le cinquième opus de notre collection A2.

Il s’agit d’un portfolio de 16 pages au format A4, présenté sous chemise.

Il contient des reproductions de haute qualité de 15 de mes aquarelles de 2017, accompagnées de textes de Jean Klépal en résonance avec chacune d’elles.

L’ouvrage a été imprimé en quadri offset chez MG Servizi à Verzuolo, Piemonte, sur papier fort X-Per Fedrigoni 320 g.

Le tirage a été limité à 250 exemplaires, et l’ouvrage est proposé au prix tout aussi volontairement limité de 20 €.

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Pour voir AU-DELÀ, cliquer sur le pdf !


AU-DELÀ
peut être commandé à mon adresse :

Alain Sagault
La Petite Ourse
15, digue Paul Garcin
04400 Barcelonnette
06 37 36 53 82
alain@sagault.com

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Qui rêvait, les nuages ou la mer ? aquarelle, 10,5 x 24,5 cm, 2017



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jeudi 24 mai 2018

FAUT-IL SUIVRE LA MODE ?

FAUT-IL SUIVRE LA MODE ?


Qu’il soit clair que je ne m’adresse pas ici aux gens « raisonnables », ceux-là mêmes qui par leur égoïsme, leur hypocrisie et leur lâcheté ont laissé advenir, voire encouragé, le désastre actuel (on peut consulter à ce sujet les articles proposés à la fin de cette chronique). Qu’ils s’informent enfin, qu’ils acceptent enfin de voir la réalité en face, puis qu’ils se regardent dans leur miroir s’ils l’osent encore. Si ces autruches sortent la tête du sable, elles redeviendront peut-être audibles. D’ici là, nous n’avons plus rien à leur dire.

Ernest Renan disait, à la fin de sa conférence Qu’est-ce qu’une Nation ? en 1882, « le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ».

La mode est à la dictature à peine déguisée d’une poignée de petits cons (je reviendrai très bientôt sur cette appellation tout à fait contrôlée) sans foi ni loi, aussi méprisants qu’incompétents, courroies de transmission d’une dictature financière perverse et inhumaine en voie de rejoindre dans l’ignominie les régimes tyranniques qui ont tant fait pour rendre le XXe siècle immortel dans la mémoire de l’humanité.
C’est donc aujourd’hui un honneur et un devoir d’être démodé.
Une preuve, entre tant d’autres ? Voyez la justice à la mode, celle où l’on va bientôt dessaisir le juge d’instruction indépendant au profit du procureur aux ordres, voyez-la fonctionner :
En France, jugé en comparution immédiate, on peut se retrouver directement en prison un an ou deux pour n’avoir pas payé des billets de train, mais on est dispensé d’y passer fût-ce une journée à condition d’avoir été ministre du Budget tout en fraudant le fisc dans les grandes largeurs et de s’être parjuré devant la représentation nationale après avoir menti comme un arracheur de dents au Président de la République et au gouvernement dont on faisait partie…
Comment nomme-t-on les juges capables de rendre de pareils jugements sans crever de honte ? Comment croire à la justice dans ces conditions ? Quelle légitimité accorder à ces pouvoirs dévoyés ?

Il me semble que le court texte d’André Bellon qui suit, écrit à l’occasion de l’anniversaire d’Emmanuel Macron, résume fort bien l’escroquerie à la « légitimité » par laquelle une minorité de fait s’estime autorisée à gouverner la France en faveur de l’archi minorité du 1% des plus riches.
Pour ma part, il y a longtemps que je ne reconnais plus aucune légitimité à quelque gouvernement que ce soit dans le cadre de la Ve République, et c’est pourquoi depuis le premier tour des dernières présidentielles je ne participe plus à aucun des votes pseudo-démocratiques qu’on me propose d’exprimer en sachant que ce sera en pure perte. Comme nous tous, j’ai mieux à faire.
Pour l’heure, face à la « politique » de l’actuel gouvernement, coup d’état rampant mis en œuvre par une succession ininterrompue de micro-coups d’état menant tout doucement à la dictature, et face aux obstacles mis à toute tentative de grève, si légitime soit-elle, la grève du vote est encore possible.
Massive, son efficacité non-violente serait considérable : elle dirait clairement que la prétendue légitimité des gouvernements actuels, dont on nous rebat sans cesse les oreilles, n’est qu’une farce, les obligeant ainsi soit à se retirer, soit à découvrir leur vrai visage en imposant ouvertement la dictature qu’ils exercent déjà de fait, sous le masque d’élections truquées par la désinformation, la propagande et la corruption, comme le montrent à l’évidence, entre mille autres preuves, la campagne de Macron et les conflits d’intérêt dans lesquels ce président avarié et ses soutiens baignent comme des crocodiles dans un marigot, avec la bénédiction intéressée des puissances financières au service desquelles ils se sont mis sans état d’âme, et dont ils dépendent étroitement.


LA DICTATURE DE LA MINORITÉ
André Bellon



A l’occasion du premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron (ah, ce goût pour les commémorations stupides !), on entend se développer en boucle un refrain selon lequel le Président respecte le programme pour lequel il a été élu.
Il n’est pas inutile de rappeler que, si l’actuel titulaire de l’Elysée a bien été constitutionnellement élu, ce n’est pas son programme que les citoyens ont avalisé. Au premier tour, qui caractérise justement le soutien à un programme, Emmanuel Macron a obtenu à peine plus de 18% des inscrits. Le deuxième tour exprimait surtout le refus du Front national, non un appui à un projet et, même dans ce contexte, l’heureux élu n’a pas atteint 44% des inscrits. Prétendre qu’un tel résultat engageait un programme n’est qu’une triste plaisanterie.
Il revient à l’esprit, à l’occasion de ces déclarations, une thèse très à la mode dans les milieux philosophico politiques depuis des décennies. Tocqueville aidant, on nous met en garde quant à une présumée « dictature de la majorité ». Certes, la nécessité de contrepouvoirs ne fait aucun doute, et notre Constitution en manque cruellement, mais l’idée d’une « dictature de la majorité » est plus que douteuse. Imagine-t-on qu’une dictature de la minorité soit préférable ? Et n’est-ce pas le danger qui nous guette ? Car il n’est pas acceptable qu’un pouvoir aussi absolu que celui du Président de la République procède d’une légitimité électorale aussi faible.
La question des institutions est depuis longtemps au cœur de la crise politique et sociale. Elle devient encore plus dramatique lorsqu’un pouvoir aussi faible veut imposer des mesures fort minoritaires, renforcer le pouvoir présidentiel, aussi bien sur le territoire national en écrasant les collectivités locales que dans une vision européenne bien éloignée de la volonté du peuple.
Cette situation engendre des tentatives tout aussi minoritaires, certaines prônant la violence, d’autres contestant les principes mêmes de la souveraineté populaire, du citoyen et de son droit au vote, attaquant l’essence même du suffrage universel. Rien de malheureusement plus logique, ces tentatives condamnables trouvant naissance dans la forme de dictature engendrée par le système.
Une telle situation nous mène à des affrontements graves et des phénomènes de violence de plus en plus manifestes. La solution se trouve dans le retour aux principes fondamentaux de la démocratie, à partir des citoyens, dans les communes comme dans les quartiers. Ce travail permettra la redéfinition d’un contrat social, fondement nécessaire à l’équilibre national comme à la réaffirmation de saines relations internationales. Tel est le sens du processus menant à l’élection d’une Constituante en France qui, loin des solutions clefs en mains de tous les pouvoirs autoproclamés, est la seule solution pacifique, démocratique et rassembleuse aux défis du moment que nous traversons.


P.S. : Au fait, à propos de Venise, et de mon exposition au Musée-Muséum de Gap intitulée VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE, il faudrait peut-être la débaptiser et le renommer : VENISE, ABSENCE DE FUTUR :
MSC Croisières, ça ne vous dit rien ?
C’est le numéro 2 mondial de la « croisière » bidon, qui a ses entrées à l’Élysée, puisque le secrétaire général de la Présidence, Alexis Kohler, cousin germain du PDG de cette boîte de merde dont les paquebots, avec d’autres, sont littéralement en train de couler Venise, en a été le directeur financier – encore un conflit d’intérêt particulièrement scandaleux, soit dit en passant.
Naturellement, ces immondes salauds prétendent que leurs HLM de croisière ne font pas de dégâts.
Voyez par vous-même…https://youtu.be/1Qw4wjFppXE
Et vous pourrez trouver aisément de nombreuses autres vidéos tout aussi parlantes !

Ci-dessous, ce sont les articles qui sont parlants !


MACRON, LA RÉPUBLIQUE PRIVATISÉE
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MACRON, SOUVERAIN DU "NOUVEAU MONDE"…


cliquer sur l’image, elle en dit long…

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MACRONFUCIUS : C’EST LA FAUTE AUX PAUVRES


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LA DESTRUCTION DE L’EMPATHIE


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ABUS DE POUVOIR, SAISON 2 : DE SARKOZY À MACRON, DE CHARYBDE EN SCYLLA…


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MACRON, UNE COLLUSION MANIFESTE ENTRE POUVOIRS PUBLICS ET GRANDS INTÉRÊTS PRIVÉS


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PROFITS DU CAC 40 : PRIORITÉ AUX ACTIONNAIRES


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MACRON ou LA GLOBALISATION NÉVROTIQUE


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FIN DU POLITIQUEMENT CORRECT : TRUMP INSPIRE MACRON DANS SA COMMUNICATION


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THIERS ÉTAT ou MACRON DANS SON JUS



LA JUSTICE DÉVOYÉE

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LE DANGEREUX RENFORCEMENT DES POUVOIRS DU PARQUET


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LE CONSEIL D’ÉTAT ABÎME LES PRINCIPES DE L’ÉGALITÉ ET DE SÉCURITÉ JURIDIQUE


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LA VIDÉOSURVEILLANCE EST-ELLE EFFICACE ?


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ILLÉGALITÉ DES RADARS EMBARQUÉS PRIVÉS



L’ÉCOLOGIE SACRIFIÉE

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POUR LA BIODIVERSITÉ, UN DEMI-DEGRÉ DE RÉCHAUFFEMENT CHANGE TOUT


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AGROCARBURANTS, FAUSSE SOLUTION À LA CRISE ÉCOLOGIQUE


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SEMER À TOUT VENT, LA VOIE DE JEAN-LUC DANNEYROLLES


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PLAN CLIMAT DE NICOLAS HULOT, AVANCÉE ÉCOLOGIQUE OU FAUX-SEMBLANT ?


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LA ZAD SAUVÉE PAR LE PLA BIODIVERSITÉ D’HULOT ? CAUSE TOUJOURS…


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LOI LITTORAL : LA GRANDE BRADERIE

mardi 8 mai 2018

VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE

VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE

une exposition d’Alain Sagault
Musée-Muséum départemental des Hautes-Alpes, 6 avenue Foch, 05000 Gap, du 19 mai - 25 août 2018

Vernissage à 18h30 samedi 19 mai 2018
dans le cadre de la Nuit européenne des Musées

Autour d’un leporello des deux rives du Canal Grande réalisé par Stefano Arienti et prêté par le FRAC-PACA, le Musée-Muséum départemental à Gap m’a proposé de partager l’image de Venise peu à peu engendrée au fil des nombreux séjours de travail effectués depuis plus de 35 ans au cœur de cette ville incomparable, séjours relayés sur les Hautes-Alpes par plusieurs résidences artistiques.

Les quatre approches que j’y ai pratiquées sont réunies dans cet espace consacré à Venise :
- dans les vitrines, l’approche de la vie vénitienne, avec quelques témoignages des rencontres qui m’ont permis de développer les trois autres approches.
- l’écriture, avec des enregistrements de quelques-uns des textes que m’ont inspiré Venise et les vénitiens.
- au sol et à l’écran, la symbolique, avec mes recherches sur la présence des arcanes du Tarot à Venise.
- aux murs enfin, l’approche picturale, avec 70 aquarelles choisies évoquant les infinies variations des couleurs de la lumière sans cesse recréées par le perpétuel jeu des éléments dans la lagune.

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VENISE, PRÉSENCE DE L’ABSENCE



Voici quelques phrases extraites du texte de présentation que vous trouverez dans le document PDF ci-dessus :

VENISE ET LES TAROTS


Les vénitiens, en vrais réalistes, ont toujours su faire la part de ce qu’une raison rationaliste définit comme l’irrationnel.
Des énergies de l’univers, des formes où elles s’incarnent dans l’imaginaire humain, ils ont tiré une symbolique du quotidien, partout présente dans la ville, dans les monuments mais aussi dans les « sculture erratiche » qui en parsèment les murs.
Dans ce domaine, les tarots ont peut-être influencé Venise, par laquelle ils sont sans doute entrés en Occident. Mais ils ont peut-être plus encore été influencés par Venise. La fixation des images de leurs arcanes intervient plutôt tardivement par rapport à l’édification de la ville.
Quoi qu’il en soit, le Tarot permet de se livrer à une sorte de jeu de piste dans le labyrinthe vénitien, à la découverte des très anciens symboles qui incarnent les énergies qui nous animent. Quand on part à la recherche des Tarots de Venise, on est moins un touriste qu’un voyageur, parce qu’on a un but et un trousseau de clefs. On se lance dans une quête presque aventureuse, où les tirages des arcanes favorisent les événements inattendus, ces rencontres de hasard qui semblent ne rien devoir au hasard…
Cette approche nous permet aussi de découvrir la vision symbolique du monde, fondée sur l’image et la perception analogique, qui est absolument centrale dans la civilisation moyenâgeuse et perdure, plus ou moins occultée – voire occulte – jusqu’au début du 18ème siècle.
Vision qui met en forme la ville, qui en impose le plan et en organise le fonctionnement, et à Venise plus que partout ailleurs, puisqu’à Venise l’esprit ne cesse de se faire chair, et l’abstraction de se concrétiser.
La présence des symboles est constante à Venise. Nécessité intérieure et choix politique, volonté d’imposer une image à autrui, mais aussi à soi-même. Le vénitien raconte sans cesse sa légende, et en même temps se la raconte…
Mais Venise et son Canal Grande ne sont que la partie émergée de la lagune, cette étendue aux limites indiscernables qui mêle si bien les éléments entre eux qu’elle nous fait entrevoir l’infini.

LA LAGUNE ET L’AQUARELLE :
PRESQUE RIEN, POUR PEINDRE LE SILENCE


Car on ne peut séparer Venise de sa lagune, il n’existe pas de Venise hors d’eau.
Sa matrice, son berceau, sa nourrice et son écrin : la lagune est tout cela pour Venise, qui lui doit ses chatoiements sans cesse renouvelés, ses poudroiements de lumières irisées, les moires de ses reflets, les velours plombés de ses impalpables brumes.
Des nuances infinitésimales, de liquides fusions, les couleurs de la lumière, presque rien, juste le perpétuel jeu des éléments en amour, un jeu à faire revivre par le truchement de l’aquarelle, jusqu’à peindre le silence. Ce « silence éternel des espaces infinis » qui ne devrait en rien nous effrayer puisque nous en faisons partie et lui devons aussi bien notre présence au monde que l’absence qui la précède et la conclut…

Alain Sagault, Présence de l'absence, © Sagault 2010
Alain Sagault, Présence de l’absence © Sagault 2010

Renzulli nel suo antro, Venise 2013
Renzulli nel suo antro, Venise 2013

XIIII TEMPÉRANCE
XIIII TEMPÉRANCE

LE PUITS DE LA TEMPÉRANCE
LE PUITS DE LA TEMPÉRANCE

Alain Sagault, Au matin l'hiver avait gelé la lumière 10x24 cm 2016
Alain Sagault, Au matin l’hiver avait gelé la lumière, aquarelle, 10x24 cm 2016

mardi 17 avril 2018

C’EST PAS MON GENRE…

C’EST PAS MON GENRE !

« Les gens pensent moins qu’on ne croit, ça vaut mieux pour eux. »
Georges Hyvernaud, Le wagon à vaches

dont je ne saurais trop vous recommander la jouissive lecture



Ça devient rare, de pouvoir écrire ce qu’on veut.
Je veux dire, ce qu’on veut vraiment.
Pas ce qu’on veut bien vouloir parce qu’On veut que nous le voulions, si vous voyez ce que je veux dire…
Pas le « consens, suce ! », pas ce qu’« il faut savoir », pas ce qu’il faut « être en capacité de » savoir.
A-t-on encore le droit de dire des conneries qui ne soient pas seulement celles de tout le monde, les rassurantes conneries autorisées, validées, certifiées ?
Mais des conneries qui seraient à nous, qu’on n’aurait pas adoptées de confiance. Qu’on aurait pris le temps de penser, de vivre, de vérifier. Qui nous diraient, nous, à défaut de dire la vérité, vous savez, celle qu’« il faut savoir » (bis).
Ne pas se laisser aller à « être en capacité de » parler exactement comme tout le monde, «  juste trop cool », non ?
Parce qu’il règne de plus en plus en France une drôle d’atmosphère de censure bien pensante, bien pesante, qui ne dit pas son nom, mais qui gueule bien fort qu’on n’a pas le choix, que c’est comme ça et pas autrement, que la pensée majoritaire a force de loi et que toute déviation relève du sens interdit.
There is no alternative, balance ton porc ! clament d’immenses autorités morales. Et n’oublie pas ton verre de soutien psychologique, ta cuillerée de sirop d’attendrissement jusqu’aux larmes, ta pommade d’empathie universelle et, cerise sur le gâteau, ton bon gros suppositoire d’indignation télécommandée suractivé à la bonne conscience en acier trempé.
Ça fait un peu mal au début, mais on s’habitue. Nombreux, les habitués, ceux que plus rien n’étonne, qui sont prêts à tout avaler. Sans compter les gourmands, ceux qui en redemandent.
Elle se porte bien, la nouvelle morale déployée comme un drapeau d’Austerlitz par le Badinguet junior à peine sevré rejeté par une majorité d’abstentionnistes et choisi par une minorité d’électeurs naïfs ou cyniques, un angelot qui joue avec le peuple comme avec une poupée Barbie et avec le pouvoir comme avec un nouveau jeu vidéo encore plus réaliste avec du vrai sang et de goûteux morceaux de vraie chair…
Cette morale inversée commence à être en capacité de nous casser sérieusement les burnes. Pardon, ça m’a échappé, c’est les ovaires que je voulais dire.
Eh oui, la nouvelle morale est une morale inclusive, avec beaucoup d’exclusives. Une morale de groupes de pression, une morale identitaire donc totalitaire, qui confond sensibilité et sensiblerie, une morale qui exige de la majorité qu’en une merveilleuse unanimité obligatoire elle se soumette aux minorités de tout poil, une morale pour qui tout désaccord est immoral.
Allons-y pour les gros mots : une morale de classe. Et qui manque singulièrement de classe !
Soyez tolérants, c’est un ordre ! Devenez milliardaires ou acceptez de n’être rien.
J’écoutais parler l’autre jour des gens sérieux, des gens gentils, pas cons, à la base.
Ils disaient tous les mêmes sottises à la mode, s’envoyant automatiquement les répons d’une sorte de messe laïque, un discours universel aussi parfaitement calibré et formaté qu’une pomme Golden ou une canette de Coca ; ils avaient manifestement l’impression de penser par eux-mêmes, alors qu’ils enfilaient les slogans consensuels comme autant de perles d’inculture destinées à renforcer le collier qui tient en laisse leur intelligence et met des œillères à leur jugement.
Chaque mot-stimulus opportunément distillé faisait sécréter la dose de salive appropriée et déclenchait le quota adéquat de petits aboiements rassurants-rassurés. Sucrés à la bonne volonté et à la bonne conscience, ces deux jumelles incestueuses.
C’était très sympathique, et absolument terrifiant. Les chiens de Pavlov tournaient bien sagement en rond dans leur niche.
Ils avaient tout lieu d’être contents, leurs maîtres leur avaient jeté un os intellectuel dont ils pouvaient à loisir déguster la substantifique moelle : ils tenaient le sujet qui compte, ils avaient compris où était la priorité des priorités.
Vous ne le saviez peut-être pas, mais il y a un problème qui doit être résolu avant tous les autres, une sorte de mère de toutes les batailles. Vous ne voyez pas ? Allez, un petit effort…
Qu’est-ce qui est plus important que tout le reste ? Qu’est-ce qui est plus urgent, plus vital que l’arrêt du nucléaire, que les bains d’ondes cancérigènes, que l’industrie chimique mortifère et la fin des abeilles, que la guerre et le terrorisme partout, que les massacres et les migrations, que le dérèglement climatique et le réchauffement du même nom ?
Bref, qu’est-ce qui doit de toute évidence passer avant l’Apocalypse en cours ?
Je vais vous le dire, mes ami.e.s, puisque vous n’étiez pas à cet instructif et nourrissant festin.
Ce pour quoi, toutes affaires cessantes, nous devons militer, ce à quoi nous devons consacrer toutes nos forces, c’est à promouvoir l’égalité hommes-femmes là où elle est le plus gravement et le plus scandaleusement bafouée, dans la langue, un mot appartenant pourtant de toute éternité au genre féminin, ce qui en dit long sur le cynisme de l’usurpation masculine et sur l’illégitimité du patriarcat.
Constamment harcelée, sans cesse violée par des accords dénaturés et des usages pervers, la langue féminine doit être sauvée par un remède de cheval, la parité intégrale, afin que la.le.les être.s humain.e.s soient enfin égal.e.s.aux !
Qui veut la fin veut les moyens…

Pour l’égalité salariale, ce détail, tant pis pour l’immense mais désespérément prosaïque et populiste François Ruffin : on verra plus tard.
Au fait, si on cherchait à qui le crime, pardon, la nouvelle morale, profite ?
Parce qu’en somme, l’inclusion généralisée, ça permet surtout de ne plus voir qu’il y a de plus en plus d’exclus…
Et que nous sommes en train de nous exclure de la vie, à force de vouloir nous l’inclure.

Comme le montrent fort bien, me semble-t-il, le discours sévère mais combien juste que vous trouverez sous ce lien https://www.facebook.com/laveritesurnotremonde/videos/187240468564348/?t=2
et les trois textes qui suivent, l’un datant d’un an, l’autre de deux, le dernier de six mois, mais tous trois parfaitement actuels :

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LA CLASSE NUISIBLE, par Frédéric Lordon

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LA DÉRAISON NÉO-LIBÉRALE par Michel-Lyon

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LES HABITS NEUFS DE L’ALIÉNATION par André Bellon


Enfin, à l’usage des salauds irresponsables qui font de ceux qui devraient être les gardiens de la paix des forces du désordre volontaire, je livre le texte publié ce jour par C’EST NABUM dans Mediapart :

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L’EFFET DE LA MATRAQUE

Macron, non, décidément, c’est pas mon genre !
Mais j’y reviendrai bientôt.

mardi 2 janvier 2018

BALANCE TES PORCS !

BALANCE TES PORCS !
un vœu pieux pour 2018 ?



« La capacité de vendre les apparences, c’est le propre de l’imposture. »
« La parole politique aujourd’hui se condamne à la séduction et à la tromperie. »
Roland Gori, 2014

« Mais ils ne font guère mieux ceux d’aujourd’hui qui, avant de commettre leurs crimes les plus graves, les font toujours précéder de quelques jolis discours sur le bien public et le soulagement des malheureux. On connait la formule dont ils font si finement usage ; mais peut-on parler de finesse là où il y a tant d’impudence ? »
Étienne de La Boétie, 1574



Au lendemain des vœux hypocrites du dangereux Tartuffet propulsé à la Présidence par l’oligarchie mafieuse qui l’a coopté et par une partie de l’opinion publique déboussolée et ouverte à toutes les manipulations qui peuvent lui donner bonne conscience et la rassurer, il est en effet nécessaire d’émettre un vœu, qui, compte tenu de l’état de déliquescence et de corruption avancée de notre société, risque malheureusement de rester pieux.
Notre communicant en chef, pompant avec son habituelle impudence les convictions d’autrui pour en parer son discours aussi formaté qu’insincère, exige donc des citoyens de France qu’ils se demandent chaque matin ce qu’ils peuvent faire pour leur pays.
Pour une fois, je ne peux qu’approuver cet appel au patriotisme. Et le reprenant à mon compte, j’exhorte les citoyens de ce pays à se demander, mais vraiment, ce qu’ils pourraient faire de mieux pour leur pays.
Un pays dont la vieille devise, Liberté, Égalité, Fraternité, est chaque jour bafouée, dans les actes et parfois même jusque dans les mots, par un pouvoir sûr de lui et dominateur dont le cynisme va jusqu’à affirmer qu’il écoutera le pays, mais ne l’entendra en aucun cas, et n’en fera qu’à sa tête. « L’État, c’est moi ! » aurait dit Louis XIV. Pour Macron, l’État, c’est lui et ses commanditaires, le 1% d’ultra-riches mafieux dont ce Jupiter de pacotille est l’obligé et le zélé serviteur.
La première chose, et la plus urgente, que nous pouvons faire pour notre pays, ça tient en trois mots, qui ne devraient pas servir que pour les agressions sexuelles, mais pour tous les viols envers la liberté, l’égalité et la fraternité dont ce gouvernement, à la suite des précédents et encore davantage qu’eux, se rend coupable et dont il se vante de plus en plus ouvertement.
Car si les mots ont un sens, les vœux de l’actuel Président, par-delà les précautions oratoires dont il les enrobe, signifient : « Rien de ce que vous pensez, rien de ce que vous ferez ou direz ne sera pris en compte, je suis au pouvoir, je détiens la vérité et votre devoir de citoyen est de vous mettre à son service, c’est à dire au mien et à celui de ceux pour qui je roule. »
Face aux hommes de pouvoir et de profit qui chaque matin se demandent ce qu’ils peuvent faire pour eux et contre tous les autres, le devoir des citoyens tient en trois mots :

BALANÇONS NOS PORCS !

La servitude volontaire, c’est un choix.
Que nous pouvons remettre en cause chaque matin.
Qu’attendons-nous ?



Et si vous manquez de motivation, lisez ou relisez le Discours de la servitude volontaire de La Boétie, écrit il y aura bientôt 500 ans…
J’en extrais pour votre gouverne les quelques phrases qui suivent. Ne sont-elles pas d’une brûlante actualité ?

Pour le moment, je désirerais seulement qu’on me fit comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un Tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a de pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire.

Chose vraiment surprenante (...) c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un, qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir, puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel.

Ce maître n’a pourtant que deux yeux, deux mains, un corps, et rien de plus que n’a le dernier des habitants du nombre infini de nos villes. Ce qu’il a de plus, ce sont les moyens que vous lui fournissez pour vous détruire. D’où tire-t-il tous ces yeux qui vous épient, si ce n’est de vous ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne vous les emprunte ? Les pieds dont il foule vos cités ne sont-ils pas les vôtres ? A-t-il pouvoir sur vous, qui ne soit de vous-mêmes ? Comment oserait-il vous assaillir, s’il n’était d’intelligence avec vous ? Quel mal pourrait-il vous faire, si vous n’étiez les receleurs du larron qui vous pille, les complices du meurtrier qui vous tue et les traîtres de vous-mêmes ?

Le théâtre, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté ravie, les outils de la tyrannie.

Pour finir, voici trois liens vers des vidéos de TROUBLE FAIT que je découvre ces jours-ci, qui donnent de remarquables analyses, précises, fouillées, solidement argumentées, de ce que sont réellement Macron et sa politique, et de la façon dont cette scandaleuse et illégitime imposture, qui menace jusqu’aux fondements de notre République, a été mise en place :

On a élu Emmanuel Le Pen ! - YouTube

Comment Macron nous entube : ISF, Flate Taxe, APL… - YouTube

Présidentielle 2017 : Tout savoir (ou presque) sur le parcours de Macron. - YouTube

jeudi 21 décembre 2017

QUELQUES REMARQUES EN PASSANT enfin publiées !

C’est Noël.
Quelques REMARQUES EN PASSANT sont très opportunément publiées par les Éditions du Port d’attache à l’occasion de cette fête, à l’intention de ceux des êtres humains qui ne pensent pas que le « Think positive » façon Gribouille modifié autruche soit le comble du progrès humain et croient au contraire qu’une attentive et agissante lucidité est plus roborative et plus porteuse d’espoir et d’efficacité à long terme que la passivité béate des ravis de la crèche volontaires…
Que ces derniers roupillent en paix pendant que la maison brûle ne nous dérangerait pas s’ils ne ronflaient pas aussi fort !
La vraie fête, c’est la vie – les yeux ouverts.


REMARQUES EN PASSANT
par Alain Sagault



« DÉCADENCE
Nous vivons aujourd’hui une décadence que, par la grâce de notre triomphale technologie, nous avons cru être notre apogée, et dont, toujours grâce à elle, nous sommes en train de faire une apocalypse. »

Bretteur chevronné des idées, Alain Sagault ferraille, tout au long de ces réflexions en forme d’abécédaire, avec les travers et les aberrations du monde actuel. Un réjouissant jeu de massacre.

Un volume broché de 42 pages avec une illustration originale de l’auteur

Prix public : 6 euros (plus 1,5 euro de frais postaux).

À commander chez Jacques Lucchesi, 7 rue de l’Eglise Saint-Michel
13005 Marseille.

Voir en ligne : LES ÉDITIONS DU PORT D’ATTACHE

samedi 9 décembre 2017

AU ROYAUME DES BOUFFONS, ON EST PRIÉ D’HURLER AVEC LES MOUTONS…

Ce qui se passe ces jours-ci à l’occasion de deux morts montés en épingle en dit long sur l’état de déliquescence d’une humanité arrivée au dernier degré de la schizophrénie paranoïde…
Avant d’aller plus loin dans l’expression de mon rejet catégorique du délire collectif auquel on nous invite, je voudrais vous proposer de mettre ces « événements » en perspective en faisant l’acquisition, pour 9,50 €, soit pour beaucoup moins cher que le prix d’une place à un concert de Monsieur Smet, du livre le plus clair, le mieux informé, le plus complet et le plus cohérent à ma connaissance sur la situation actuelle de l’espèce humaine et de la planète qui a la malchance de l’avoir mise au monde :

L’ÉVÉNEMENT ANTHROPOCÈNE
La Terre, l’histoire et nous
par Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz,


dont une nouvelle édition complétée est disponible dans la collection de poche POINTS HISTOIRE sous le numéro H 517.
Il s’agit d’une mise au point capitale, dont l’ami Klépal a rendu compte par deux fois dans son blog, épistoles improbables :

Que se passe-t-il sur Terre depuis au moins un quart de millénaire ?

Comment en sommes-nous arrivés là ?[1]

J’’espère trouver le temps de revenir sur ce livre qui décrit à l’aide d’une approche scientifique formidablement documentée le déroulement des événements et l’enchaînement des causes et des conséquences tout en pointant clairement les responsabilités du désastre en cours. Et c’est plutôt plus facile à lire que les œuvrettes du soporifique Jean d’O… tout en étant infiniment plus nourrissant !
Mais pour l’heure, place aux bouffons et à leur Carnaval !



AU ROYAUME DES BOUFFONS,
ON EST PRIÉ D’HURLER AVEC LES MOUTONS…



Il y a des limites.
Pardon, il y avait des limites.
Sous le règne ostentatoire de Bouffonicule 1er, l’obsédant tam-tam du grand décervelage frappe plus fort que jamais, écrasant sous le roulement de tonnerre de son carnavalesque renversement des valeurs tout bon sens, toute pudeur et toute intelligence.
La stupidité, naturelle ou calculée (on ne sait plus, mais le sait-elle elle-même ?) se déploie, s’épanouit, exaltée par le cynisme et gorgée du mépris de tout ce qui n’est pas elle-même.
D’Ormesson, « superficiel par profondeur », Johnny, l’égal de Victor Hugo…
Il fut un temps où proférer de pareilles conneries aurait suffi à disqualifier définitivement même le plus respecté des vieux sages. Nous n’en sommes plus là.
La France, dans sa hâte à rejoindre le grand concert débile et autodestructeur de la mondialisation, met les bouchées doubles, et proclame « héros français » par excellence un pitoyable clone du rock US, parasite d’une musique à laquelle il n’a jamais rien compris, chanteur incapable d’écrire une chanson, fuyard fiscal assumé, et comble d’élégance, ingrat envers ses fans désargentés au point d’aller se faire enterrer à Saint-Barth’ !
Un pays qui veut pour idoles des d’Ormesson et des Halliday, deux formes cousines (pseudo aristo et pseudo populo) de vulgarité soumise à tous les pouvoirs et soigneusement masquée sous des poses faussement rebelles, n’est pas seulement un pays qui a perdu tout respect de lui-même, c’est aussi un pays dénaturé qui cherche un pauvre salut dans le recours systématique à l’imposture, dans la culture du relativisme, dans la promotion de la bêtise et l’adoration de la corruption.
Un peuple qui accepte qu’on lui chante de pareilles chansons et entonne gaillardement le refrain à l’unisson ne mérite pas mieux que le nouveau code du travail qui entérine son esclavage volontaire.
Unanimité à vrai dire en partie provoquée, développée, surjouée et instrumentalisée, comme le prouve la façon dont, à la remorque des pouvoirs publics privatisés qui donnent désormais le la de la communication-manipulation, le France-Inter de Demorand s’est surpassé dans l’adoration béate du consensus mou et de l’encéphalogramme plat.
Nous sommes sans doute assez nombreux à avoir fermé ce robinet de limonade éventée servilement alimenté par les Messieurs Loyal de l’info du spectacle, qui à force de chercher avec succès à nous décérébrer, ont réussi, juste retour des choses, à griller les quelques neurones qui pouvaient les perturber dans l’accomplissement de leur basse besogne.
Comment une radio qui compte encore quelques vrais bons journalistes et quelques émissions remarquables peut-elle accepter de tomber si bas qu’on croirait entendre France 2 moins l’image ?
Jusqu’à inviter le pitre de service, l’inévitable Lucchini venu jouer la sempiternelle partition du parvenu radoteur et fier de l’être, crachant comme à chaque fois sur les « bobos de gauche prétentieux et snobs » la haine d’une droite encore plus rance que décomplexée…
Et s’efforçant de recueillir au passage, en cabot avisé, quelques rayons de l’aura du Dieu vivant décédé en faisant étalage de l’amicale intimité qu’il entretenait avec Lui.
C’est que si on veut être populaire, il faut savoir hurler avec les moutons.
Quitte à échanger en douce des clins d’œil complices, entre pharisiens.

Pendant ce temps-là, la vraie vie continue, non, pardon, la vraie vie se meurt, tuée par les parasites que nous sommes tous devenus, sous la houlette des d’Ormesson, des Lucchini, des Johnny et des petits salauds qui mettent en scène ces marionnettes pour nous faire oublier la réalité de notre servitude volontaire.


Post-scriptum :
Sur ce même sujet, le même Klépal a fait part de sa réaction :

dimanche 12 novembre 2017

REMARQUES EN PASSANT 29

Débordé, je le suis comme nous tous dans ce monde humain en surchauffe permanente, mais pas tout à fait autant que certain.e.s de mes ami.e.s, comme le prouve cette photo du bureau de l’un.e d’entre eux.elles, dont l’ordinateur, faute d’un écran deux fois plus grand, ne peut montrer que la moitié !


Ce qui s’appelle un bureau bien rangé et bien rempli…


Précisons au passage que ce sera la seule et unique fois que vous trouverez sous ma plume (?) un échantillon de cette aberration stupidement nommée écriture inclusive, dont on ne sait par quel microcéphale non genré elle a été inventée. Une médaille d’or au Concours Lépine s’impose…

Ces
Remarques en passant vingt-neuvièmes du nom précéderont, de peu, je l’espère, quelques réflexions que j’espère dérangeantes autour de la notion de viol.
Il me semble en effet qu’il serait temps, non de l’interroger, mais de l’explorer.
La question du viol généralisé me poursuit depuis plus de trois ans sans que je me décide à mettre en ordre les nombreuses notes que j’ai prises sur ce sujet.
Aujourd’hui qu’on parle beaucoup du viol, mais en restreignant le sens de ce mot à la, si j’ose dire, sphère sexuelle, le moment est peut-être venu de l’envisager dans sa globalité, en tant qu’il structure l’ensemble des pratiques humaines, tout particulièrement dans ce que, va savoir pourquoi, nous persistons contre toute évidence à nommer notre civilisation.
Réduire le viol à sa composante sexuelle interdit fort opportunément de comprendre à quel point il est au cœur de nos sociétés.
À y regarder de près, le viol au sens large, généralisé, systématique, me paraît de plus en plus constituer le fondement même de la vision du monde et des pratiques de nos sociétés industrielles, qu’elles se disent libérales, s’affirment fascistes ou nazies, ou se prétendent communistes.
Une telle affirmation peut légitimement surprendre, aussi tenterai-je dès que possible de développer les analyses qui m’amènent à la proposer à votre réflexion.
Comme le veut l’ordre alphabétique, le viol fait déjà, timidement, acte de présence à la fin de la présente livraison…



REMARQUES EN PASSANT 29

ACCORD (imparfait)
« L’élection présidentielle rend fou la moitié de la classe politique » s’exclamait il y a quelques mois Thomas Legrand sur France-Inter. Mêmes « désaccords » dans le très (trop) sérieux livre d’Élisabeth Crouzet-Pavan, Triomphe de Venise : « L’exemple des familles de Terre ferme qui rédigèrent de tels livres corroborent cette analyse », ou : « C’est dire que l’évolution de la géographie sacrée et des dévotions vénitiennes comptent aussi pour beaucoup dans la définition de la ville comme une unité ».
« Les réunions hebdomadaires à laquelle assistait Pierre Bouteiller », lâche Patricia Martin, décidément fâchée avec les accords, comme cela arrive trop souvent sur France-Inter, y compris parfois dans la bouche censément orthodoxe… d’académiciens !
On taira leur nom par charité.
Péchés véniels ? Péchés littéralement mortels, en vérité. Devenues quasi systématiques à l’oral comme à l’écrit, perpétrées par des « élites » de plus en plus incultes, ces fautes n’ont rien d’anodin. Ces barbarismes récurrents signalent la déliquescence d’une saisie langagière du réel sans laquelle il n’est que barbarie et contribuent à l’aggraver.
De fil en aiguille se détisse ainsi, petit à petit et presque insensiblement, la structure de notre langue, et avec elle notre intelligence, c’est à dire notre capacité à comprendre le monde et à nous comprendre nous-mêmes…
L’accord grammatical n’est que la concrétisation dans la langue de notre accord avec le réel.
Comment pourrions-nous être en accord avec nous-mêmes et avec autrui quand nous ne sommes même plus capables de discerner ce qui est singulier et ce qui est pluriel, ce qui est masculin et ce qui est féminin ?
On entend ainsi la ministre de la Défense proclamer, du haut de son analphabétisme :
« L’engagement de la France, elle se poursuivra ! »
Confusion n’est pas fusion…
L’idée que tout se vaut, que singulier et pluriel, masculin et féminin sont une seule et même chose, c’est la première pierre de la Tour de Babel, cette universelle confusion engendrée par notre mégalomanie.

AIDE
Ne pas dire à quelqu’un qu’il est dans la merde est le meilleur moyen de l’y enfoncer.
Le lui dire aussi.

AIMER
Les gens qu’on aime vraiment, c’est moins en raison de leurs qualités qu’en dépit de leurs défauts.

AMOUR (Trop d’)
Sans doute pourrait-on parfois se dire : « Je l’aimais trop pour l’aimer bien. »
D’un autre côté, on devrait souvent s’avouer : « Je l’aimais bien, c’est à dire pas vraiment. »

APPRENTI SORCIER
Qui trop embrase mal éteint.

BASSESSE
Valls, personnage répugnant, dont la bêtise finit par forcer l’admiration, tant elle dépasse la commune mesure. Un exemple concret du degré de bassesse auquel une ambition sans idéal peut faire descendre un homme de pouvoir médiocre. Mais ne le sont-ils pas tous par définition, les pauvres types qui veulent dominer leurs congénères ?

BOOMERANG
Le jour où nous comprenons que tout ce que nous reprochons à autrui c’est tout ce que nous n’aimons pas chez nous, nous pouvons enfin nous entendre aussi bien avec nous-même qu’avec autrui. Mais ce jour arrive-t-il jamais ?

BRUYANT
Il est des êtres bruyants. Et plus encore quand ils se taisent que quand ils parlent. Leur être au monde est plainte, ou cri, ou fureur.

CŒUR DU CIEL PUR (LE)
Maître Tsuda, qui était tout sauf un sentimental au sens occidental du terme, évoquait souvent « le cœur du ciel pur ». Quoique loin au-dessus de nous, il est toujours à notre portée : nous le portons en nous, puisque nous faisons partie de lui.

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« Le cœur du ciel pur », lagune de Venise © Sagault 2016


COMMENTAIRE
« Le juste commentaire est celui qui nous réduit méthodiquement au silence. » De Jacques Darriulat, dans l’entretien intitulé Vermeer, le jour et l’heure, un échange parfois un peu bavard avec Raphaël Enthoven, qui fut son élève en hypokhâgne. Comme le prouvent ses questions peu pertinentes et ses commentaires oiseux, l’élève ici n’a pas dépassé le maître, tant s’en faut, et son seul mérite est d’en avoir conscience.

CONFORMISME
Encore lu deux Camilla Läckberg. Si Le Tailleur de pierre, malgré de grosses ficelles, peut toucher par moments, Le gardien de phare est carrément insupportable. Artificiel et superficiel, c’est le plus redoutable des pseudo polars pondus à la chaîne par cette trop habile fabricante de nanars consensuels faussement audacieux et hypocritement édifiants et pontifiants, à la gloire du consensus mou à la mode, propre à émoustiller tout en la rassurant la ménagère de quarante ans titillée par la ménopause.
Un savoir-faire trop évident et l’abus de recettes éprouvées ne remplacent pas l’originalité. Flatter la bonne conscience et le conformisme du lecteur permet de faire illusion un temps, mais la complaisance et l’absence d’authenticité finissent par apparaître pour ce qu’elles sont : non une complicité, mais une duperie, une manipulation.
Il n’est jamais habile de se montrer trop habile. La vraie habileté pousse l’habileté jusqu’à savoir se faire oublier. C’est qu’elle procède non d’un artifice mais d’un ressenti.
La comparaison avec la remarquable Trilogie écossaise de Peter May est éclairante…

CONNERIE
Toute une allée de platanes abattue pour qu’il y ait davantage de places à un concert de Johnny Halliday ! Il s’est trouvé en France un maire assez ignoblement con pour permettre une telle énormité. Seul point positif : leur mort a permis à ces pauvres arbres d’échapper aux braiements de l’interminable agonie de ce vieux clone raté des grands rockers américains…

CONTRADICTION (apparente)
C’est parce que je peins avec tant de ferveur la beauté du monde que j’écris avec tant de colère contre ce que nous en faisons.

CONTRASTE (nécessité du)
Notre époque croit éclairer la réalité en l’illuminant a giorno et en supprimant la nuit.
Se privant de la moitié de notre environnement, elle perd ainsi toute possibilité de contraste, et son refus du tableau noir l’amène à rendre copie blanche à l’école de la vie.
De même, elle croit imposer sa réalité en la rendant toujours plus bruyante, comme si le silence était synonyme de mort et le bruit synonyme de vie. Mais les meilleures musiques naissent du silence avec lequel elles composent, tout comme les plus belles lumières, celles des feux d’artifice, prennent vie sur l’écran des ténèbres.
Notre vie est faite du jeu permanent du yin et du yang. Ne vouloir vivre que le yang, c’est se condamner à l’impuissance des agités et devenir un mort vivant. Se contenter du yin conduirait à l’immobilité des résignés et à la rigidité cadavérique d’une mort anticipée.
C’est de l’obscurité que naît la lumière, tout comme c’est la lumière qui révèle le côté obscur.
Aujourd’hui, nous ne voyons plus, nous sommes éblouis – la forme la plus douce de l’aveuglement. Nous n’entendons plus, nous sommes assourdis – la forme la plus brutale de l’autisme. Comblés de bruit et de lumière, nous n’avons plus aucun recul, aucune distance, ni dans le temps, ni dans l’espace.
D’où vient ce rejet du silence et de la nuit ? De cette peur fondamentale qui nous a fait inventer les religions, la conscience que nous ne pouvons être en vie qu’à condition de devoir mourir.

CROIRE
Comme beaucoup de vieux, cons ou pas, je croirais plus facilement en Dieu qu’en les hommes. Soixante-dix ans de vie à leurs côtés ne m’ont nullement convaincu de notre capacité à être autre chose qu’inhumains.
En revanche, n’ayant à ce jour jamais croisé Dieu, je pourrais encore fantasmer sur son éventuelle Bonté. Mon esprit critique étant ce qu’il est, croire en Dieu n’est pas une option. Je me contente de croire en la vie, ce qui est facile, puisque je la lui dois…
Je crois aussi en la mort, puisqu’il n’est pas de vie possible sans son concours. Que seule la mort rende possible la survie de la vie, voilà un paradoxe qui pour un peu me ferait croire en Dieu !
Ce n’est pas que je ne puisse jamais croire en l’homme. Il y a place pour l’humanité dans l’humanité, par moments, par endroits. Je crois, d’expérience, en certains humains, du moins en une partie de certains humains. Car nous sommes tous composites, et le mal est tellement plus confortable à pratiquer : comme aurait pu le dire Cioran, il suffit de suivre sa pente…

CROISSANCE
Regardons les plantes, les arbres, mes amis de toujours. La croissance, la vraie, n’est pas la multiplication d’une quantité, mais le développement d’une entité. La vraie croissance est qualitative, elle se fait en harmonie avec l’énergie qui la permet et le milieu où elle s’inscrit et avec lequel elle est en permanente interaction.

CULPABILITÉ
La culpabilité consiste par exemple à s’en vouloir de ne pas pouvoir porter le malheur des autres alors même qu’on s’en sait incapable. La vérité sur la culpabilité c’est sans doute qu’elle n’a la plupart du temps pas lieu d’être, et que les rares fois où elle serait justifiée les coupables ne la ressentent aucunement…

DÉMENTI
« Les autorités françaises démentissent avoir payé une rançon » affirme un journaliste de France-Inter. Je peux sans hésiter lui opposer un démenti catégorique : les autorités françaises, connaissant les conjugaisons de leur langue, démentent.

DÉSINTÉRESSEMENT
Le désintéressement est la qualité de ceux d’entre nous qui sont assez intelligents pour comprendre qu’être désintéressé est le plus sûr moyen de servir leurs intérêts, puisque rien ne nous profite plus que le don.

DONNER
Comment pourra-t-on nous donner ce que nous voulons si nous commençons par le prendre ? L’élan du don ne peut naître que si nous nous sentons libres, et il meurt sous la contrainte d’une demande qui lui ôte son indispensable gratuité. Savoir demander consiste à laisser autrui libre de refuser. Quoi de plus difficile ?

ÉCRIT VAIN
Si je n’écris pas pour tout dire, j’écris pour ne rien dire.

FASCISME (la vraie nature du)
Le fascisme n’est en définitive rien d’autre que le détournement et l’appropriation de l’État par un individu ou un groupe d’individus se considérant comme supérieurs aux autres en vue de satisfaire leur avidité et leur mégalomanie. Quelles que soient les justifications avancées, la réalité du fascisme, c’est qu’il s’agit d’une Mafia généralisée, d’un système mafieux sorti de la clandestinité pour s’installer ouvertement au pouvoir.
En ce sens, les prétendues démocraties actuelles relèvent toutes plus ou moins d’un fascisme endémique auquel elles s’abandonnent chaque jour davantage.

FAUTE (de mieux)
En essayant de donner forme artistique à ma colère, à ma douleur, à mes émotions, je tente de les canaliser, d’en faire quelque chose de beau et d’utile malgré leur nocivité, leur malignité.

FORMALISME
« L’anti-intellectualisme n’est pas toujours où l’on croit, il n’est pas toujours primaire, il peut être éminemment sophistiqué. » écrivait Jean-Pierre Domecq dans Artistes sans art.
Je crois à tort ou à raison percevoir quelque rapport entre cette phrase et mon sentiment que beaucoup d’intellectuels, français notamment, qui fuient l’instinct et l’émotion pour la raison tombent dans un formalisme stérile et des recherches alambiquées, voir les grands rhétoriqueurs, les précieux et les précieuses (désolé, je ne sais pas encore écrireen inclusif…) mais aussi le nouveau roman et l’Oulipo, ou les développements de la peinture intellectuelle du XXe siècle. Le goût de l’abstraction devient pervers quand il sert de prétexte à une évacuation de l’émotion.
Si c’est pour jouer à des petits jeux intellectuels à la Robbe-Grillet, à la Queneau ou même à la Perec, la littérature ne m’intéresse pas. Si c’est pour me branler avec des « recherches » bidon à la Klein ou à la Warhol, la peinture ne m’intéresse pas.
Écrire n’a jamais été à mes yeux un moyen de faire passer le temps, une sorte de distraction intellectuelle, pas plus qu’un instrument de pouvoir destiné à revendiquer un statut, à occuper une position. Laissons cela aux gens qui veulent faire carrière, et dont le vrai but est d’être écrivains plus que d’écrire, et peintres plus que de peindre.
Mon affaire, ce n’est pas d’arborer une étiquette ou de me divertir, c’est de créer.

FRONT NATIONAL
À force de se cacher derrière le Front National et de le diaboliser pour faire passer leurs turpitudes, les politiciens de droite et de gauche lui ont offert sur un plateau (cas de le dire !) une audience qu’il n’aurait jamais obtenue sans leur aide intéressée.
Ces calculs aussi savamment pervers qu’irresponsables ont permis de focaliser l’attention sur un éventuel danger futur en faisant du même coup oublier des dangers on ne peut plus présents.
Le FN est un parti d’extrême-droite, aucun doute là-dessus. Mais les politiques néo-libérales et leur loi de la jungle financiarisée constituent une forme bien plus moderne et dangereuse de totalitarisme, nous sommes en train de l’apprendre à nos dépens !
Car si je déteste le FN, je ne vois pas à quel titre on pourrait lui mettre sur le dos la folle et criminelle dérive libérale-nazie qui est en train de détruire aussi bien l’humanité que son environnement.
Le code du travail et la suppression de l’ISF, c’est le FN ?
Les crises financières, c’est le FN ?
Le dérèglement climatique, c’est le FN ?
Les lois liberticides et autres états d’urgence, c’est le FN ?
Sivens, Notre-Dame-des-Landes, c’est le FN ?
Les centrales nucléaires pourries, le diesel, le compteur Linky, le WiFi, les perturbateurs endocriniens, les pesticides, c’est le FN ?
La vérité, c’est que le FN n’est que potentiellement dangereux, et que l’oligarchie financière qui a peu à peu pris le pouvoir depuis une quarantaine d’années est au contraire très réellement, très mortellement dangereuse.
Au point d’être en passe, avec notre lâche complicité, de nous détruire tous.

HOLLANDE
Ça ne me gênait pas que l’avant-dernier président soit libéral. Mais ça me dérangeait énormément qu’il se soit fait élire comme socialiste. En beaucoup moins intelligent et en beaucoup moins cultivé, François Hollande me fait penser à Monsieur Thiers. Se méfier de ces hommes dont l’adolescence tire vers le rouge, et qui deviennent si « raisonnables » à l’âge adulte que le désordre installé leur paraît préférable à la tentative toujours risquée de créer un ordre plus juste, au point qu’ils sont prêts à « remettre de l’ordre » par tous les moyens et que le rose finit par leur paraître encore trop coloré.
Ainsi, je n’avais pas trouvé rassurant que le gouvernement français achetât des drones (ces saloperies intégrales, fruits des cerveaux malades des technofascistes américains) aux États-Unis. 300 millions de dollars, quand un État prétend n’avoir plus d’argent, ce n’est pas anodin. À quel usage ces oiseaux de malheur ont-ils été destinés ? Quelles arrière-pensées sous-tendaient-elles un achat aussi peu urgent ?

HONORAIRE
Avocat honoraire, procureur honoraire, professeur honoraire…
Être honoraire, c’est trop souvent avoir perdu son honneur pour le devenir, à force de courir les honoraires.

INCONSCIENCE (consciente)
Le vrai problème c’est que l’idiotie universelle ne relève pas d’une ignorance innocente, mais du choix délibéré de l’inconscience consciente, si j’ose dire. Cette inconscience volontaire, un récent échange quelque peu musclé avec une amie chère me l’a encore hélas prouvé, elle se nourrit de notre paresse, de notre lâcheté, et débouche sur un refus total de s’informer et une mauvaise foi radicale, bref sur un ahurissant déni, qui m’évoque la passivité soumise de tant de français sous l’Occupation ou, pire encore, celle du peuple allemand s’abandonnant au nazisme.
C’est cela aussi, la corruption, l’acceptation de l’inacceptable, en faisant semblant de l’ignorer.
En fait, et c’est une calamité pour le confort intellectuel auquel nous nous sommes si volontiers habitués, chacun doit désormais choisir son camp, il n’y a plus d’innocents, mais des résistants ou des complices.

INDIGNITÉ
Il y a des gens qui ne méritent même pas le mépris qu’on a pour eux.

IINTELLIGENCE ARTIFICELLE
Je crois nécessaire de revenir sur une évidence si aveuglante que nous la perdons régulièrement de vue…
L’intelligence artificielle, ça n’existe pas. Il n’y a d’intelligence que naturelle.
Que veux-je dire ? Tout simplement que quantité et simplisme ont triché pour se faire passer pour qualité et complexité, l’exact contraire de ce qu’elles sont. Disons plutôt que nous avons voulu nous persuader que quantité pouvait être synonyme de qualité, et que le simplisme du binaire, ce dualisme borné, pouvait devenir réellement complexe.
En fait, le triomphe de la quantité et du simplisme n’est pas le fruit d’un changement de leur nature ; leur plus grande efficience tient uniquement à la multiplication de leurs opérations de calcul et à la vitesse toujours croissante à laquelle celles-ci s’effectuent.
Deux processus purement quantitatifs, augmentation du nombre d’opérations et de leur rapidité, cette dernière « camouflant » en quelque sorte l’aspect quantitatif avec l’aide de la miniaturisation. En somme, on n’est pas passé au toujours mieux, on a atteint le comble du toujours plus.
Loin d’une démarche qualitative, on est dans une logique d’augmentation et d’accélération. Plus le numérique singe la qualité, plus il s’en éloigne, plus il imite la réalité, plus il devient artificiel. Les ordinateurs d’aujourd’hui ne sont aucunement plus intelligents que leurs ancêtres, ils sont seulement infiniment plus puissants et plus rapides. Progrès quantitatif incontestable, progrès qualitatif inexistant.
Puissance et vitesse donnent l’impression, parfaitement illusoire, d’une intelligence réelle, c’est à dire vivante, alors qu’on a toujours affaire à de la mémoire, c’est à dire à de la mort manipulée.
D’une certaine façon, le numérique, c’est de la triche : on copie la vie, ça lui ressemble, mais ce n’est pas vivant, ce n’est pas la vraie vie, ce n’en est qu’une mauvaise imitation.
Mais si nous commençons, par paresse, par facilité, à fonctionner comme les ordinateurs, ne pouvant lutter avec eux en matière de quantité, nous allons devenir de plus en plus stupides – à leur image. Tout le travail qu’ils épargnent à notre intelligence, loin de la libérer, comme le pensent les ravis de la crèche à la Michel Serres qui croient que passer son temps à jouer du pouce représente une rupture épistémologique et l’annonce du paradis sur terre, l’engourdit, l’enkyste, la châtre, la stérilise.
L’ordinateur qui a battu un virtuose du jeu de go n’est lui-même qu’un imbécile, au sens étymologique du terme. Il n’a pas triomphé parce qu’il était plus intelligent, mais parce que sa mémoire et sa vitesse de calcul étaient quantitativement supérieures à celles de son adversaire.
Pour singer la qualité, la quantité n’a jamais d’autre choix que de multiplier ses opérations et de dissimuler cette augmentation en accélérant leur vitesse.
La quantité est affaire de mort, la qualité est affaire de vie.
Servons-nous des ordinateurs, mais ne leur confions pas nos vies : ils ne sont pas vivants, ils imitent la vie. Les imiter, pour l’humanité, c’est se donner la mort.

INTÉRÊT
Toujours et en tout nous sommes guidés par notre intérêt (ce que nous croyons être notre intérêt…) et nous ne voulons pas l’admettre, ou quand nous l’admettons, nous ne voulons à aucun prix admettre que notre intérêt véritable est tout différent de notre intérêt immédiat, qui nous en détourne, nous faisant ainsi nuire à nous-mêmes comme à autrui.

JANSÉNISME
Je suis au fond un janséniste. J’ai le jansénisme de la splendeur : pas besoin de l’orner, elle se suffit à elle-même.

LAPSUS
C’est une émission de France-Inter, et des expertes réelles ou supposées parlent yoga et bienfaits de sa pratique. « Il faut accueillir la souffrance » dit l’une d’elles. « Cela dépend de l’abcès, pardon, de l’aspect, lapsus intéressant », ajoute-t-elle, non sans raison, car son inconscient a parlé pour son corps qui veut bien que sa tête accueille la souffrance mais préférerait être dispensé de l’accueillir…

LÉGÈRETÉ
Il n’est de vraie légèreté qu’ancrée dans le fécond terreau de la mort organique.

LIBERTÉ
Liberté, voilà le mot qui nous tue. Privé de ses corollaires qui sont aussi ses correctifs, « égalité » et « fraternité », le mot « liberté » nous emprisonne dans des illusions mégalomaniaques et dans un fanatisme parfaitement résumé par ce génial idiot qu’était Malraux : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».
Il n’est pas de liberté solitaire, ce qui revient à dire qu’il n’est pas de liberté sans contraintes. La libre entreprise est le concept le plus faux et donc le plus stupide qui soit. Plus que jamais il y a lieu de crier avec Madame Roland (qui ne l’a sans doute pas dit, ou pas sous cette forme !) : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »

LOT
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas d’être au-dessus du lot, juste en dehors. Je n’aime pas l’avion, parce que je ne souhaite pas survoler le monde et le dominer, je veux être dans le monde.

LOUP
Face à ses adversaires pour qui il est trop souvent l’incarnation du mal, le loup, ce « nuisible », ce diable, a besoin d’un avocat. Si j’étais l’avocat du diable, je dirais que dans cette affaire il y a deux diables, et que le plus diabolique n’est peut-être pas celui qu’on pense. Le diable, c’est celui qui se prend pour Dieu, pour un dieu en tout cas.
De l’homme ou du loup, qui est le plus diable ? Le loup se contente d’être un loup, l’homme a d’autres ambitions. Il ne lui suffit pas d’être au monde et d’en faire partie, il lui faut le dominer, car, les religions monothéistes aidant, il a réussi à se persuader contre toute évidence que le monde a été fait pour lui et qu’il en est le propriétaire et le maître exclusif.
De cette attitude anthropocentrique stupide, d’abord criminelle et désormais suicidaire, nous commençons à voir les conséquences catastrophiques.
Le changement climatique et la sixième extinction de masse des espèces sont déjà en cours, rien n’a été réellement fait pour les arrêter, pire, tout est encore fait actuellement pour les aggraver, et l’inconscient collectif de l’espèce humaine sait probablement déjà la vérité, qui est qu’au moment même où il est le plus puissant, et précisément par la faute de ce pouvoir presque absolu, le maître du monde a perdu tout contrôle sur son prétendu domaine.
Dans ces conditions, pourquoi se préoccuper du sort du loup ? Dans le contexte actuel, sa disparition ne serait qu’un épiphénomène, une goutte d’eau dans un océan de destruction.
Si le sort du loup me préoccupe, c’est que les destins conjugués de notre planète et de l’humanité me paraissent exiger que nous changions radicalement d’attitude, tant qu’il est encore temps, et même si, comme je le crains, il est déjà trop tard : au moins retrouverions-nous un minimum de dignité avant de disparaître par notre faute.
Trouver un modus vivendi avec le loup, ce serait un premier pas vers un plus grand respect de notre monde, et donc de nous-mêmes, car nous ne sommes qu’une des espèces vivantes qui le peuplent et participent à sa vie. Le respect, c’est le chemin de l’efficacité durable, du partage, à l’opposé des mesures radicales de court terme, du « tout pour ma gueule » et du « après moi le déluge ».
Ce n’est pas en tuant, massacrant, exterminant, éradiquant tout ce qui gêne notre confort et notre goût de la facilité que nous rendrons le monde où nous vivons plus habitable et plus beau. Tuer les mauvaises herbes au glyphosate, c’est éliminer les insectes pollinisateurs, piéger les renards, c’est inviter les campagnols à se multiplier, les empoisonner, c’est détruire les rapaces diurnes et nocturnes. Dois-je énumérer tous les exemples de notre folie rationnelle, de notre stupide recherche d’efficacité immédiate ?
Chaque fois que nous prétendons résoudre un problème par la force, nous en créons au moins un nouveau, plus grave et plus insoluble, et souvent plusieurs…
Le prétendu progrès humain se mord la queue parce qu’il confond changement et progrès, nouveauté et amélioration.
Autour de ces évidences ou qui devraient l’être, on peit lire entre autres Thermodynamique de l’évolution (éditions Parole), Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces (éditions Agone) et Osons rester humain, Les impasses de la toute-puissance (éditions Les Liens qui Libèrent).

LUCCHINI
Lucchini, « expliquant » La Fontaine sur France-Culture en répétant dix fois avec extase le même vers, faisait irrésistiblement penser aux Femmes savantes ânonnant dévotieusement : « Quoi qu’on die… ».
Il y a dans tout cabot un pédant qui s’ignore, comme il y a dans tout pédant un cabot contrarié.

LUTTE (DES CLASSES)
La lutte des classes, ça existe, et ce n’est pas en élisant ceux à qui elle profite que nous y mettrons fin. Voter Macron, c’était choisir de contribuer à aggraver une lutte des classes qui bat son plein au point de tourner doucement à la guerre civile.

MADE FOR SHARING
Le slogan français (?) pour la candidature de Paris aux Jeux Olympiques…
Je suis toujours épaté de voir combien l’appât du gain permet à ces commerciaux que sont devenus les politiques de se dépasser toujours plus dans la bassesse et la stupidité.

MAL faire du)
Ne pas vouloir faire de mal est souvent le plus sûr moyen d’en faire.

MARCHANDS
Dans certaines sociétés du passé, les marchands constituaient à juste titre la classe la plus basse de la société.
« Les plus fous et les plus méprisables Acteurs du Théâtre de la Vie humaine, sont les Marchands », fait dire Érasme à la Folie. Et d’ajouter : « Rien de plus bas que leur profession, et ils l’exercent d’une vilaine manière : ils sont ordinairement menteurs, parjures, trompeurs, voleurs, imposteurs ; & nonobstant tout cela, sont considérez, à cause du coffre fort. »

MÉRITE
« Le monde ne me mérite pas… »
Peu d’entre nous l’ont déclaré officiellement, mais je voudrais bien connaître celui qui ne l’a jamais pensé à part soi. Dans le secret de notre cœur, et davantage encore quand nous parvenons à l’ignorer, nous sommes tous convaincus, non seulement d’être uniques, ce qui est vrai, mais que notre exceptionnel mérite n’est pas aussi reconnu qu’il le mériterait, ce qui l’est beaucoup moins.
Quant au « modeste » qui, inversant la proposition, bat sa coulpe en proclamant bien haut : « Je ne mérite pas le monde ! », il ne le fait que pour inciter autrui à rétablir la vérité et la justice en lui accordant le mérite qu’il se refuse avec une modestie qui l’augmente encore…

MINORITÉS
J’ai longtemps hésité à publier ce qui suit. Je suis absolument convaincu que l’orientation sexuelle de chacun doit être respectée, quelle qu’elle soit, dès lors qu’elle ne porte pas atteinte à la liberté d’autrui. Mais le développement de ce qu’on appelle le communautarisme, et l’évolution de l’opinion publique me mettent d’autant plus mal à l’aise que j’ai comme tant d’autres été exposé à ce qu’on appelle le harcèlement sexuel, et plus, même si pas affinités. Échapper de justesse à un pédophile quand on a une dizaine d’années est une expérience assez étrange, tout comme il est assez déplaisant d’être traité d’anormal quand on décline des invitations aussi pressantes que déplacées et réitérées…
Les homosexuels ont été trop longtemps scandaleusement pourchassés, et il est essentiel qu’ils aient clairement droit de cité, en tant que minorité humaine digne d’être respectée au même titre que la majorité.
C’est plus fort que moi. J’ai toujours été, je serai toujours pour les minorités contre les majorités. La proportion d’abrutis et/ou de salauds étant la même dans les deux cas, il y en a moins, c’est arithmétique, dans les minorités que dans les majorités. Qui plus est, les minorités étant en position de faiblesse, les imbéciles et les salauds qu’elles recèlent ne sont pas en mesure de nuire comme ils le sont dans une populace où ils finissent toujours par constituer la… majorité !
Et puis, je ne peux être que du côté du plus faible, son impuissance même me le rend intéressant, je brûle de l’aider à désinhiber son potentiel – quitte à le combattre farouchement si ayant pris son essor l’ex-minoritaire se retrouve majoritaire…
Car si les minorités sont trop souvent opprimées et donc en droit de se défendre et de s’entr’aider, elles peuvent très bien, à force de se vouloir agissantes, devenir opprimantes. C’est ce qui me semble menacer les homosexuels qui prennent peu à peu dans notre société une place et un poids sans commune mesure avec leur nombre. Quand une minorité aspire à l’hégémonie, quand elle se découvre une vocation majoritaire, je ne peux plus la défendre, et je vais d’autant plus la critiquer qu’elle me semble se trahir…
La loi sur l’homophobie, pleine de ces dangereuses bonnes intentions dont l’enfer est pavé, me fait craindre que la communauté homosexuelle, surfant sur l’hypocrisie bien-pensante du politiquement correct, soit en passe, au risque de faire renaître un détestable rejet, de devenir une minorité opprimante.
Comme telle, elle s’exposerait, tout comme Israël, à de terribles retours de flamme. Avoir été opprimé ne donne aucun droit à devenir oppresseur. Pire : l’opprimé devenu oppresseur, l’opprimé qui se convertit à l’oppression donne raison à ses oppresseurs, et finit par justifier a posteriori l’oppression dont il a été victime.
Voir la victime se ravaler au rang de son bourreau et rivaliser d’infamie avec lui est le spectacle le plus désespérant qui soit.
Qui proclame et pratique la politique stupide et criminelle résumée par le slogan « œil pour œil, dent pour dent » n’est plus, quoi qu’il prétende, une victime, mais un partenaire et un complice dans le grand jeu de l’horreur humaine.
On n’en est pas encore là, mais à mes yeux, s’attaquer à la liberté d’expression est toujours mauvais signe : vouloir forcer le respect, c’est déjà prouver qu’on ne le mérite pas.

MODESTIE
Comme il est de règle, il entre beaucoup d’orgueil dans ma modestie.

MONDIALISATION
La vérité est que le triomphe de la mondialisation est le pire désastre jamais arrivé à l’humanité. C’est la Tour de Babel à l’envers : à l’incompréhension des différences se substitue le néant de l’uniformisation.

MORT
Le Tarot n’a pas de nom pour la mort : nous ne pouvons la connaître tant que nous sommes en vie. Et c’est à son existence que nous devons la nôtre…
Elle nous accompagne, l’indispensable camarde, inséparable camarade de toute vie, compagne silencieuse dont la présence absente donne à notre existence son sens et son goût.
Car c’est à elle que nous devons d’éprouver ce qui palpite sans cesse sous l’image ternie d’un quotidien émoussé par l’habitude et la résignation : la joie féroce de vivre, toujours présente, au besoin déguisée, même dans la douleur.
Être là, le savoir, en jouir et s’en réjouir, privilège offert par la mort à la vie…
En guérir aussi, par le gai rire. Sous la mort, l’humour !
Cette contradiction originelle qui fait de la mort la condition de la vie, est la base sur laquelle s’épanouissent toutes les contradictions grâce auxquelles tout en adorant la vie, nous n’avons de cesse de la détruire.

MOTIF
C’est un choix : je ne peins pas sur le motif ; je vis le motif. Après seulement, je le peins. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de peindre une montagne, c’est de peindre la montagne. La présence en moi de la montagne. Pas seulement, j’espère. La présence de la montagne.
« Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais ce qu’il voit en lui. S’il ne voit rien en lui, qu’il cesse aussi de peindre ce qu’il voit devant lui » disait Friedrich.

MOUILLER (se)
Contrairement à leurs ancêtres, les français d’aujourd’hui veulent bien se mouiller, à condition que ça ne mouille pas.

MUSSET (Alfred de)
On a un peu oublié Musset. On a tort. C’était un homme libre, de ceux qui ne se laissent jamais embrigader, ni pour bêler avec les moutons, ni pour hurler avec les loups. Nerval mis à part, c’est de tous les romantiques le plus indépendant, parce que c’est le seul que le pouvoir n’intéresse nullement : « Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre. »

N’IMPORTE QUOI
D’un journaliste de France-Inter, cette réussite : « Un référendum augmentant les pouvoirs du président Erdogan sera soumis à référendum ». D’un autre : « Il se rapproche de la Russie dont il qualifie son leader de… »
Pauvre Cioran, dire qu’il rêvait d’un monde où l’on mourrait pour une virgule…
Si les français étaient obligés de parler français sous peine de mort, le problème de la surpopulation serait résolu d’emblée. En tout cas, avant d’exiger des étrangers qui viennent travailler chez nous qu’ils parlent français, nous devrions commencer par leur donner l’exemple !
Comme disait élégamment une autre journaliste, toujours sur France-Inter, et comme de juste pendant la Semaine de la Francophonie, « La seule chose d’à peu près certain », c’est que si le respect s’perd, la langue itou…

ORIGINAL (être)
Par un paradoxe en réalité parfaitement logique, la recherche de l’originalité conduit tout droit à l’académisme, vouloir être original étant le plus sûr moyen de ne pas l’être.
On n’est original qu’en étant soi-même, on ne le devient pas en forçant sa nature.
Je ne le répéterai jamais assez : chercher à être original, c’est avouer qu’on ne l’est pas.

ORIGINAUX
Les vrais originaux ne sont presque jamais les originaux reconnus, « officiels ». On les découvre souvent après coup, car le propre du véritable original est de l’être si réellement que le conformisme ne peut même pas le voir tant il est hors des limites habituelles de notre champ de vision. Ainsi de Vermeer, considéré de son vivant comme un excellent peintre de second plan, dont la peinture, pour être vue, a dû attendre plus de 150 ans.

PARASITES
Tentant à nouveau de lire quelques pages du Parasite de Michel Serres, j’en arrive très vite à la conclusion que chez lui comme à vrai dire chez beaucoup de « penseurs » contemporains, le rapport signal-bruit est particulièrement mauvais, c’est à dire que le bruit l’emporte de beaucoup sur le signal…
Le Parasite devrait plutôt s’appeler les parasites, tant la forme, amphigourique jusqu’à la logorrhée, occulte la pauvreté de la pensée. Produit pour dissimuler l’évacuation du signal, le bruit est si assourdissant qu’on n’entend plus que lui. Raison suffisante pour qu’un livre illisible fasse dans ce monde de sourds le bruit qui était son objet. Lacan ne procédait pas autrement.
Paraphrasons Boileau :
Ce qui se conçoit mal s’énonce confusément
Et les mots pour le dire s’entassent absurdement.

PARESSE (hyperactive)
Les vrais paresseux sont très souvent des travailleurs acharnés : il leur faut bien compenser par l’hyperactivité tout le temps qu’ils passent à ne rien faire. Ainsi se rachètent-ils de la culpabilité engendrée par une saine inaction dans nos sociétés vouées à la frénésie d’une incessante activité.

PERSUASION
Convaincre un crétin, c’est faire tort aux idées qu’on croit défendre.

PEUR (mère de sûreté)
Ce que j’en pense a été idéalement formulé par un autre, que je me plais à citer ici : « On nous a traités de « semeurs de panique ». C’est bien ce que nous cherchons à être. C’est un honneur de porter ce titre. La tâche morale la plus importante aujourd’hui consiste à faire comprendre aux hommes qu’ils doivent s’inquiéter et qu’ils doivent ouvertement proclamer leur peur légitime. Mettre en garde contre la panique que nous semons est criminel. La plupart des gens ne sont pas en mesure de faire naître d’eux-mêmes cette peur qu’il est nécessaire d’avoir aujourd’hui. Nous devons par conséquent les aider. »
Günther Anders, Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? 1977
Traduction française, Éditions Allia

POSE (prendre la)
Consciemment ou non, nous finissons toujours par prendre la pose. Ma pose à moi, c’est de ne pas la prendre. Il est des déterminismes auxquels on n’échappe qu’en apparence…

PRÉSENCE
Tout change sans cesse, pour mieux retrouver l’essentiel, qui, lui, ne change pas, sous toutes les formes où il s’incarne.
« Sans souvenirs, pas d’imagination », me dit l’ami Klépal. C’et la clef de l’improvisation : pas de fleurs ni de fruits sans racines.
L’agitation contemporaine si semblable à celle du malheureux qui, tombant d’un gratte-ciel, brasse l’air dans l’espoir de se mettre à voler, je me demande si elle n’est pas la suite logique de notre obsession de ce que nous croyons être le « présent », fantasme insaisissable, dont dans notre frénésie de consommation nous avons oublié qu’il n’advient à chaque instant que par la présence d’un passé assumé et d’un futur projeté. Qui ne vit qu’au présent est un mort-vivant. La vraie vie, c’est la présence, permanente renaissance du présent perpétuel.

PRÉSENT
Le présent est devenu si envahissant qu’il fait écran à la fois au passé et au futur, et comme à proprement parler il n’existe pas, nous nous retrouvons dans le vide d’un présent insaisissable que son omniprésence même annihile.

PROGRÈS
Bon nombre de mes amis, découvrant mes créations de septuagénaire, s’extasient, concluant : Tu as fait des progrès.
C’est fort possible. Mais je leur réponds désormais, usant de cette liberté de parole qui est avec la surdité l’un des privilèges d’une vieillesse bien comprise : C’est peut-être vous qui avez fait des progrès…
Je ne crois pas avoir changé grand-chose à mon écriture depuis une trentaine d’années. J’espère avoir fait quelques progrès, mais je ne serais pas étonné que mes lecteurs, un peu déroutés au départ par le côté un peu marginal de ce que j’écris, s’y soient peu à peu habitués au point de finir par le sentir et l’apprécier.
Quant à ce que je peins, à mesure que se développe ma tentative de traduire à partir de presque rien les couleurs de la lumière et le jeu des éléments, s’ils apprécient le résultat, c’est autant parce qu’ils sont mieux à même, à force d’en voir les variations et l’évolution, de saisir le sens de mon projet et d’entrer dans cet univers si ténu en apparence, que du fait d’une aisance et d’une maturation que j’aurais acquises par une pratique assidue.

PROPHÈTES
Nul n’est prophète en son pays, dit-on.
Si, les médiocres. Il n’y a que les médiocres pour être prophètes en leur pays, parce que leur similitude avec la médiocrité générale fait que loin de déranger, ils sont montrés en exemple.

RAISON
Tant que nous nous abandonnerons à une foi totalement irrationnelle en notre prétendue raison, nous irons de plus en plus vite à notre perte.

RÉALISME
Un réalisme qui ne fait pas sa part à l’idéalisme n’est jamais qu’un idéalisme inversé.

RÉALISME
Le prétendu réalisme des anglo-saxons relève du plus dangereux idéalisme. Il est fondé sur de terribles illusions, issues d’une fondamentale naïveté. Scientisme, progrès indéfini, loi du plus fort, conquête et domination de la nature, ce réalisme d’opposition et de combat où il s’agit toujours de gagner ou de perdre, excluant toute alternative à la recherche du profit au nom d’un pragmatisme à courte vue, est au final le comble de l’irréalisme.

RECONNAISSANCE
Curieusement, mais c’est au fond assez logique, c’est presque toujours quand nous n’avons plus rien à dire que nous sommes enfin écoutés.

REMBRANDT
Ce qui le met si à part, et si au-dessus, de la plupart des autres grands peintres, c’est qu’il est parvenu à matérialiser le spirituel en spiritualisant la matière. La peinture de Rembrandt donne à l’anecdote une portée universelle en l’incarnant avec une force d’évocation qui la transcende de façon quasi alchimique. Littéralement, chez lui, la matière peint l’esprit, parce que l’esprit anime la matière. Rembrandt, alchimiste de la peinture.

RENCONTRES (avortées)
J’ai rencontré beaucoup de gens, qui ne m’ont pas toujours rencontré. Et beaucoup de gens m’ont rencontré sans que je les rencontre. Il ne faut pas seulement être deux pour se rencontrer, il faut être tous deux présents à l’autre, une condition qui n’est que rarement remplie, et encore moins dans la durée. D’où la difficulté du couple.

RESPECT
C’est plus fort que moi. Quand je bouscule un livre, je lui demande pardon.

RESPECT
Avoir du respect pour qui n’en est pas digne, c’est n’en pas avoir pour soi.

RESPONSABILITÉ
Aujourd’hui, personne n’est plus responsable de rien. C’est la faute des autres, du passé, bientôt si notre présent merde, ce sera la faute du futur…

RETARD
Être en retard, c’est souvent prendre de l’avance pour la suite.

RÉUSSIR
Plus que jamais dans notre société de frime mondialisée, le principal talent de la plupart des gens qui réussissent est de savoir paraître plus intéressants qu’ils ne sont, alors que beaucoup de ceux qui échouent le doivent à leur incapacité à paraître aussi intéressants qu’ils le sont.
Comme le savent tous les bons représentants de commerce, ce n’est pas ce qu’on vend qui compte, c’est de savoir le vendre.
D’où qu’il n’est pas nécessaire d’aimer ce qu’on vend, mais essentiel de savoir le faire aimer du client potentiel. Si bien qu’on est souvent d’autant meilleur vendeur qu’on n’est pas attaché à ce qu’on vend.
Ce qui explique, paradoxe cruellement ironique et qui permet de boucler la boucle, pourquoi la plupart d’entre nous sont incapables de se vendre…

RÉUSSITE
M’étonne l’étonnement de certains de mes amis, notamment les américains, quand je leur dis ne pas être très intéressé par ce qu’ils appellent la réussite et avoir en fin de compte préféré jouer un jour devant deux personnes plutôt que devant cinq cents, parce qu’il en est sorti une vraie relation. Que valent les applaudissements passagers d’une foule anonyme face à la découverte d’une personne et à la naissance d’une amitié ?
Croire que l’on peut arriver à la qualité par la quantité, quelle naïveté ! Croire que l’éphémère peut combler comme la durée, quel leurre !
Tout l’échec mortel de notre prétendue civilisation contemporaine est là, dans cette foi magique dans le pouvoir du plus et dans ce paresseux refus de la difficile, de l’exigeante beauté du mieux.
Je regardais hier les images d’un gigantesque barrage en construction dans une partie de la forêt amazonienne où vit depuis des lustres une tribu que ce barrage littéralement noiera. Par contraste, les images montrant cette population dans le milieu naturel avec lequel elle vit en symbiose depuis des siècles illustraient la terrifiante réalité de ce que contre toute évidence nous nous obstinons à nommer réussite.
Choisir l’industrie contre l’artisanat, la réussite immédiate contre le progrès à long terme, c’est choisir le viol contre l’amour, c’est à la fois détruire la vie et perdre son âme.
Je n’ai pourtant rien contre le mot réussite. Je pense seulement qu’il est trop souvent confondu, particulièrement de nos jours, avec un autre, qui est pourtant loin d’être synonyme, le mot succès.
Pour moi, réussir, c’est réaliser un rêve. Avoir du succès, c’est réaliser le rêve d’autrui. Nuance…
Réaliser le rêve d’autrui, pourquoi pas, si c’est aussi et pour commencer mon rêve. Sinon, cherchant à plaire, je ne suis plus moi-même. Se conformer au désir d’autrui, c’est se prostituer.
On a du succès quand on a réussi à faire partager par autrui ce que l’on a fait, quelle qu’en soit la valeur réelle.
On sent qu’on a réussi quand on s’est approché, aussi près qu’il est en notre minuscule pouvoir de le faire, de la perfection, ou du moins de l’idée que nous nous en faisons. Et tant mieux si les autres s’en aperçoivent et font de notre petite réussite un succès !
Mais le succès ne prouve nullement la réussite.
Est-il plus important d’avoir du succès comme Bouguereau ou de réussir comme Van Gogh ?
Réussite et succès peuvent évidemment aller de pair, voire fusionner, selon des proportions variables à l’infini.
Mais ce qui rend heureux, c’est la réussite, et plus encore le chemin parcouru pour y parvenir, alors que le succès et les chemins qu’il emprunte, même quand ils ne sont pas tortueux comme trop souvent, ne combleront jamais pleinement un créateur.
Le succès donne du plaisir, la réussite du bonheur.
Je ne crache pas sur le premier, mais pas question de lui sacrifier le second.
Le succès dépend davantage d’autrui que de soi, la réussite dépend de soi bien plus que d’autrui. Tout dépend de ce que nous cherchons : voulons-nous plaire à autrui ou être le plus possible nous-mêmes ?
Plaire à autrui, c’est s’insérer dans une synchronie, dans ce qu’on appelle à tort le présent, et donc en être la plupart du temps prisonnier ; être à la recherche de soi-même, c’est être dans la diachronie, autrement dit dans l’évolution et dans la quête d’une perfection qui n’est jamais atteinte. C’est vouloir incarner l’infini dans le fini, alors que le succès consiste à insérer son fini dans le fini général…
C’est pourquoi notre époque où règnent la mode et le consensus obligatoire se détourne des démarches artistiques dignes de ce nom, qui sont à ses yeux sans valeur, au profit d’un art de marché avant tout préoccupé par une incessante recherche de la valeur ajoutée notamment par des opérations de marketing systématiques qui n’ont rien à voir avec l’art et tout avec le règne de la mode instantanée et la frénésie spéculative imposées par la dictature de la finance.
L’artiste authentique est engagé et engage avec lui son éventuel public dans une constante recherche de perfection quand l’artiste de marché, parasite officiel et provocateur académique, est tout occupé à susciter la demande de la partie solvable du public et à y répondre. Son travail ne consiste pas tant à créer réellement qu’à élaborer des stratégies commerciales gagnantes.
L’opposition entre ces deux extrêmes n’est pas toujours aussi tranchée, mais elle n’en est pas moins essentielle, tout comme la différence de nature que je discerne entre réussite et succès.

RIRE
J’ai longtemps ri de tout avec (presque) tout le monde. Je n’ai plus envie de rire de rien, ni avec personne, tellement tout est devenu triste, particulièrement la gaieté. Les « fêtes » dont se gavent mes contemporains sont aussi gaies que des crémations et aussi stériles qu’une masturbation : notre époque a inventé la fête onaniste.

SAGESSE (folle)
Dans les moments vraiment graves, s’en remettre à la sagesse est une folie.

SAVOIR
Savoir quelque chose, c’est risquer de croire qu’on sait, ce qui mène presque naturellement à ne plus rien vouloir savoir d’autre que ce qu’on croit déjà savoir.

SENSIBLERIE
Notre époque se croit sensible. Tout comme elle confond qualité et quantité, réussite et succès, économie et finance, sophistication et raffinement, elle prend sa sensiblerie pour de la sensibilité.
Lourde erreur ! La sensiblerie est l’exact contraire de la sensibilité. La sensiblerie regarde autrui à partir de son point de vue à elle, de ce qu’elle ressent, alors que la sensibilité est à l’écoute de l’autre, de son point de vue et de ce qu’il ressent.
Dans la sensiblerie, je m’occupe de mon ressenti, dans la sensibilité, je m’occupe du ressenti de l’autre. Je ne suis donc pas sensible à l’autre, mais à ce qu’il me fait éprouver, alors que dans la sensibilité, je suis sensible à ce que l’autre éprouve.
La sensiblerie est confortable, elle est le fruit de notre paresse, la sensibilité demande un difficile effort pour sortir de soi.
La sensiblerie s’accommode d’autant mieux de l’égoïsme et de la cruauté qu’elle en procède, puisqu’elle n’est que le masque de notre indifférence à autrui et de notre égocentrisme.
La sensiblerie veut voir la souffrance de l’autre, d’où le voyeurisme si complaisamment entretenu par certains médias, la sensibilité cherche à lui porter secours.
En vérité, la sensiblerie n’aide pas l’autre, elle l’enfonce, alors que la sensibilité perçoit ce dont l’autre a besoin.
Noguchi, célèbre guérisseur japonais fondateur du seitaï, alors que des naufragés épuisés montaient à bord du paquebot où il se trouvait, se jeta sur eux et les engueula férocement, au grnad scandale de l’assistance accourue pour accueillir dignement ces pauvres gens. Furieux, les naufragés l’injurièrent copieusement en retour. Sommé de s’expliquer sur son inadmissible conduite, Noguchi répliqua tranquillement à peu près ceci : « Ces naufragés étaient si épuisés qu’un bon accueil, en leur permettant de se détendre après l’énorme tension qui leur avait permis jusque là de survivre, se seraient effondrés, victimes d’un collapsus fatal. Pour les sauver, il fallait les faire réagir, les mettre en colère, les empêcher de se laisser aller en les forçant à mobiliser ce qui leur restait d’énergie. Leur indignation les a préservés de votre mortelle bienveillance… »

SENTIMENT
Notre époque de sensiblerie devrait méditer cette maxime d’une artiste infiniment sensible :
« Faire du sentiment, c’est prouver qu’on en manque. »
Virginie Demont-Breton

SÉRIEUX (esprit de)
L’esprit de sérieux cache presque toujours le goût inavoué du pouvoir.

SILENCE
Le monde du silence n’a ni cartographie ni guide, notre seule présence muette et tendrement têtue en ouvre les portes.
Garder le silence sied à qui tente de le faire parler.

SIMPLICITÉ
Une simplicité qui évacue la complexité n’est que simplisme. Je ne suis pas sûr que nombre de peintres du siècle passé, dont Miro, Matisse, Picasso ou Rothko, ne soient pas parfois tombés dans ce travers, qui d’une recherche admirable finit par faire une commode voie de garage.

SURMOI (abolition du)
La volonté plus ou moins consciente de détruire tout surmoi, qui est au fond la grande affaire du XXe siècle, poursuivie avec une folle ardeur par le XXIe, est caractéristique de la recherche de l’intérêt personnel, poussée jusqu’au mépris systématique de l’intérêt général, et par là même contraire en fin de compte à un intérêt personnel bien compris. Qu’un surmoi collectif bride le moi dans les élans de son expansion indéfinie est insupportable à des individus « libérés » pour lesquels aucune « croissance » n’est excessive pourvu qu’elle contribue à l’hypertrophie de leur petite personne.
Cette perte du surmoi, nous en voyons en tous domaines les effets destructeurs, présentés comme d’irrésistibles « progrès », d’inévitables « avancées ».
La psychanalyse, devenue système de pouvoir sous l’influence de divers charlatans truqueurs de langage, loin de rechercher un équilibre entre le moi, le surmoi et le ça, cherche sous couleur de décomplexer à détruire toute limite, libérant des énergies qu’il est vital de canaliser, dans l’intérêt de l’individu comme dans celui de la société où il évolue.
Remplacer les règles morales par de petits rites de comportement à valeur supposément éthique est un leurre : sans morale définie par un consensus suffisamment général, pas de surmoi qui tienne, la folie, singulière et plurielle, installe le pouvoir dictatorial du chaos.
Une morale trop rigide tue la vie, l’absence de morale la dilue et l’épuise. Pas de mouvement possible sans à la base une colonne vertébrale.
Aux prises avec ses instincts et la volonté de puissance de son ego, l’individu perd le contrôle de ses énergies et sa liberté se résume à la soumission à des pulsions qui le dépassent. Paradoxe parfaitement logique, c’est au moment où la personne est le plus strictement réduite à elle-même qu’elle devient la plus dépendante des divers flux énergétiques du monde « extérieur » auquel elle ne cessera jamais d’appartenir, qu’elle le veuille ou non.
En matière d’énergie vitale, ce qu’on appelle la morale est un système de « refroidissement » des passions, s’imaginer pouvoir s’en passer conduit droit à la surchauffe. En ce sens, le réchauffement climatique est une métaphore concrète de notre incapacité à élaborer et maintenir une éthique de l’équilibre qui permette un jeu aussi harmonieux que possible d’énergies dont nous sommes par nature incapables de maîtriser le déchaînement.
Faute de « régulation thermique morale », les minuscules entités que nous sommes, s’agitant en tous sens selon un illisible mouvement brownien, achèvent leur course dans un magistral burn-out individuel et collectif.
Tout se tient et en morale aussi, on ne joue pas impunément avec les lois de la thermodynamique…

SYSTÉMIQUE
Ce que j’appellerais la pensée systémique, et qui devient souvent pensée systématique, qui cherche à harmoniser l’individu et le groupe, ne fonctionne pas sur les grands nombres, car le système, en se renforçant par nécessité pour garder sa cohérence eu égard au nombre excessif d’individus, l’emporte sur ses parties ; le groupe s’annexe les individus, réduits à des rouages interchangeables. D’où l’incompatibilité entre démocratie et système, que celui-ci soit capitaliste ou communiste, voire se réclame de la prétendue « social-démocratie ».

THINK POSITIVE
Un lieu commun archi rebattu prétend qu’il vaut mieux voir son verre à moitié plein qu’à moitié vide. Voilà de ces vérités révélées auxquelles nous accordons la foi du charbonnier alors qu’elles sont tout sauf indiscutables.
Je soutiens pour ma part, d’expérience, qu’il est beaucoup plus utile et nécessaire de voir que notre verre est toujours à la fois à moitié plein et à moitié vide et d’essayer de le remplir que de se contenter de le voir à moitié plein. Ne voir que le bon côté des choses est un excellent moyen de mal évaluer une situation et de prendre de calamiteuses décisions.
En vérité, il est très intéressant de confronter les adeptes de la pensée positive aux conséquences de leur consolante croyance. On a beaucoup vanté l’optimisme américain, cet esprit d’entreprise inextinguible. Ces grands tenants du « Think positive ! » sont en effet persuadés que leur verre est toujours plein, et en tirent une confiance en eux que nous admirons d’autant plus que nous sommes exagérément portés à douter de nous-mêmes comme d’autrui. Ce qui me frappe chez mes amis américains, c’est qu’ils m’ont assez souvent donné des exemples, parfois caricaturaux, des dangers d’un excès d’optimisme. Car les américains sont en effet persuadés que leur verre est à moitié plein, et va l’être encore davantage et l’est déjà plus que celui des autres. Ils ont tellement confiance en eux que même quand il est plus qu’à moitié vide ils le voient encore plein à ras bord.
Ne voulant jamais considérer le côté à moitié vide des situations, ils ont en eux-mêmes une confiance inébranlable, et s’autorisent du coup, non seulement à faire les pires bêtises, mais à les répéter à l’infini. Le désastre engendré par l’optimisme outrancier de la civilisation barbare créée par et pour les États-Unis et qui perdure depuis plus de 150 ans a quelque chose de terrifiant : le verre est assez plein en effet, mais il a vidé tous les autres verres…
Il faut cesser de croire que l’optimisme à tous crins est une valeur et un mode de conduite à généraliser ; c’est au contraire à mon sens un chemin en pente très raide vers une conception abstraite de la vie qui permet de nier la réalité tout en la détruisant, et fait de nous de véritables morts-vivants.
Au bout du compte, comme tout volontarisme, la pensée positive est d’essence fasciste. Elle est le fondement même de la vision du monde des hommes de pouvoir. Elle était au cœur du communisme comme du nazisme, et elle a engendré les pires comportements chez ses plus ardents promoteurs, les États-Unis d’Amérique, voir entre tant d’autres les merveilleux résultats obtenus au Vietnam, en Afghanistan et en Irak par le fameux optimisme américain, faux-nez d’une bonne conscience particulièrement perverse et destructrice, qui avait fait ses premières armes avec le traitement si généreusement positif appliqué aux tribus amérindiennes…
Beaucoup de mes amis, y compris certains des meilleurs, affichent aujourd’hui encore un optimisme dont je veux croire qu’il est forcé tant il est décalé par rapport à la réalité de la désastreuse situation où nous nous trouvons par notre faute.
Face à cet aveuglement volontaire qu’avec quelques autres je vitupère depuis déjà plus de trente ans ( ma première nouvelle sur le réchauffement climatique a été publiée dans Hara-Kiri en 1983 ou 84), je vote sans hésiter pour un pessimisme résolu. Quand il s’appuie moins sur une orientation personnelle névrotique que sur la lucidité qu’apporte une réelle attention aux faits, le pessimisme n’exclut ni une forme réaliste d’espérance, ni l’humour qui est si cruellement absent de la pensée prétendument positive, qui n’est jamais qu’une pensée infantile, pensée qui n’atteint à l’humour qu’après une maturation qui signe un authentique passage à l’âge adulte.
Seul un pessimisme tempéré permet de s’atteler aux vrais problèmes, puisqu’on a pris la peine d’en reconnaître l’existence et de les identifier. Il est tout de même effarant de pouvoir continuer à agir à l’aveuglette dans une situation de catastrophe sans faire le point, sans aucunement réfléchir sur les causes de ce qui est déjà advenu, sans examiner ce qui risque d’advenir et sans s’interroger sur ce qu’il est possible de faire, le tout sous prétexte qu’il faut positiver, et que ça va donc s’arranger de soi-même grâce au « progrès technologique ».
Le plus sûr moyen de rendre une situation définitivement catastrophique, c’est de refuser d’admettre qu’elle l’est déjà…
Que le pessimisme soit un garde-fou essentiel contre le danger mortel que représente l’optimisme n’est pas un paradoxe, mais relève au contraire du bon sens le plus élémentaire.
De ces faux paradoxes, mon lecteur pourra trouver de délicieux et éclairants exemples dans le dernier livre de Denis Grozdanovitch, Le génie de la bêtise, bel exemple d’humanisme lucide, d’empathie sans sensiblerie. L’auteur y pose avec un humour raffiné des questions essentielles, et nous rappelle avec pertinence que qui veut faire l’ange fait souvent la bête…
Ce qui signifie entre autres que nous vivons dans notre cœur et nos tripes autant et plus que dans notre tête, où se sont réfugiés beaucoup de nos contemporains pour être à l’abri de la réalité, qui ne les en rattrape que plus facilement, voyez leur consommation d’antidépresseurs et de psychotropes. Il nous amène à voir en face ce qui est en jeu aujourd’hui, à savoir l’existence même de la vie, et la possibilité de rester humain dans un monde numérique où l’humanité devient « le maillon faible », comme le démontre brillamment Éric Sadin dans son dernier livre, La silicolonisation du monde.
À qui douterait encore de la réalité du problème écologique mortel devant lequel nous séchons, je recommande une fois encore chaudement, cas de le dire, Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces et Osons rester humain.
Ce sont des oiseaux que je veux voir dans mon jardin, pas un monde de béton repeint en rose pour faire joli.
Concernant l’état actuel de nos sociétés, j’espère trouver le courage de revenir sur des évidences si aveuglantes qu’elles restent totalement occultées : nous vivons dans des sociétés régies par la peur et le viol, la peur universelle et le viol systématique et généralisé, non pas suelement en matière sexuelle, mais dans tous lers domaines de la vie ert de l’activité humaines. Peur de tout, besoin de s’assurer contre tout, car, comme toujours quand il y a peur, la volonté d’anticiper, « pour plus de sûreté », amène à agir avant que ce soit nécessaire. De peur de subir la violence, nous la pratiquons « préventivement », ce qui est une sorte de viol.
Notre viol collectif de la nature, notre viol collectif des droits de l’homme, tout cela fait que nous sommes une société autodestructrice, parce que fondée sur la peur de l’altérité et sur le viol généralisé qu’engendre cette peur. Si nous ne mutons pas réellement, si nous ne changeons pas en profondeur, nous sommes condamnés. Cette mutation, qui n’est pas seulement un changement mental, mais une évolution totale, impliquant l’esprit mais aussi le corps, et si nous en avons une, l’âme, je l’espérais vers la fin des années 70.
Je tiens à le redire aujourd’hui, même si je l’ai déjà dit il y a près de 40 ans. Sans me faire aucune illusion sur l’utilité de cette répétition ! Qui n’a pas encore compris ne comprendra sans doute jamais…
Il est plus que temps de passer de l’homme de pouvoir à l’homme de perfection, pour parler comme Georges Roditi, dont je ne saurais trop recommander L’esprit de perfection, délicieux et stimulant petit livre longuement peaufiné au fil des rééditions et dont la mort de son auteur n’a en rien entaché l’actualité.

TRAVAIL
Le travail d’un véritable artiste, ce n’est pas d’aller voir ce que font les autres, c’est de faire ce qu’il a à faire. Les autres, il faut leur piquer ce dont on a besoin pour ce qu’on a à faire, point barre.

TRIPES
Penser avec ses tripes n’est pas forcément la meilleure manière de penser. Mais ça devient la pire de toutes quand on pense avec ses tripes tout en croyant qu’on pense avec sa tête. Brillamment instrumentalisée par l’oligarchie ni gauche ni droite, la peur panique du FN qui a permis de faire élire un candidat dont personne ne voulait, à part l’oligarchie et les domestiques dont elle s’entoure, nous en a fourni une preuve éclatante.

VACCINS OBLIGATOIRES (11)
Je vais encore faire hurler quelques myopes volontaires, mais il me semble que la prise en main de la médecine et de la Sécurité sociale par les grands laboratoires et leurs alliés politiques nous mène tout doucement vers une forme nouvelle de la si profitable collusion des industries chimiques allemandes avec le régime nazi, merveilleux exemple d’intégration réussie de la politique, de la science et de l’économie…
C’est à cette miraculeuse synergie qu’on doit entre autres le succès du Zyklon B. Il ne faut pas surtout pas arrêter le progrès de la régression systématique !
Sauf bien sûr si on pense que l’humain vaut mieux que la santé trafiquée et instrumentalisée par la quête démente du pouvoir et du profit, ces frères siamois de l’inhumanité.

VALEUR (création de)
Je m’interroge toujours davantage sur cette peu ragoûtante passion que partagent adorateurs inconditionnels et spéculateurs avisés quant à la « valeur artistique » de la moindre crotte de nez étalée par inadvertance sur un mouchoir par les génies artistiques consacrés par l’époque, qu’ils soient réels ou mythifiés.
Il est grand temps de retrouver un minimum d’esprit critique et d’honnêteté, et de cesser de porter automatiquement aux nues l’œuvre entier d’artistes qui, si géniaux soient-ils, ont comme nous tous des hauts et des bas.
Une récente exposition Turner à l’Hôtel de Caumont à Aix, malgré la pénombre opportunément ménagée, ne donnait que trop à voir des rogatons dénichés parmi des brouillons écartés, fonds de tiroirs qui n’apportent pas grand-chose à la compréhension de l’artiste et encore moins à sa gloire, mais qui par une abusive analogie autorisent une validation indirecte de quantité de déchets picturaux plus ou moins contemporains, que Turner aurait annoncés et donc légitimés par avance…
La ficelle est grosse, mais pas autant que celle qui par la grâce des subsides d’un industriel collectionneur propulse les dégueulis mégalos du sinistre Anish Kapoor dans la Salle d’Honneur du Rijksmuseum d’Asterdam, aux côtés (et donc implicitement au niveau) des Rembrandt, Vermeer, Frans Hals, etc. Délaissé par l’État, le musée se prostitue pour survivre et cautionne les manœuvres spéculatives d’un chercheur de plus-values artistiques tous azimuts en conférant par une douteuse analogie de proximité un brevet de génie à un bricoleur mégalomaniaque.

VEAU D’OR
Toujours debout…
Pharisiens et philistins sont bel et bien au pouvoir, ils ont envahi les corps et ce qui reste des âmes, le relativisme spéculatif triomphe en tous domaines. Associé au règne du quantitatif, il impose cette récurrente, et désormais presque universelle, religion de l’argent grâce à laquelle notre fanatique paresse espère à tort réaliser le vieux rêve d’une dérisoire mégalomanie : avoir tout, tout de suite et sans effort. L’ennui, c’est que l’argent finit tôt ou tard par présenter la note, et qu’elle est d’autant plus salée qu’elle a été différée. Ce qu’on appelle en finance la cavalerie se termine toujours par l’arrivée au grand galop des chevaux de l’Apocalypse…

VERMEER
Vermeer l’impalpable. Qu’en dire, sinon regarder.

VIN
On ne fait pas du bon vin parce qu’on a la « science » du vin, on fait du bon vin parce qu’on a le sens du vin. En matière de création, il s’agit toujours davantage de sentir que de savoir. Jamais technique ni marketing ne peuvent remplacer l’âme, ils sont tout juste capables de la singer.
Tout comme singent la beauté ces créatures hybrides fabriquées par la science, déchets botoxés qui violent la nature et se violent eux-mêmes.

VIOL
Au viol est toujours associée la lâcheté. Le violeur est courageux : il a le courage d’user de sa force contre plus faible que lui, et il lui faut une grande force morale pour ne pas succomber à la tentation de l’apitoiement…

VIOL
À propos du viol et de l’art contemporain, l’AC, il est clair que le viol des foules, cette façon d’imposer l’AC à la hussarde, par voie étatique arbitraire et sans recours, va tout à fait dans le sens de ma théorie sur le viol généralisé. On nous impose l’AC auquel nous sommes indifférents, ou que (de plus en plus) nous rejetons. En même temps, ceux qui nous l’imposent, violant délibérément liberté d’expression et de création, éliminent impitoyablement, que cela nous plaise ou non, tout ce qui n’est pas conforme à leur norme.
Dans le même élan, les artistes à la mode, questionnent, provoquent, violeurs sans risque encouragés et adoubés par les « autorités culturelles » dans leurs confortables transgressions académiques, le cul confortablement assis dans les commodités qu’on leur offre.

dimanche 15 octobre 2017

BABY FACE, LE CAVALIER DE L’APOCALYPSE

Le Président va parler ce soir.
Il y a le boniment qu’il va nous servir, et il y a ce qu’il fait et fera, à savoir une politique ultra-libérale.
Commençons donc par montrer (par l’absurde ?) les mirifiques effets de sa « politique apolitique » appliquée à la Symphonie inachevée de Schubert, histoire de comprendre qu’il s’agit pour lui, non d’achever les réformes, mais bien d’achever les réformés…

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Une imparable démonstration de l’efficacité absolue de la gouvernance néo-libérale



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Comment la communication a tué la politique aux USA… et ailleurs !


Il va donc parler ce soir, le joueur de flûte.
Je tenterai prochainement de revenir sur ce que signifie sa présence au plus haut niveau d’un des états a-démocratiques consécutifs à la globalisation financière et au règne des multinationales mafieuses.
En attendant, voici un texte écrit fin juin juste après le discours au Congrès du Président nouveau, aussi vert et frelaté que le Beaujolais éponyme.
Je ne le publie qu’aujourd’hui, à peine complété, non que j’aie voulu laisser le temps à ce redoutable godelureau de « faire ses preuves », puisqu’il les avait déjà largement faites dans le gouvernement précédent, comme le savait quiconque prenait la peine de s’informer ailleurs que dans la presse appartenant au CAC 40 (voir sur ce sujet le remarquable article d’Aude Lancelin Sept idées fausses sur les médias), mais parce qu’à l’époque le macronisme moutonnier étant à son comble, il était parfaitement inutile de continuer à dire la vérité à des électeurs tombés sous le charme douteux d’une Sirène… de police !
On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif, surtout quand il s’abreuve en continu des mensonges de médias manipulés et manipulateurs.
Trois mois ayant suffi à rendre plus qu’évident ce qui ne l’était déjà que trop, on peut donc revenir sur le « phénomène » Macron, histoire d’une invraisemblable imposture et désolant témoignage de la cécité plus ou moins volontaire de tant d’entre nous.



BABY FACE, LE CAVALIER DE L’APOCALYPSE



« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade. » Krishnamurti

« Ne pensez pas une seule seconde que si, demain, vous réussissez vos investissements ou votre start-up, la chose est faite. Non, parce que vous aurez appris dans une gare, et une gare, c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien, parce que c’est un lieu où on passe, parce que c’est un lieu qu’on partage. »
Au cœur d’un discours totalement incohérent et pour tout dire d’une rare stupidité (écoutez-le sur Internet, cela en dit long sur la pensée supposément complexe de l’actuel président), émerge cet aveu, coming up involontaire de l’inconscient du pervers narcissique. Difficile de pousser plus loin le mépris manipulateur.
Parole creuse, discours de folie, plus qu’inquiétant quant à la vision du monde et au comportement de son auteur.
Confirmé par le discours fleuve devant le Congrès, sommet de rhétorique tournant à vide et superbe témoignage du foutage de gueule institutionnalisé qu’est devenue la « politique » dans nos « démocraties » « représentatives ».
À la place de la pensée complexe revendiquée par les dévots de ce jeune homme trop pressé pour être honnête, on a eu droit à l’étalage complaisant d’une pensée-poubelle digne de figurer dans une anthologie des discours les plus ringards de la communication néo-libérale et tout à fait caractéristique des novlangues contemporaines…
Comme Trump, avec qui il s’entendra très bien, entre Matamores on se comprend comme larrons en foire, Emmanuel Macron est un cas d’école, typique des nouveaux zombies engendrés par le triomphe de l’idéologie libérale-nazie, ces dirigeants du futur dont Orwell disait prophétiquement : « lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ».
Pendant que notre Communicant en chef barbote dans des envolées lyriques qui réussissent à être « en même temps » puériles et cyniques, la spéculation sur les matières premières, entamée il y a quelques années notamment pour optimiser les profits boursiers des fonds de pension, est en train d’échapper à toute mesure et sera bientôt l’un des déclencheurs d’une nouvelle crise économico-financière majeure. Et ce n’est qu’un des problèmes inextricables engendrés par la poursuite d’une crise économico-financière qu’on nous présente comme terminée alors qu’elle ne fait que commencer.
Telle est la logique de la course au profit qu’elle tombe inévitablement dans la cavalerie (métaphore financière fort pertinente, voir Wikipédia) et ne s’arrête dans sa chevauchée fantastique que quand elle a rendu par sa permanente accélération un déraillement inévitable.
C’est cette course au profit démentielle que Macron s’est chargé de faciliter à ses commanditaires, les 1% qui constituent l’élite mondialisée.
En quelques mois d’exercice, le jeune fondé de pouvoir des vrais riches a bien mérité de ses patrons, avec en particulier un tonitruant retour d’ascenseur en forme de suppression de l’ISF, qui permettra aux membres des 100 familles les plus fortunées de notre beau pays de se partager quelque 5 milliards d’euros à nos frais.
Comme c’était prévisible puisqu’annoncé (ah, l’étonnement de ce gros nigaud de Thomas Legrand constatant que le « ni gauche ni droite » est un « ni gauche ni gauche » !), Macron apporte avec lui la fin de toute solidarité institutionnelle, et le triomphe de la prétendue loi de la jungle, qui est la guerre de tous contre tous, ou plus exactement des individus entre eux, au profit des « entreprises », c’est à dire en réalité de la finance reine dont elles sont à la fois le masque et la vache à lait.
On n’a pas assez souligné la valeur symbolique des signes guerriers dont s’entoure le nouveau Big Chief, valeur symbolique dont il n’est pas sûr que ce produit artificiel d’une culture hors sol ait pleinement conscience, tant chez lui, comme chez le Matamore de L’Illusion comique de Corneille, le vacarme des mots remplace l’expérience de la réalité.
Car la guerre des individus entre eux, la compétition généralisée jusqu’à la folie autodestructrice, débouche inévitablement sur la guerre tout court, la vraie de vraie, celle qui se répand peu à peu et finira par exploser au nez des apprentis sorciers que nous sommes tous à des degrés divers.
Ce qu’apporte dès aujourd’hui un Macron, et cela se lit sur son visage dès qu’on prend la peine de le regarder vraiment, c’est la guerre sociale tous azimuts telle qu’elle fonctionne aux États-Unis depuis leur création.
Il est en guerre, ce jeune homme propret au regard bleu acier, à la fois froid et halluciné, regard qui jauge et juge et jamais ne partage, regard fermé de hobereau prussien. Comme ses maîtres, le domestique stylé de la haute finance est en guerre contre l’humain, contre tout ce qui n’est ni « efficace » ni « rentable ».
Ce que vante aujourd’hui l’oligarchie au pouvoir sous le nom fallacieux d’esprit d’entreprise, c’est le faux nez de l’esprit de lucre, de l’avidité comme horizon indépassable de « l’activité » humaine.
Vous chercherez en vain dans la « politique » de Macron autre chose que « l’optimisation » de la compétition généralisée en vue de la « maximisation » des profits.
« Libérer les énergies », ça ne veut pas dire permettre à chacun d’entreprendre, mais autoriser le loup à exploiter sans frein les moutons après lui avoir donné les clefs de l’enclos. Libérer les énergies consiste à libérer les prédateurs en leur livrant leurs victimes pieds et poings liés. Voyez les superbes et lucratives « carrières » des ministres issus de la prétendue société civile, à commencer par Murielle Pénicaud et Florence Parly, voyez Richard Ferran, ce profiteur forcément « innocent »…
Libérer les énergies, c’est permettre à une oligarchie aussi violente que corrompue de régner par la peur sur une société d’esclaves anesthésiés par la communication et tenus en laisse par la légalisation d’un état d’urgence permanent.
L’État n’est plus au service de la société pour assurer la promotion de l’intérêt général, mais pour la mettre tout entière au service de cet insatiable Moloch qu’est le Dieu Profit.
D’où la destruction du code de travail, le passage de la cotisation sociale à l’impôt, etc, etc.
Il s’agit de rendre les choses plus fluides, de n’agir qu’en fonction de la rentabilité potentielle : les cars Macron, c’est par exemple permettre aux salariés de se soumettre à la mobilité, au moindre prix…
Pour un Macron, il ne s’agit pas de savoir si Notre-Dame des Landes pose un problème écologique, mais de constater qu’il est pour l’heure plus rentable d’en faire – provisoirement, les promesses n’engagent que ceux qui y croient – cadeau à Hulot, caution écologique dont il sera facile de se débarrasser après usage, si ce ravi de la crèche peu regardant sur ses sponsors n’a pas le bon esprit de se retirer à temps d’un jeu où il n’a que le rôle du pion qu’on sacrifie.
En résumé, comme il fallait s’y attendre, les premiers mois de gouvernance d’Emmanuel Macron, ce n’est pas la nouveauté, c’est le retour des vieux démons de la mégalomanie et du mépris, c’est le viol systématique de tout ce qui peut donner valeur et dignité à l’existence humaine, bref, l’apothéose de ce type humain tragiquement dépassé et en même temps plus que jamais triomphant qu’est l’homme de pouvoir, cet individu à l’ego hypertrophié qui se voudrait surhumain et n’est jamais qu’inhumain.
Si l’humanité veut survivre, il lui faut d’une manière ou d’une autre guérir des hommes de pouvoir – quel que soit leur sexe…
Cela concerne chacun de nous, et passe sans doute par une nouvelle compréhension et une nouvelle pratique de ce qu’il faut bien appeler l’amour, cet élan non rentable en l’absence duquel notre existence n’a aucune valeur.
En matière de vie, seul a du prix ce qui est gratuit.


En guise de conclusion provisoire, je cueille ces trois vers dans un poème de Virginie Demont-Breton, intitulé Simulation et publié en 1920 dans son recueil Tendresses dans la tourmente, et je les dépose pieusement aux pieds de Sa Hauteur Condescendante Notre Manipulateur en Chef :
« Combien nous fait horreur toute supercherie
Surtout en ces temps durs de réelle douleur. (…)
On parle de son cœur et l’on songe à la Banque. »

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