LE GLOBE DE L'HOMME MOYEN

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dimanche 25 novembre 2018

LES PETIT.E.S CON.NE.S

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » 

Dom Helder Camara, évêque de Recife (Brésil)



C’est la dernière fois que je parle ici de politique au sens étroit du terme.
J’ai assez dénoncé ce que je déteste pour revenir désormais à ce que j’aime et n’ai cessé d’aimer, comme le montre le dernier petit texte publié sur ce blog il y quelques jours !
Face à l’horreur économico-financière, les mots ne suffisent plus.
La mort est au pouvoir. Car le règne du fric mène tout droit au triomphe de la mort, comme le prouve la catastrophe en cours.
Il est temps de crever l’abcès et de vider le pus.
Les mots ne serviront ici, une fois encore, qu’à appeler un chat un chat, à soulever le masque et regarder en face le grouillement de la mort au travail, à mettre à nu la réalité terrible et dérisoire du cancer qui nous ronge.
L’ancien monde déguisé en monde nouveau pue plus encore que ce qu’il prétend remplacer et dont il est en fait la version ultime, poussée à l’extrême.
À nous, si c’est encore possible, de créer un vrai nouveau monde, c’est à dire un monde enfin vivable pour tous – y compris pour les autres espèces animales que nous entraînons dans notre naufrage.

Vous comprendrez peut-être mieux la dureté du texte qui suit si vous commencez par regarder le débat intitulé « LA CASTE ».
Vous pouvez aussi écouter l’émission Les Intouchables d’État de « Secrets d’info » (France-Inter) sur la mafia des très hauts fonctionnaires, le pantouflage et le rétro-pantouflage systématiques de cette caste oligarchique.
Vous pouvez enfin consulter
les trois articles joints en pdf après ma petite intervention.
Ce ne sont là malheureusement que quelques exemples entre mille de ce qu’est la mondialisation financière dans sa pimpante version frenchy…



LES PETIT.E.S CON.NE.S



Il est des propos qui, au-delà de leur sottise, disent tout d’un homme.
« J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision », assénait il y a quelque temps Emmanuel Macron dans la NRF, rappelant une fois de plus combien il prend au pied de la lettre le sens étymologique de son prénom. En hébreu, Emmanuel veut dire : Dieu avec nous, Gott mit uns, si vous préférez, Jupiter, pour les intimes.
Contrairement à ce tyranneau infantile, et comme tous les êtres humains qui se voudraient dignes de ce nom, je juge non seulement légitime mais absolument indispensable d’expliquer le pourquoi de décisions qui engagent autrui…
Sauf à se vouloir dictateur échappant à tout devoir comme à toute responsabilité.

Mes opinions n’engagent que moi, mais il arrive qu’elles heurtent autrui, et je trouve alors nécessaire pour moi comme pour mon interlocuteur de tenter d’en expliquer les raisons.
Un ami m’ayant dit sa gêne devant la crudité de mes propos concernant les hommes de pouvoir, j’ai décidé de procéder à un petit examen de conscience, exercice salutaire s’il en fut, à condition d’être volontaire, l’autocritique à la soviétique s’étant finalement avérée plutôt contre-productive, du moins pour celui qui, cas de le dire, s’y livrait.
Je me suis donc demandé pourquoi, quand je pense aux hommes politiques, et plus particulièrement aux membres des gouvernements et aux présidents de notre supposée République, et tout spécialement aux derniers en date, me venaient aussitôt à l’esprit ces deux mots peu flatteurs : petits cons, qu’en l’occurrence il serait nécessaire, pour respecter la présence quasi paritaire du sexe féminin, d’écrire inclusivement : petit.e.s con.ne.s.

Comment, au nom du ciel, pouvez-vous vous laisser aller à de telles outrances, me direz-vous ? Outrances, vraiment ? Nullement. Je sais très bien pourquoi je suis raisonnablement fondé à avoir si mauvaise opinion des membres de la caste oligarchique qui ont confisqué le pouvoir et réduit la démocratie à une sinistre pantalonnade.
Ce qui m’étonne, c’est que nous ne soyons pas tous d’accord sur ce diagnostic dont l’évidence saute aux yeux, et prêts à prendre les mesures nécessaires pour faire en sorte que le gouvernement du monde cesse d’être exercé par des cons, petits ou gros, selon la taille du pays où ils sévissent, ce qui commencerait, eût dit La Palice, par ne plus voter pour eux…

Attention ! Je ne suis pas misanthrope, je ne déteste que les hommes de pouvoir, de paraître et de profit, ces dinosaures, néfastes survivants d’un stade primitif de l’humanité que l’évolution n’a pas encore réussi à faire disparaître, alors même qu’ils sont les auteurs principaux du désastre qui menace aujourd’hui la survie de notre espèce.
J’ai eu la chance de rencontrer au fil du temps beaucoup de gens aux parcours très riches – dans un sens moins pauvre que celui que nous donnons généralement à cet adjectif –, des êtres à la fois forts et sensibles, dont les actes et la parole m’ont enrichi, au vrai sens de ce terme perverti par l’adoration de l’argent ; ils ne sont peut-être rien aux yeux du Petit Con en Chef du jour, mais ils sont tout ce que j’aime, respecte et admire chez mes frères humains : de braves gens, capables d’aimer, de donner et de recevoir, qui connaissent la valeur de la gratuité et préfèrent la coopération à la compétition. Ils ne sont pas premiers de cordée, mais ils transportent des montagnes, et sans frimer. Les voir vivre m’encourage à vivre avec eux, quand les faits et gestes de notre micro Jupiter me feraient désespérer de l’humanité si je n’étais pas persuadé que la stupide et criminelle engeance des autoproclamés premiers de cordée est bien moins nombreuse que celle des humains dignes de ce nom.

Est-ce le souvenir de mes années d’enseignement, où, n’en déplaise à leurs géniteurs offusqués, j’ai eu affaire à quelques petits cons gratinés, qui promettaient de devenir des vieux cons de référence ? Ou s’agit-il du souvenir beaucoup plus ancien des cours d’école où certains d’entre nous, déjà assoiffés de pouvoir et de reconnaissance, cherchaient avec une rigueur véritablement scientifique à savoir qui pissait le plus loin ?
Le fait est que, dans ces premiers de cordée que tant de mes congénères adulent, je ne peux voir, à mon grand regret, que des petits cons tout à fait indignes d’exercer quelque responsabilité que ce soit, absolument illégitimes parce qu’en même temps criminellement incompétents et profondément corrompus. Comme le prouvent leurs résultats et la mortelle contradiction qui sépare leurs discours de leurs actes, faisant de ces apprentis sorciers de vivants oxymores en même temps que d’ignobles Tartuffes…

À ce titre, les entendre par exemple parler de « responsabiliser les chômeurs » est à hurler de rire. S’il est des gens qui devraient être responsabilisés, et d’urgence encore, ce sont bien les hommes de pouvoir actuels, tant publics que privés ! Voyez Cahuzac, qui n’ira pas en prison, voyez Carlos Ghosn qui est provisoirement en taule, voyez le directeur de cabinet de l’Élysée, bref, voyez-les tous pour ce qu’ils sont en vérité : une caste de canailles mafieuses prêtes à tout pour faire perdurer leur pouvoir et augmenter leur fortune, en soumettant définitivement l’intérêt général à leurs intérêts privés.
En témoigne le fait absolument invraisemblable que la plupart de ces hommes qui se prétendent « politiques » ne mettent pas aujourd’hui l’écologie au tout premier rang de leurs réflexions et de leur action, prouvant clairement par là qu’ils sont en même temps des cons et des salauds.

Comment dans ces conditions ne pas considérer la quasi totalité des membres du gouvernement, l’immense majorité des députés, mais aussi hélas une partie non négligeable de la population française comme un incroyable conglomérat de sinistres cons ? Quoi de plus stupide que de sacrifier le long terme au court terme ?
Et peu importe après tout, que les individus en question ne soient pas des petits cons 24h sur 24 ; ce qui crève les yeux, c’est que sur l’essentiel ils pensent et agissent comme tels.
On me dira que les nommer ainsi, c’est ne pas mettre l’accent sur leur dangerosité. Tout au contraire, car selon moi rien n’est plus dangereux que le petit con, ne serait-ce que parce qu’au départ il n’est pas pris au sérieux, témoins Adolf Hitler et Joseph Staline par exemple.

Le petit con, est, cas de le dire, un danger public.
Il se reconnaît à de nombreux indices, dont la réunion, je devrais dire la synergie, établit de façon indiscutable la réalité de son statut de petit con.
Tout d’abord, le petit con est libéral, il est même néo-libéral, parce qu’il incarne, à ses yeux du moins, le nouveau monde, qui est, ça va de soi, le seul monde possible, qu’il convient donc d’imposer par tous les moyens à d’éventuels récalcitrants, fussent-ils majoritaires. There Is No Alernative ! Place, manants, au règne définitif des petit.e.s con.ne.s. !
C’est que le petit con est radicalement incapable de penser, encore moins d’admettre, qu’une autre vision du monde que la sienne soit seulement possible. Le petit con exige que le monde entier lui ressemble, mieux, qu’il soit à son image. Logique : le petit con a toujours raison, et il sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux et surtout pour lui et ses amis. D’où son refus d’expliquer ses décisions, même, et surtout, quand elles engendrent des catastrophes. Tranchons le mot : le petit con ne doit pas être jugé sur son discours, le petit con se reconnaît à ses œuvres.
De son côté, il reconnaît instantanément ses pareils, les parasites fous de pouvoir et de fric, tous ces grimpeurs en solitaire qu’il appelle improprement « les premiers de cordée », révélant la pauvreté abyssale d’une vision du monde réduite à l’individualisme le plus étriqué.

Conséquence logique de son admirable et si complexe Weltanschauung, le petit con, qui est un profond philosophe et ne manque jamais de le rappeler par quelque citation choisie avec soin par ses nègres, est persuadé que tout le monde veut être milliardaire. Existe-t-il quelque chose de plus désespérément con que d’avoir pour but dans la vie de devenir milliardaire ? Seuls les petits cons sont assez stupides pour vouloir avoir trop d’argent et croire qu’on a raté sa vie si on n’a pas pu s’acheter une Rolex avant 50 ans…
Nos petits maîtres se voudraient modernes, mais ces jeunes vieillards étaient déjà tout entiers, au naturel, dans Marx et dans Proudhon, il y aura bientôt deux cents ans…
J’en profite pour suggérer aux adorateurs contemporains du Veau d’or, pseudo philosophes décomplexés à la pensée complexe ou simples mortels, de lire, à défaut du Capital de Karl Marx, le Sermon sur les richesses du Révérend Père Bourdaloue, jésuite de son état, prononcé il y a belle lurette pour le bénéfice d’une caste de profiteurs suffisamment bien installés dans leurs fromages pour être plutôt moins avides et moins corrompus que nos actuels oligarques.

À l’inverse, la caste qui a progressivement accaparé le pouvoir depuis bientôt cinquante ans fait preuve de toute la grossière avidité du nouveau riche découvrant le pouvoir et l’espérant en même temps absolu et éternel. Une vulgarité, un sans-gêne jamais atteints dans notre pays, c’est bien tout ce qu’elle a de nouveau…
On ne voit plus qu’elle, elle occupe toute la place, tous les postes, se répandant comme une irrésistible tumeur maligne, se métastasant dans tous les domaines, du politique à l’économique en passant par l’art et la culture, pourrissant tout ce qu’elle touche.

Je regarde et j’écoute sur France-Inter tous ces jeunes loups dont l’expérience de la vie se résume, au long d’un parcours dûment fléché, à la poursuite d’une carrière. Qu’ont-ils réellement vécu, ces bons élèves formatés en vase clos par des enseignements abstraits, que connaissent-ils du monde ? Très sûrs d’eux et du logiciel qu’ils appliquent sans l’avoir jamais étudié en profondeur, encore moins remis en question, ils pérorent, tels des enfants singeant les grands. Courroies de transmission d’une idéologie ultralibérale suicidaire, ignorant tout des réalités dont ils parlent, qu’ils ne connaissent que sur dossier, protégés de tout contact avec la plèbe, enfermés dans leur consanguinité d’enfants gâtés de la République, refusant tout débat sérieux, ils tranchent de tout du haut de leur inexpérience et de leur infinie médiocrité.

Ainsi ces trop bons élèves jouent-ils nonchalamment avec la vie d’autrui, dont ils ne connaissent rien et qu’ils ne veulent surtout pas connaître.
Incapables par construction de comprendre qu’ils ont affaire à des vies réelles, ils prennent pour un super jeu vidéo ou une méga partie de Monopoly l’incommensurable somme de travaux, d’efforts, de créations, de souffrances dont est faite la vie des êtres humains normaux. Indifférents aux petits bonheurs qu’ils détruisent comme aux grands malheurs qu’ils engendrent, ces gamins mal élevés dépourvus de tout surmoi jouent à des jeux de pouvoir qui les dépassent et dont ils ne perçoivent aucunement les vrais enjeux.
Leur cynisme, leur absence totale de convictions et leur carriérisme effréné apparaissent clairement dans leur parcours politique : comparé à ces girouettes, un Edgar Faure, antique référence du retournement de veste, était un modèle de fidélité et de continuité. Leur fonctionnement naturel est celui du mafieux, qui n’est fidèle que tant qu’il ne voit pas d’avantage à trahir. Interchangeables, ils peuvent passer d’un parti à l’autre, l’important étant de surnager, d’apparaître, de faire le buzz, de prendre toute la place et toutes les places.

Ce qui frappe, chez ces zombies clonables à l’infini dans la couveuse de l’ENA, ce Meilleur des mondes en réduction que n’eût pas désavoué Huxley c’est leur uniformité dans l’absence d’humanité. Sous ces masques lisses on ne ne sent ni vécu, ni sentiment, ni empathie, juste l’obsédante volonté de s’imposer à tout prix. D’où la platitude permanente de leur discours, constamment rhétorique, fidèle reflet de leur absence d’éthique et de leur fondamentale insincérité. Comment pourraient-ils être sincères, puisqu’ils n’ont jamais rien vécu, puisqu’ils ne voient pas ceux qu’ils ont en face d’eux, et puisqu’ils ne se connaissent pas eux-mêmes ? Ils sont parvenus à un tel degré de mensonge à soi-même et à autrui qu’ils vivent désormais dans une fiction économico-financière imperméable à toute réalité concrète, qui se déploie hors-sol, dans l’apesanteur d’une inconscience et d’une irresponsabilité revendiquées comme le mode de gouvernement idéal…
Ils se sont coupés de nous, ne nous voient ni ne nous entendent, mais ils entendent nous gouverner, ou pour mieux dire, continuer à se servir de nous pour mieux se servir.

« Nous méritons toutes nos rencontres. Elles sont attachées à notre destinée et ont une signification qu’il nous appartient de déchiffrer » a écrit Mauriac.
Nous méritons les Macron, comme nous méritions les Chirac, les Sarkozy, les Hollande, les Cahuzac et les Fillon. Nous méritons les Ghosn, les Bergé, les Schiappa, les Ferrand, les Philippe. Ils ne sont que le reflet de notre décadence, ils témoignent de notre réalité, de ce que notre monde est devenu : un vaste bordel géré par des maquereaux mafieux, où tout est à vendre, où tout se monnaye, jusqu’à l’honnêteté. Gare à qui refuse de se prostituer, il sera violé, sans ménagement : honte à celui par qui le scandale arrive !

Car l’actuelle « élite » gouvernante, ce 1% de malades mégalomaniaques, ne s’en cache plus : elle aura notre peau si nous ne l’arrêtons pas enfin dans son envol, parce que son pouvoir ne peut perdurer que sur notre ruine et notre asservissement définitifs. Comme le signalait il y a quelques années avec la sérénité du devoir accompli le milliardiare Warren Buffet, « il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner ».
Ce qui se passe actuellement en France et plus généralement dans le monde, c’est une contre-révolution autoritaire, la mise en place qui se voudrait définitive d’une dictature oligarchique de type mafieux. Un Reich de mille ans, en somme. Souhaitons-lui le même sort qu’à celui des nazis.

Contrairement à ce que prétendaient pendant la campagne présidentielle les adeptes incultes du prétendu « nouveau monde », il est essentiel de se souvenir de l’ancien monde, ne serait-ce que pour ne pas retomber dans les erreurs qui ont entraîné sa destruction.
Dans cette optique, je livre donc à votre réflexion cet extrait du discours de réception prononcé par André François-Poncet pour la réception de Jérôme Carcopino à l’Académie française :
« Une partie importante de votre œuvre est consacrée à la fin de la République Romaine. Cette République agonisante, vous la dépeignez sous des couleurs fort sombres. Tandis qu’elle est en proie aux convulsions, on y prononce encore de grands mots, on se réclame de grandes traditions ; mais sous l’influence délétère de la Grèce et de l’Orient, les institutions s’affaissent, les mœurs se corrompent, dans l’impuissance des lois. L’aristocratie est assoiffée de luxe, d’argent, de jouissance. La classe moyenne disparaît. La plèbe, versatile, nourrie par l’État, amusée par l’État, brise le lendemain l’idole de la veille, se rue au cirque et aux jeux et néglige de plus en plus le travail. Les Juges, les avocats sont vénaux, les proconsuls, déprédateurs. La guerre extérieure est pratiquée, moins pour la sécurité ou la gloire que pour le butin qu’elle rapporte. Tout se relâche, sauf l’acharnement des luttes de personnes et la violence des rivalités de factions. »

Si cela ne vous rappelle rien,

voyez le débat intitulé « LA CASTE »
et écoutez Les Intouchables d’État
sur la mafia des très hauts fonctionnaires.

Sur le même sujet, vous pouvez lire ce très éclairant article de Laurent Mauduit :
PDF - 182.9 ko

Plaidoyer pour la suppression de l’ENA et de l’inspection des Finances


Pour compléter le tableau et élargir la perspective, les deux articles qui suivent permettent de mieux comprendre à quel point l’oligarchie financière mafieuse se paye notre tête…
et notre peau !

PDF - 209.7 ko

Budget 2019 : champagne pour les entreprises, des miettes pour les ménages

PDF - 82.8 ko

Danske Bank, le scandale qui pertube la finance européenne

Enfin, cerise sur le gâteau, l’article de blog effectivement tiptop de TIPTOP intitulé

Gilets Jaunes : vers une révolution fiscale ? Oui, mais laquelle ?
https://blogs.mediapart.fr/tiptop/b...

Les commentaires qui suivent cet article sont également fort intéressants !

samedi 10 novembre 2018

LE 1er NOVEMBRE


À l’inconnue

LE 1er NOVEMBRE



Quelques jours plus tôt, alors que mon ami Jean se remettait doucement d’un été qui l’avait vu frôler le grand passage, je lui avais proposé de commencer notre septième création ensemble en nous penchant sur ces choses petites ou grandes, souvenirs, événements, rencontres, qui nous donnent encore envie de vivre. Je me demandais par quoi j’allais bien pouvoir commencer ma célébration de la vie telle qu’envers et contre tout je persiste à l’aimer.
L’amorce que je ne trouvais pas m’attendait à Paris où j’étais venu rendre visite à deux morts bien vivants, Picasso et Caravage. Sortant du second, je prenais mon traditionnel Earl Grey chez de vieux amis non moins défunts et non moins présents, les Jacquemart-André, quand me fut offert à l’ improviste le cadeau le plus délicieux.
C’était le premier novembre, jour des morts.
Elle est si vivante, la jeune femme, si jolie, affectée avec naturel, naturelle avec afféterie – l’éternel féminin comme je le vois et le rêve depuis que j’ai conscience qu’une femme n’est pas un homme et que c’est non seulement intéressant mais vital d’y aller voir.
Ses mains ravissantes, comme animées d’une vie propre mais nullement agitées, gracieusement mobiles et, rarissime accord, à la fois justes et sophistiquées dans l’expression, encadrent d’une dentelle frémissante un visage délicat aux traits aussi fins qu’idéalement tracés, qui illustrent fidèlement les moindres nuances de ce qu’elle vit dans l’instant et veut partager.
Cela bouillonne, cela jaillit, cela vit. Et cela est contagieux, tellement !
Car cela rayonne, irradie, évidence que rien ne saurait contrarier.
Je tente, pour calmer le jeu, de l’imaginer dans la colère. Je n’ai aucune peine à la voir en furie, et comme prévu, l’impression n’en est que plus forte…
Il fallait bien cela pour que surmontant ma très ancienne timidité – par chance, son amie est allée faire un tour al bagno – je me lève, aille à elle et lui dise tout à trac que je vais écrire sur elle, lui donnant en même temps ma carte afin qu’elle puisse, si le cœur lui en dit, aller voir le résultat sur mon site, non sans la prier de m’excuser de mon indiscrétion, due, bien entendu, à l’excès même de sa beauté.
Si j’étais encore parisien, je lui proposerais de poser pour moi.
Cela se passait sous la fresque de Tiepolo, du balcon de laquelle, penchée sur nous, toute une foule de courtisans suivait l’affaire, avec une curiosité complice et un zeste de tendre ironie.
Nous étions le premier novembre, et la vie n’en finissait pas de ressusciter.