LE GLOBE DE L'HOMME MOYEN

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dimanche 6 août 2017

PLUS ÇA CHANGE, PLUS C’EST LA MÊME CHOSE…





La mouche et l’araignée : qui va consommer qui ?

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Il ne suffit pas de se dire nouveau pour l’être.
La démarche marketing qui consiste à changer un détail pour présenter abusivement un produit comme nouveau… n’est pas nouvelle !
Très souvent, le produit est resté le même et il arrive fréquemment que le fabricant ait profité de la prétendue « nouveauté » pour diminuer en douce la quantité et/ou la qualité du produit.
La pratique politique actuelle, fondée sur une propagande effrénée et un marketing plus qu’agressif, nous vend les politiciens pour ce qu’ils ne sont pas, donnant pour naturels et sains des produits de synthèse dont la séduction grossière ne dissimule pas longtemps la toxicité.
Toxicité que nous avons été nombreux à signaler de notre mieux, sans illusions, les produits de grande consommation, portés par un matraquage publicitaire éléphantesque, provoquant chez le citoyen-consommateur un comportement addictif qui exclut tout esprit critique et induit une terrifiante soumission à l’autorité de cette manipulation systématique que l’on nomme à tort « communication ».
Il est dans la nature du consommateur, non seulement de consommer, mais de se vouloir consommé par son appétit de consommation, et de se faire littéralement consommer puis consumer par ceux qui lui vendent, très cher, sa provende.
Cela est si peu nouveau que le pain et les jeux se retrouvent constamment dans l’ Histoire au menu de la « gouvernance » des empires décadents.
La seule différence est d’ordre quantitatif, n’est-ce pas, Neymar, nous sommes bien plus nombreux, bien plus riches, bien plus puissants, et donc bien plus proches de l’autodestruction.
C’est pourquoi il faudrait que ça change, mais vraiment !
Une mutation de l’espèce s’impose, qui ne sera pas l’œuvre de prestidigitateurs cyniques et d’hommes de pouvoir pour qui le changement consiste à asseoir leur domination et le progrès à s’enrichir toujours davantage.

Plus ça change, plus c’est la même chose, dit la sagesse populaire qui en matière de continuité dans l’exploitation de l’homme par l’homme en connaît un rayon…
Je voudrais apporter un peu d’eau au moulin de ce conservatisme, pas si poussiéreux que ça quand on prend la peine d’y réfléchir, en vous proposant la lecture de deux textes tendant sur le mode plaisant à confirmer cette assertion.
Pour une fois, tentons de rire de notre tragi-comédie…
J’avais écrit le premier, une apothéose au sens strict du terme, il y a une trentaine d’années, en pensant à un fringant politicien de droite extrême et je n’ai eu à changer que quelques détails pour qu’il puisse être dédié à un non moins fringant jeune politicien, parvenu à ses fins, contrairement à l’autre, par la grâce d’un cynisme encore plus révoltant.
Le second est extrait d’un livre d’Émile Souvestre,Le monde tel qu’il sera, publié en 1846. Sous couleur d’y décrire le monde de l’an 3000, l’auteur montre dans ce roman d’anticipation fantaisiste l’aboutissement logique de la fièvre économique, technologique et financière de son époque : le règne absolu de l’argent et la perte d’âme qui en résulte. Le futur qu’il évoque avec une belle ironie, nous sommes en train de le réaliser à notre manière, nettement plus brutale, mais selon les mêmes vieilles recettes.
Il est des nouveautés rances dont l’aspect brillant peut tromper qui veut bien l’être, mais dont le goût dès la première bouchée dit tout.
N’oublions pas qu’il nous reste toujours le choix d’avaler… ou de recracher !

 
APOTHÉOSE

Ce soir-là, comme tous les soirs, j’ai allumé la télé.
Il n’y avait rien, comme d’habitude. Ça tombait bien, je n’avais envie de rien.
J’ai regardé distraitement la retransmission en direct du meeting de Patelin, vous savez, ce politicien libéral-fasciste, un des trois n° 1 du groupuscule Démocratie libérée, l’homme nouveau qui grâce à la géniale complexité de sa pensée philosophique a découvert que pour résorber le chômage, il suffit de mettre tout le monde au travail – sans payer personne, bien entendu.
L’œuf de Christophe Colomb !
Il m’arrive de fermer les yeux pour mieux entendre ce que les gens veulent vraiment dire. Mais là, je savais tellement ce qu’il allait dire (je pouvais pratiquement réciter son laïus en même temps que lui), et ce qu’il pensait réellement par en-dessous que j’ai coupé le son.
C’est très reposant de voir un gugusse s’agiter comme un malade dans un silence de mort, très instructif aussi : ça relativise bougrement l’importance du bonhomme et de ce qu’il raconte, ça en dit long sur ses tics, sur ce qu’il ne peut pas empêcher son corps de dire pour lui, sur ce qu’il veut faire faire à son auditoire, et accessoirement, ça fait naître de sérieux doutes quant à la nécessité de l’agitation humaine.
Moi qui suis paresseux comme une couleuvre, ça me détend beaucoup de voir les autres se stresser inutilement.
Patelin donc faisait de grands moulinets à attraper les gogos, écarquillait de grands yeux d’enfant pour souligner sa sincérité, ramenait sa mèche en arrière pour rappeler sa jeunesse et élargissait son front pour exalter la hauteur de sa pensée, avançait fièrement le menton pour signifier sa fermeté, se le prenait dans la main pour illustrer sa pondération et son sérieux, bref s’adonnait à un cinéma d’autant plus grotesque qu’il était désormais muet.
Au moment où je me disais que les Guignols de l’Info auraient pu faire l’économie d’un dialoguiste tant le silence de Patelin était parlant, quelque chose a changé.
Mais alors radicalement ! Tant qu’à zapper, c’est là que j’aurais dû le faire. Mais ce qui arrivait était si incongru, si invraisemblable qu’au lieu de zapper, j’ai remis le son.
La bouche de Patelin, cette fente flexible rompue à toutes les contorsions de la langue de bois, échappant à son contrôle, venait de s’ouvrir toute ronde, lèvres avancées avec une innocente impudeur, exactement comme celle des nourrissons quand on leur tape dans le dos, non après les meetings, mais le biberon fini, pour faire sortir le rot magistral qui leur ouvrira toutes grandes les portes d’un petit somme bien mérité.
Ce rot muet était si inouï au milieu du flot sirupeusement calibré des éructations tribuniciennes de Patelin que j’ai illico remis le son, et à fond !
Entre temps, Patelin avait visiblement rougi (lui que rien ne fait rougir, ai-je pensé, ça devient intéressant…) sans pour autant perdre le fil du discours brillamment pondu par son nègre préféré, l’inévitable Erik Orsenna :
« …et la cynique démagogie de nos adversaires nous fait un devoir de dire aux français par ma bouche la triste réalité bien en face, les yeux dans les yeux… »
Il disait ces calembredaines la main sur le cœur, l’enfoiré, histoire de tâter un peu son portefeuille d’ancien ministre des Finances.
À « les yeux dans les yeux », sa bouche s’est rouverte toute grande, un vrai troisième œil mal placé qui, en fait de clin d’œil, a lâché le rot le plus monstrueux jamais entendu à la télévision, un son caverneux, traînant et impérieux comme le rugissement du phoque en rut.
Le bougre essayait de fermer la bouche, mais le rot était le plus fort, il jaillissait, éruption emportant tout sur son passage !
Ça s’est arrêté, il a vacillé, repris son souffle et le fil de son discours :
« Et ce ne sont pas les basses manœuvres des ennemis de la démocratie qui nous empêcheront d’accueillir les voix ô combien respectables d’un électorat d’extrême-droite désorienté mais foncièrement honnête, puisqu’à la droiture se reconnaît la droite, et plus elle est à droite plus elle est au net, en même temps que la gauche se découvre à la générosité de son accueil des voix les plus étrangères ! Ainsi, laissons sans barguigner (Orsenna avait dû être très content de ce barguigner introduisant dans le sérieux un peu compassé du discours une note d’élégante familiarité avec un zeste de suranné susceptible de rassurer, voire d’enchanter la droite vieillissante des beaux quartiers), laissons venir à nous ces voix méritantes… »
J’hésitais à zapper pour écourter ce baratin passablement fétide, mais sur le « tantes » de « méritantes » ses traits se sont crispés, et l’on a pu entendre exploser le pet le plus incroyable, le plus indécent, le plus dénué de scrupules qu’on eût entendu au doux pays de France depuis Rabelais.
Un pet qui a rempli Bercy, se répercutant avec un grondement mélodieux sous la voûte, et déchaînant un tonnerre d’applaudissements chez les militants enthousiasmés : enfin la droite s’assumait, enfin la droite osait être elle-même !
Patelin, les mâchoires serrées, stoïque, ne se laissait toujours pas démonter ; mieux, éructant et pétaradant comme un cheval emballé, le visage déformé par une grimace démoniaque, il a hurlé : « Ne nous laissons plus arrêter par des scrupules d’un autre âge, nous, membres juvéniles de la société civile, incivils au besoin quand la patrie l’exige, nous allons enfin arracher les rênes de la vie politique des mains chenues de ces vieillards cacochymes (l’adjectif n’est pas d’Orsenna qui le trouvait… cacochyme, mais qui c’est le chef, hein ?) qui paralysent depuis des lustres l’élan de notre grand pays ! »
Visiblement, il tentait de s’élever à la hauteur du Destin qu’il s’était rêvé. Et tandis qu’il continuait de plus belle à s’exalter sur le mode suraigu, il m’a semblé le voir peu à peu gonfler, comme une outre, les joues distendues, la tête plus enflée que jamais, oui, sous les yeux exorbités de ses fans énamourés, Patelin gonflait maintenant à vue d’œil !
Montgolfière humaine chauffée à blanc par son discours enflammé et l’adulation de ses militants, il devenait semblable à ces énormes ballons-personnages qu’on voit dans les parcs d’attraction ; et voilà qu’il y échappait, à l’attraction, qu’il décollait doucement mais irrésistiblement de la tribune, et sa voix aussi s’enflait, il mugissait :
« Oui, mes chers amis, la droite a assez éclaté, le moment en venu pour elle de s’arrondir à nouveau en absorbant en même temps la gauche pour accoucher d’une formidable libération de nos énergies, d’une victoire éclatante ! Oui, mes amis, nous serons tous milliardaires si nous le méritons, car à nos volontés bandées rien n’est impossible : je vous l’affirme, le moment est enfin venu pour la droite universelle de s’éclater ! »
Et, joignant le geste à la parole, Patelin a explosé sous nos yeux ahuris, si fort que, télé ou pas, j’ai levé la main pour me protéger des débris !
Je me suis d’abord dit : Incroyable, ce qu’on arrive à faire avec les images de synthèse…
Mais je n’y croyais pas ; au fond de moi, je savais bien que Patelin avait réellement explosé, sans doute sous l’imposante pression de son ego hypertrophié. Il ne restait de lui que d’innombrables fragments éparpillés sur les militants abasourdis qui avec des gestes d’aveugles les recueillaient comme des hosties.
Ceci est mon corps, ai-je ricané, mais le cœur n’y était pas.
Patelin était-il mort de sa belle mort ou avait-il été fauché par une des horribles machinations sans cesse ourdies par un terrorisme apatride que même l’État d’Urgence Définitif n’avait pas réussi à déjouer ?
Dieu merci, le Gouvernement de l’UE (l’Urgence Extrême, qui avait remplacé l’Union Européenne après l’attentat qui avait coûté la vie aux regrettés Jean-Claude Barroso et Jose-Manuel Juncker) promulguerait sûrement dès demain matin l’EUDIP, l’indispensable État d’Urgence Définitif Indéfiniment Prolongé envisagé depuis quelque temps, et l’euro un instant ébranlé se remettrait triomphalement en marche.
Rassuré, j’ai zappé sur « Plus belle la vie », qui venait de commencer.


 LE MONDE TEL QU’IL SERA

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Émile Souvestre , Le monde tel qu’il sera extrait

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« Un seul Dieu tu adoreras »

dimanche 23 juillet 2017

LA VIE AU FUTUR SIMPLE et UN TRAVAIL DE FOURMI

Des deux textes que je propose aujourd’hui sur ce blogue, le premier n’était pas prévu pour être publié. Mais pour une fois qu’un être humain digne ce nom décide ne pas tout consacrer à la bouffe et de partager non seulement le pain mais la détresse, il me semble que mon minuscule témoignage a lieu d’être. Merci, Solange.
Le second situe le premier dans le contexte global de ce qu’il conviendrait désormais d’appeler la barbarie civilisée, dont un superbe exemple vient encore d’être donné par un « gouvernement du renouveau » baissant de 5 euros par mois les APL tout en supprimant de fait le code du travail et l’impôt sur la fortune… Quelle inventivité !


I


Mercredi 19 juillet en fin d’après-midi, les demandeurs d’asile du CAO de Barcelonnette ont été convoqués par Adoma afin d’être informés des dernières décisions de la préfecture de Digne-les-Bains à leur encontre. Les onze demandeurs d’asile déjà menacés d’expulsion seront donc orientés la semaine prochaine en Plateforme régionale d’accueil des demandeurs d’asile à Marseille près de l’aéroport afin d’attendre leur billet pour être renvoyés en Italie. 33 autres autres demandeurs du centre d’accueil de Barcelonnette sont orientés vers le CAO de Champtercier dès lundi matin. Avant d’être expulsés vers l’Italie dans le cadre de la procédure « Dublin ». Aucune de ces personnes n’a jamais vraiment été entendue par quelques instances que ce soit.
L’association Solidaritat Ubaye lance donc un appel à rassemblement samedi 22 juillet à 9 heures square Abbé Pierre à Barcelonnette afin de protester contre cette décision, d’exiger que les demandes d’asile de ces hommes soient traitées en France, et que leur choix de ne pas retourner en Italie soit respecté. Les adhérents de l’association peuvent être présents à partir de 8h pour installer. Chacun pourra venir montrer son soutien à ces personnes. Il est demandé à tous ceux qui le peuvent d’apporter des tartes, gâteaux etc. pour être vendus au profit des demandeurs d’asiles, ainsi que des instruments de musique. Une quête et une récolte de sacs à dos seront également organisées.

En parallèle de l’association, Solange Houset, 50 ans, infirmière à Saint-Paul-sur-Ubaye a entamé depuis mercredi après-midi une grève de la faim, afin de protester à cette situation : « Rien ne se passait, raconte-t-elle et je n’avais pas d’autres moyens d’actions efficaces et rapides. J’ai décidé de mettre ma santé sur la table en signe d’opposition au traitement réservé à nos amis duscentre d’accueil de Barcelonnette, arrivés il y a 9 mois. Je réclame que leur choix soit respecté, et leurs demandes d’asile soient traités à Barcelonnette, et m’engage à ne plus manger tant que les autorités resteront sourdes à cette situation. Ma vie vaut-elle vraiment plus que la leur ? Oseront-ils rester indifférents ? »

En savoir plus sur http://www.dici.fr/actu/2017/07/21/alpes-de-haute-provence-greve-de-faim-protester-contre-l-expulsion-de-migrants-vers-l-italie-1034247#xrvsAhs2mQ1w2BCQ.99


LA VIE AU FUTUR SIMPLE


Ce matin, avec les sept jeunes érythréens et soudanais qui sont venus au cours de français, comme d’habitude depuis huit mois, nous faisons un exercice autour du futur, celui qui paraît-il est simple.
Ils ont commencé par se présenter, parce qu’il y avait de nouveaux profs. Ensuite la prof la plus aguerrie a mis en place avec leur aide l’emploi du temps de la semaine.
On a bien ri par moments, parce qu’ils aiment rire et nous aussi.
Il y aura demain un nouvel atelier, un atelier poésie. Ils demandent : « C’est quoi, la poésie ? » et on reste secs. Je parlerais bien de beauté, celle qu’on fait avec les mots pour partager tout ce qu’on vit, le bien et le moins bien, et même le pas bien du tout.
Mais dans le « contexte », comme disent ceux qui paraît-il savent, « je ne me sens pas en capacité de... » je veux dire que je ne peux pas leur parler comme ça tout de suite de poésie, vu ce qu’ils vivent depuis huit mois, et depuis bien plus longtemps en fait.
J’aimerais bien pourtant, parce que j’y crois encore un peu à la poésie. Et à les regarder vivre, je pense qu’eux aussi – à leur façon à eux.
Alors on allume l’ordinateur et on tend un drap et on parle du futur, ce qui est drôlement optimiste, parce que je ne suis pas sûr qu’ils en aient un, ni nous non plus. En tout cas notre futur à tous ne sera sûrement pas simple.
Au contraire, dans la vidéo, le futur a l’air simple, quoique...
Le type arrive en pyjama, et sans débander, d’entrée, il déclare : « Je suis trop gros, à partir de l’an prochain je ne mangerai plus au restaurant le midi, comme ça je maigrirai. » C’est dans le futur, parce qu’au présent, même s’il la repousse deux ou trois fois, il fnit par la bouffer, la brioche. Et puis c’est pire d’aller au restaurant le soir...
Il faut dire que sa copine ne l’aide pas à être en capacité de maigrir, elle pousse tout le temps la brioche vers lui, sans doute pour se déculpabiliser d’en avoir déjà mangé plus de la moitié.
Comme il est mal réveillé et trop occupé par sa brioche, elle lui dit comme ça : « Si tu me fais mon café, je t’aimerai pour toujours ! »
À mon avis, c’est pour de rire. On me l’a déjà fait, ce coup-là. En fait, c’est pas du futur, c’est du conditionnel. Ça dure jusqu’au prochain café.
Bon, d’accord, cette histoire de gros qui mangent trop, c’est plus des problèmes d’occidentaux que des problèmes d’Érythrée ou de Soudan, ou d’un peu partout ailleurs, là où on a faim. D’ailleurs il n’est pas gros, le type.
N’empêche, comme on est tous bon public, on a bien rigolé. C’est toujours drôle de voir des gens qui s’inventent des problèmes qui n’existent pas.
Et puis Fred est arrivée.
Elle avait l’air grave, ce qui était logique, parce que c’était grave.
Il y avait un vrai problème.
Du coup, on n’a plus rigolé du tout.
On a essayé de sourire, eux ils ont réussi, ils doivent avoir l’habitude que ça soit grave, à force...
De toute façon, il ne leur reste que ça, le sourire.
C’est pour ça que j’aimerais qu’ils restent avec nous.
Le sourire, c’est justement ce qui nous manque.


UN TRAVAIL DE FOURMI


Ce matin, bien que je la chasse à chaque fois d’un revers de main, une fourmi revient sans cesse sur la table de mon petit-déjeuner sur la terrasse, sous la glycine et les rosiers. Toute seule. Pourquoi ?
Parce qu’elle ne peut faire autrement que suivre sa nécessité.
À son image, je reviens sans cesse sur ce qui à mes yeux ne va pas aujourd’hui. Non que le monde que j’ai connu enfant ait été parfait. Loin de là. Rien d’idyllique, sinon parfois dans la buée du souvenir. À distance, tout paraît plus beau.
C’est là parole de vieux, et j’ai conscience de reprendre une très ancienne antienne…
Pourtant, je n’ai pas envie de dire « C’était mieux avant… ».
Parce que la situation est tout autre, et que ce qui se passe aujourd’hui n’était encore jamais arrivé dans l’histoire de l’humanité.
Je me dois de dire, car c’est la stricte vérité : « C’était différent avant, parce que c’était vivable, et que ça l’est de moins en moins ». C’est qu’à force de « progrès » nous avons réussi à créer un monde invivable.
Ce n’est pas seulement le tout frais septuagénaire en moi qui respire moins bien qu’autrefois. C’est l’être humain qui suffoque.
Oui, le monde où je suis né était très imparfait.
Mais il avait un grand avantage sur l’actuel, il était humain, ou plutôt à dimension humaine, même si les deux guerres mondiales et les dictatures avaient déjà ouvert la voie au règne de la quantité contre la qualité et donc à l’autodestruction en cours. Le temps et l’espace y étaient encore à notre mesure. La réalité n’y était pas encore virtuelle, mais génialement, joyeusement, jouissivement concrète. Une fêlure déjà s’y faisait jour, mais le vase tenait encore ensemble.
Aujourd’hui, il gît à terre, et les mille morceaux du puzzle qui en est issu ne rentrent plus les uns dans les autres.
Je voudrais faire entendre, face à l’incohérence actuelle, à cette inculture essentielle de notre société désintégrée, qui explique ses dysfonctionnements, sa vulgarité, sa malhonnêteté foncière, son assourdissant chaos, la petite musique, harmonieuse jusque dans ses fausses notes, que j’ai eu la chance inouïe d’entendre pendant longtemps, et dont je crains qu’elle n’ait rejoint pour mes petits-enfants, et même pour mes enfants, le grand silence des morts qu’on ne visite plus.
Ainsi comprendra-t-on peut-être pourquoi je dénonce inlassablement la laideur : la beauté existe, je ne l’ai pas seulement rencontrée, je l’ai vécue.
Et j’ai tenté toute ma vie de la partager. Mais dans le monde que nous nous sommes laissés imposer et que nous avons contribué à bâtir, la laideur sous toutes ses formes prend tant de temps et de place, dicte si bien nos vies, que nous ne pouvons plus faire l’expérience de la beauté sans la voir en même temps polluée et dénaturée de mille manières.
C’est là un crève-cœur dont je n’arrive pas à me remettre.
Je n’accepte pas le monde qu’avec notre complicité plus ou moins consciente on nous impose chaque jour davantage, parce que je sais ce que nous perdons à nous résigner à lui, et que je suis convaincu que même s’il était trop tard pour mettre fin au désastre, la seule raison de vivre qui vaille est de lui résister.
Comme toujours, la seule beauté possible est dans la résistance.
La quantité peut étouffer la qualité, mais elle meurt de son absence, et sur les décombres et les ordures qu’elle a engendrés, c’est la qualité qui toujours renaît.
La laideur présente n’a pas d’avenir. Mortifère, elle est aussi suicidaire. D’une façon ou d’une autre, la beauté, qui est la vie, l’emportera. Avec ou sans nous.

vendredi 7 juillet 2017

ÇA DURE LONGTEMPS, LA MORT ?

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ÇA DURE LONGTEMPS, LA MORT ?

vient de paraître dans la collection Alpes Vagabondes des éditions Gros Textes.


« Le Tarot n’a pas de nom pour la mort : nous ne pouvons la connaître tant que nous sommes en vie. C’est pourtant à son existence que nous devons la nôtre…
Elle nous accompagne, l’indispensable camarde, inséparable camarade de toute vie, et sa silencieuse absence présente donne à notre existence son sens et son goût.
Autour d’elle a crû ce recueil de petits morceaux de « vraie » vie, puzzle dont les pièces ne s’emboîtent pas, montrant du coup ce qui reste présent à tout instant sous l’image ternie d’un quotidien émoussé par l’habitude et la résignation : la joie féroce de vivre, sans cesse renaissante, même du fond de la douleur.
Être là, le savoir, en jouir, privilège offert par la mort à la vie.
En retour, entrant dans la danse, guérir du macabre par la funambulesque alchimie du gai rire. Face à la mort, l’humour ! »


84 pages au format 14 x 21 cm
10 € (+ 2 € de port – port compris à partir de l’achat de 2 exemplaires)

À commander aux Éditions Gros Textes
Alpes Vagabondes
L’épicerie littéraire
Place du village
05380 Châteauroux-les-Alpes
04 92 49 65 31
gros.textes@laposte.net


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Deux extraits du recueil :

FÉROCITÉ

Il voudrait qu’ils meurent. La force de sa haine pourrait-elle les tuer ? Il en doute. Mais ça vaut le coup d’essayer. Il se concentre et projette sa haine, férocement, sur tous ces êtres plus ou moins vivants, les hommes.
Commençons, se dit-il, par celui que je hais le plus. Sa haine parcourt le monde à toute vitesse, survole l’un après l’autre ceux qu’il hait, mais il en est toujours un qu’il hait encore davantage, elle court, elle court, sa haine, et voici qu’elle a enfin trouvé celui qu’il hait le plus !
Elle fond sur lui, effroyable, terrifiante, et mourant avec lui le tue tout net.
Il a juste eu le temps de s’apercevoir qu’il s’en doutait un peu, mais n’avait jamais voulu l’admettre : celui qu’il haïssait le plus, c’était lui.

FAUSSE NOTE

Coucher de soleil absolument somptueux, ce soir-là, sur une mer lumineuse et nacrée.
Il est tard, en cette fin d’août, il n’y a pratiquement plus personne sur l’immense plage de sable fin vantée par l’Office du Tourisme, et pour une fois il se baigne à poil.
Le soleil plonge lentement dans la mer, il nage avec lui et fond doucement dans une eau turquoise miroitante d’or qui ruisselle au bout de ses doigts et allume des arcs-en-ciel entre ses cils. Pour la première fois depuis longtemps il se sent en harmonie.
Avant qu’il se décide à sortir, de petites vagues le roulent sur le sable.
Comme il reprend ses vêtements sur le gros bout de forêt sous-marine qui émerge du sable, il s’aperçoit qu’il les avait posés tout à côté d’un superbe tas de crottes de chien.
Il se félicite du miracle qui lui a évité de redescendre brutalement sur terre (il a vraiment horreur des crottes de chien, et particulièrement sur la plage) et reprend le chemin qui serpente dans les dunes couvertes d’oyats et d’argousiers.
Il est heureux et sous ses pieds le sable est presque bleu.
C’est avec la béatitude de qui sait que tout est en ordre qu’il remonte dans sa belle voiture presque neuve, qui sent bon le cuir anglais.
Comme il est en paix avec le monde, il prend son temps avant de mettre le contact ; mais au moment où il va tourner la clef, son nez se fronce.
Inexplicablement, ça sent la merde. Mais fort. Comme quand on a marché dedans pour de bon. Une odeur épouvantable, qui lui soulève le cœur.
Il en a plein sa chaussure droite, et il en a mis plein le tapis.
Il jure d’abord un bon coup. Puis se dit que le sordide n’est jamais loin du sublime. Actionne le bouton qui ouvre automatiquement la fenêtre, met la clim et la musique à fond et en homme pratique tire la morale de l’histoire : si on veut garder les yeux au ciel, il faut avoir les pieds sur terre.

dimanche 14 mai 2017

RECORDS BATTUS ET BIJOUX DE FAMILLE

Et pendant qu’obnubilés par l’élection pestilentielle nous votions Macron, Le Pen ou blanc, ou pas, et que s’agitaient les haineux fantoches, la vraie vie continuait.
Jusqu’à quand ?
Hypnotisés par les anecdotes, nous oublions sans cesse l’essentiel.
Et nous le faisons sinon consciemment, du moins volontairement, non seulement parce que nous ne savons comment résoudre les problèmes que nous ne cessons pas de nous créer, mais parce que nous n’avons pas vraiment envie de les résoudre tant ils remettent en cause nos chers conforts, l’intellectuel et le matériel.
Nouveaux Gribouilles, nous nous croyons raisonnables parce que nous poussons toujours plus loin la schizophrénie dans laquelle nous avons pris la douillette habitude de nous réfugier.
Pendant que la nature grâce à nous devient folle, nous battons sans cesse nos propres records de bêtise, nous enfonçant chaque jour davantage dans un délire suicidaire dont nous n’avons même plus conscience tant nous sommes devenus capables de nous aveugler nous-mêmes…
Plutôt que d’affronter la réalité, nous voulons nous rassurer en fermant les yeux pour écouter les joueurs de flûte et nous laisser mener par ces beaux parleurs, moutons qui lèchent la main du berger qui les mène à l’abattoir.
Il faut être optimiste, me direz-vous peut-être. De quel optimisme parlons-nous ? De celui qui fait prendre à chacun de nous le risque d’agir, ou de celui qui se défausse sur des « responsables » qui veulent tout changer pour que rien ne change ?
Ça fait 50 ans qu’il faut être optimiste et « riscophile », pour quel résultat ?
1% = 99% ! Warren Buffet a certes de bonnes raisons d’être optimiste, il est en train de gagner la guerre qu’il nous fait, et vous venez d’élire celui qui vous la fait.
Vous allez en avoir sacrément besoin, de votre bel optimisme bien propre sur lui !
Cet optimisme-là n’est que le faux-nez de la lâcheté et de la corruption qui achèvent de détruire une « civilisation » gangrenée par d’insoutenables contradictions et dont l’implosion est déjà en cours, dans le déchaînement progressif d’une barbarie planétaire.
Voyez ci-dessous, c’est édifiant.
Jusqu’où irons-nous ? Tous les espoirs sont permis.
Après tout, il y a encore les législatives…
On va pouvoir continuer à regarder le doigt pour ne pas voir la lune.
Elle est pas belle, la vie ?

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Tous les indicateurs du réchauffement climatique sont au rouge

 
RESTE AVEC MAMAN, MON BIJOU !

« Comble de mauvais goût ou signe d’une perte absolue du sens des réalités ? Il a fallu quelques vérifications avant de présenter ici cette information qui semble proprement incroyable : une société artisanale australienne, Baby Bee Hummingbirds, propose de transformer les embryons surnuméraires en bijoux pour leur donner une fin « digne ». Non, ce n’est pas un mauvais canular ni un fake news : il y a réellement des familles, des mères qui font fabriquer des bagues ou des pendentifs à la suite d’une fécondation in vitro pour garder sur elles des embryons qui n’auraient pas été utilisés pour obtenir une grossesse.

Le pire, c’est qu’il ne s’agit pas de leur part d’une option « ultralibérale » ou « mercantiliste » comme on l’entend souvent dire à propos des évolutions de plus en plus surréalistes de la culture de mort. Sincèrement attachées à ces plus petits des tout-petits dont elles savent bien qu’il s’agit de minuscules êtres humains, ces mamans cherchent en quelque sorte à les honorer, peut-être pour ne pas vivre avec l’atroce conscience de les avoir fait fabriquer pour les faire tuer, au cours d’une procédure qui se moque largement de la valeur unique de la vie humaine.

Baby Bee Hummingbirds crée des bijoux à partir de matériaux humains

La société Baby Bee Hummingbirds a été créée il y a trois ans par une Australienne qui était à la fois sage-femme et créatrice de bijoux. Voyant que beaucoup de jeunes mères aiment à garder un souvenir de la naissance de leur enfant, elle a lancé une ligne de bijoux en résine avec des inclusions plus ou moins appétissantes, depuis une première boucle de cheveux jusqu’à quelques gouttes de lait maternel ou des fragments de placenta. On pourrait appeler cela du nombrilisme fusionnel.

Baby Bee Hummingbirds propose également, pour la modique somme de 80 à 600 dollars australiens, des bijoux fabriqués à partir de cordons ombilicaux ou de cendres, en cas de fausse couche.

Mais si on a l’estomac retourné par ce genre de pratiques, ce n’est rien par rapport à « l’immortalisation » des embryons obtenus en éprouvette. Amy McGlade, fondatrice de la société, n’a pas eu l’idée toute seule : ce sont des parents qui l’ont sollicitée à la suite de procédures de fécondation in vitro qui s’accompagnent de la création d’embryons qui ne seront jamais implantés dans le sein d’une femme.

C’est ce que raconte le site australien destiné aux jeunes parents, Kidspot, en proposant l’exemple de Belinda et Shaun Stafford. Le couple qui essayait en vain d’avoir des enfants s’est tourné vers la procréation médicalement assistée. Au bout de six ans de multiples fécondations in vitro, ils sont aujourd’hui les fiers parents d’un garçon de quatre ans et de deux jumeaux de 21 mois — et d’un nombre plus important d’embryons surnuméraires. Il n’était pas question pour eux de les donner à un autre couple, ni de payer un abonnement annuel pour leur conservation par le froid : trop coûteux. Les détruire ? Inimaginable, constate la journaliste qui les a interrogés. Les Stafford se sont donc tournés vers le recyclage artistique de leurs tout-petits.

Des embryons surnuméraires portés en sautoir

« Aujourd’hui Mme Stafford a tous ses bébés auprès d’elle chaque jour – y compris sept embryons enfermés dans un pendentif en forme de cœur qu’elle porte près de son cœur à chaque moment », apprend-on. Elle a trouvé dans cette démarche une forme de paix et de réconfort : « Mes embryons étaient mes bébés – figés dans le temps. Lorsque notre famille a été complète, je n’avais pas le cœur à les détruire », explique-t-elle.

Amy McGlade, de son côté, est fière de son travail. A ce jour, sur les 4.000 pièces de bijouterie qu’elle a créées à partir de matériaux humains pour commémorer des naissances ou des grossesses, il y en a eu 50 faits à partir d’embryons : « Je crois qu’il n’y a aucune autre société au monde qui créé des bijoux à partir d’embryons humains, et je crois fermement que nous sommes les pionniers de cet art sacré. »

« L’art sacré » du macabre : c’est un massacre à grande échelle qui est ici mis en écrin, puisque les embryons surnuméraires, comme on dit, ne sont ici jamais que les déchets humains de procédures de fécondation artificielle par lesquels l’homme se rend maître de la vie et de la mort. Le raisonnement, comme toujours dans la culture de mort, est inversé et donc infernal : le vocabulaire aussi.

L’Australie, pionnière d’un nouvel « art sacré » infernal

« C’est très spécial parce que ces embryons signifient souvent la fin d’un voyage, et nous offrons une manière belle et significative de fermer la porte avec douceur… Quelle manière plus belle de célébrer votre don le plus précieux, votre enfant, qu’à travers un joyau ? C’est le souvenir éternel tangible d’un être aimé que vous pourrez garder pour toujours », ose dire Amy McGlade.

C’est un « projet parental » d’un nouveau genre, rendu possible par une technique de conservation des paillettes d’embryons qui permet en même temps de fixer leur ADN dans une sorte de petite tombe portative que la mère, cimetière ambulant, va pouvoir porter avec elle.

Ils ne savent pas ce qu’ils font. »

 REGARDEZ CE QUE JE FAIS, PAS CE QUE JE DIS !


AVANT LES LÉGISLATIVES, à propos du nouveau président, de ce qu’il représente et de ce qu’il compte réellement faire si nous lui en laissons le loisir, 5 articles de fond pour continuer un décryptage bien nécessaire à qui veut s’informer plutôt que d’avaler tout cru un storytelling débile destiné à l’aider à avaler dans la foulée … de grosses couleuvres !

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Macron, un nouveau très ancien, ou L’art du rebranding

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À droite toute ! La « société civile » de Macron

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Macron, des réformes mortifères ?

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Les inégalités à l’origine du malaise social

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De la prise d’otages, par Frédéric Lordon

vendredi 12 mai 2017

ET SI ON REGARDAIT LA LUNE PLUTÔT QUE LE DOIGT ?

Comme le disait George Orwell au sortir de la Seconde Guerre mondiale, « lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ».

Cet ensemble de textes publié sur mon blog de Mediapart le 6 mai, avant le second tour, il me semble utile de le mettre avant les législatives à la disposition des visiteurs du Globe de l’homme moyen, qui n’en méritera que mieux son nom !
Il s’agit de tenter de mettre en perspective cette consternante anecdote qu’a été l’élection pestilentielle avec l’ensemble des problèmes essentiels d’une humanité mondialisée en pleine frénésie d’autodestruction – comme vous pourrez le constater dans mon prochain billet.
Car ce qui m’a le plus frappé dans toute cette histoire shakespearienne revue et corrigée façon vespasienne, c’est l’absence totale de vision politique digne de ce nom partagée par presque tous les candidats et l’immense majorité des médias et des « commentateurs » de tout poil.
Un tel degré d’aveuglement ne peut être dû au hasard, et nous appelle à une radicale remise en question d’une vision du monde aussi répandue qu’obsolète. Terriblement ralentie par un autruchisme volontaire qui fait encore consensus pour beaucoup d’entre nous, la prise de conscience est d’autant plus urgente qu’elle est tardive. Si je pouvais y participer si peu que ce fût, je me sentirais un peu moins inutile et moins impuissant…


Ceux qui votent blanc ou s’abstiennent ont été l’objet depuis 8 jours d’attaques d’une virulence surprenante de la part d’une gauche-œufs de lump visiblement paniquée et s’abaissant à des oukases et des injures dignes… du Front National !
On nous accuse de faire le jeu de Le Pen et du FN, ce qui est totalement faux.
Nous refusons simplement d’entrer dans le jeu de bonneteau que nous impose l’oligarchie financière, grande spécialiste de ce genre de marché gagnant-perdant intitulé TINA et qui se résume à la célèbre formule : Pile, je gagne, face, tu perds.
Je souhaite donc éclairer notre position
– d’abord en fournissant quelques éléments d’information que les médias dépendant de ladite oligarchie se gardent bien de monter en épingle puisqu’ils informent sur ce qui se joue et sont donc de nature à contrarier leur communication (leur propagande en clair, un matraquage incroyable)
– ensuite en précisant ma position et en relayant quelques textes qui remettent les choses au point et les pendules à l’heure, qui est selon moi beaucoup plus grave encore que ne le pensent ceux qui prennent Macron pour un démocrate, puisque, comme c’était évident dès le départ, c’est bien lui qui sera élu, l’arbre FN ayant une fois de plus servi à cacher la forêt néo-libérale.

Si, ce que je comprendrais très bien, vous n’avez pas le temps ou l’envie de lire ces textes, qui constituent un mini-corpus dans lequel vous pouvez picorer ce qui vous intéresse, je me permets d’insister pour que vous regardiez la vidéo de l’entretien de quelques minutes accordé en 2012 par un cadre du Crédit Agricole à propos de ce qu’allaient faire Hollande et Macron après l’élection du redoutable ennemi de la finance.
C’est une vidéo que devraient voir tous ceux qui comme moi ont voté Hollande en 2012 et ceux qui s’apprêtent à voter Macron en 2017. Si après ça vous pensez encore être en démocratie, je ne peux plus rien pour vous !

LA « GAUCHE » FINANCIÈRE LA VÉRITÉ SUR HOLLANDE ET MACRON François Ruffin Cliquez sur ce lien : https://youtu.be/Wn72T4dTFho

Macron - Histoire d’une Haute Trahison - Les preuves accablantes
par François Ruffin (Merci Patron !)

Nous publions ici des documents qui ne devaient pas être portés à la connaissance du public.
Cette interview d’un financier du Crédit Agricole qui remonte au début de 2012 démontre clairement qu’il y a bien un complot de la Haute Finance depuis au moins cette date, pour imposer Macron. 
Ils veulent à présent tout le pouvoir politique, en plus du pouvoir économique, pour finaliser l’avènement du Nouvel Ordre Mondial. 
Macron est là pour achever le (droit du) travail, sous les ordres de la Haute Finance, pour une Haute Trahison de la France et des Français...
Grâce à la complicité active des politiciens, des journalistes, et la soumission pathétique d’une grande partie des Français eux-mêmes...


Voici maintenant ma position personnelle :

 PILE IL GAGNE, FACE NOUS PERDONS

Qui vote Le Pen collabore à l’émergence du Front National et au risque d’une prise de pouvoir par une extrême-droite fascisante.
Qui vote Macron devient de fait le collabo des banques qui ont déjà pris le pouvoir et sont en route à travers leur dernier avatar, EM, vers le pouvoir absolu auquel la France reste un des obstacles.
Nous ne pourrons pas dire ensuite : Je ne savais pas, comment aurais-je pu savoir ?

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Personne ne me convaincra d’aller voter si je ne le veux pas, et de mon côté, je n’ai pas l’intention d’essayer de convaincre qui que ce soit, non par indifférence, loin de là, mais par simple respect.
Car le prosélytisme m’a toujours plus que gêné, il me choque. Convaincre, c’est la plupart du temps vaincre un con, et cela suppose de toute façon qu’il y ait un con vainqueur et un con vaincu.
Que vaut la pensée de quelqu’un qui n’a pas su se convaincre lui-même ? Tenter de convertir autrui, c’est toujours d’une certaine façon le mépriser en croyant détenir une vérité qu’il ne saurait trouver lui-même. Tout l’objet de la maïeutique socratique consiste à faire en sorte que la personne découvre par elle-même sa part de vérité.
Échanger, débattre, oui, témoigner de sa petite vérité individuelle, absolument. Témoigner est un droit, et selon moi un devoir. Cela exclut de hurler avec les loups qui nous invitent à rejoindre leur vérité comme si c’était forcément la nôtre, qu’ils soient d’extrême-droite ou qu’ils se prétendent de gauche.
Penser par oukases comme le font les belles âmes qui nous enjoignent de voter Macron pour des motivations qui me paraissent en fin de compte tout aussi inspirées par leurs intérêts bien compris que par la morale à géométrie variable dont ils se gargarisent, je m’y refuse.

DÉBOUSSOLÉS ?
Comme souvent quand leur « raison » n’a plus de prise sur une réalité qui a évolué à leur insu, ceux d’entre nous qui se croient « raisonnables » deviennent fous furieux. Leur logiciel ne fonctionnant plus, saisis de panique, ils se mettent à dire et faire n’importe quoi.
Leurs analyses se focalisent aujourd’hui sur des conséquences (le FN) dont l’éradication restera impossible tant qu’on ne remédiera pas à leurs causes (notamment la mondialisation libérale-nazie et la façon dont les « élites » gouvernantes françaises ont instrumentalisé le FN comme repoussoir pour pérenniser leur pouvoir).
Ce qui se passe actuellement en France n’est qu’une partie d’une catastrophe en cours déjà bien avancée : l’autodestruction de l’humanité par la mondialisation néo-libérale. À l’échelle mondiale, au moment où l’humanité a presque achevé de scier la branche sur laquelle elle est assise, le FN n’est qu’un épiphénomène, l’un des symptômes d’une pandémie en plein essor.
Le « populisme » dénoncé avec une perversité dans le culot absolument effarante par les tenants du système oligarchique me semble être d’abord une très logique réaction collective inconsciente à la perception très concrète du désastre actuel, d’où le fait qu’il se répand comme une traînée de poudre un peu partout dans les pays dits développés.
En ce sens, nos débats de ces jours derniers me semblent à la fois ridicules et tragiques. Nous regardons le doigt à la loupe pendant que la lune nous tombe dessus. Ce que je crois être l’inconscient collectif, comme toujours beaucoup plus conscient que notre conscience, perçoit ce danger que nous refusons de voir. C’est le coup du Titanic : on a le pressentiment, l’inconscient nous avertit, des indices viennent renforcer notre intuition, mais par bêtise, par inertie, par arrogance, on chausse les lunettes roses de la raison radotante, des idées reçues et du consensus mou (« Ça ne peut pas nous arriver, pas à nous quand même… »).

UN ENJEU PLANÉTAIRE
Dans le débat d’hier entre les deux représentants de l’inhumanité, pas un mot, pas un seul, sur l’écologie, rien sur le réchauffement climatique. Curieuse conception de la sécurité !
Pratiquement rien sur nos institutions désormais mortifères qui prennent l’eau de toutes parts et préparent les fuites en avant de la révolution ou, pire, de la dictature, déjà partiellement mise en place.
Mélenchon n’est pas parfait mais si j’ai fini par voter pour lui, c’est qu’il est à mon avis le seul à avoir largement compris ce qui se passe réellement et à avoir tenté de replacer le cas particulier de la France dans le cadre mondial dont il dépend, afin d’essayer de trouver de vraies solutions d’ensemble.
Ce qui est en jeu aujourd’hui, au-delà du FN, au-delà des migrants, c’est notre sort à tous. Là est la question. Alors assez de cet apitoiement obscène sur « ces pauvres migrants » dont nous acceptons en fait sans bouger le petit doigt qu’ils soient traqués, enfermés, déportés, noyés, expulsés, alors que ceux qui souhaitent rester en France ne demandent qu’à s’intégrer et se mettre au service du pays (je parle ici d’expérience, à la fois ancienne et récente).
Que les bonnes consciences cessent de se draper dans des principes qu’elles ne respectent que quand ça les arrange ! Qu’elles cessent, du haut de leurs certitudes intéressées, de nous enjoindre de voter pour le moins pire sous peine de haute trahison ! Nous sommes en plein naufrage, savoir s’il faut se jeter directement à l’eau ou se battre pour monter dans une chaloupe bondée qui coulera dès sa mise à l’eau, c’est jouer les Gribouille.
Choisir Macron c’est à mes yeux ne pas voir que la bête immonde qui à juste titre nous fait à la fois peur et horreur a muté, et que sous une forme nouvelle, plus habile et insidieuse, elle est déjà dans la bergerie, d’où elle nous tend le piège du chantage antifasciste.

ÊTRE ANTIFASCISTE AUJOURD’HUI, c’est refuser non seulement les sursauts du fascisme d’hier mais l’hégémonie destructrice du néo-libéralisme actuel. Quoi de plus authentiquement fasciste que le "There Is No Alternative" systématique qui exclut de fait toute possibilité de démocratie pour imposer la loi, non de la jungle, qui est nettement plus civilisée, mais du profit, de l’argent-roi, lequel a toujours eu partie liée avec le fascisme ?
Hitler ne serait jamais arrivé au pouvoir s’il n’avait été dès le début soutenu par l’oligarchie industrielle et financière allemande, celle-là même qui avait soutenu l’infâme Ludendorff quand il avait à l’aube de la première guerre mondiale théorisé et systématisé la notion de guerre totale qui allait porter de si beaux fruits par la suite.
Depuis deux cents ans, à la lumière de Lumières beaucoup moins éclairantes que ne le croient encore des rationalistes mécanistes d’autant plus manipulés par leur inconscient qu’ils ne veulent pas entendre parler de lui, les apprentis sorciers que nous sommes n’ont cessé de jouer avec le feu en tous domaines. Selon les lois de la thermodynamique, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Parce que nous n’avons pas su ni voulu le gérer, ce que nous appelons souvent imprudemment le progrès nous revient de toute part, boomerang irrésistible des conséquences imprévues, en pleine figure. Le cauchemar est en route, mais il est réel et il ne suffira pas de se réveiller pour le dissiper.
C’est entre autres pourquoi il est exclu que je vote Macron. Il y a à mes yeux un monde entre ce que dit Macron et ce qu’il a fait et veut faire. En ce sens, Le Pen et lui se valent, loups déguisés en bergers. Libre aux amateurs de sensations libérales fortes de jouer les Petits Chaperons rouges, très peu pour moi, merci, j’ai déjà donné.

Et puis il y a eu LE « DÉBAT ». VOUS AVEZ DIT DÉBAT ?
Je croyais connaître la peur. J’avais tort. Je sais depuis hier soir ce qu’est la peur. Le débat entre les deux candidats qu’a réussi à imposer l’oligarchie au pouvoir m’a d’abord mis dans une colère noire. Qui cachait en fait la terreur qu’a provoqué en moi ce débordement réciproque de haine. Aucun de ces deux personnages répugnants n’aura mon vote.
Alain Sagault

Je voudrais rappeler maintenant que les mots disent beaucoup plus de choses que nous ne le croyons et qu’ils constituent parfois des prisons mentales dont on ne sort qu’en en prenant conscience :

STYLE JOURNALISTIQUE ET DÉMOCRATIE

Notre époque de délire normalisateur semble autoriser ceux qui considèrent détenir la vérité et la science infuse à multiplier les injonctions souvent paradoxales et arguments d’autorité irrecevables par essence (Il faut voter Macron, il faut faire barrage à Le Pen, il faut se laver les dents trois fois par jour, il faut manger cinq fruits et légumes par jour).
Ainsi de ce titre paru ce 4 mai dans Mediapart, et qui a, je n’en doute pas, échappé en toute innocence et bonne foi à la conscience de ses auteurs :
« Ce qu’il faut retenir de deux heures et demie d’échanges tendus »
Il me semble intéressant de proposer à la suite de ce titre, typique des mauvaises habitudes inconsciemment prises par les médias, mais aussi par nous, simples particuliers, à la suite des intellectuels de pouvoir (voir la tournure infantilisante et culpabilisante si répandue depuis quelques années chez les « experts » de tout poil : « Il faut savoir que ») un texte du créateur du Seitaï, Haruchika Noguchi commentant Tchouang-Tseu à sa manière si personnelle et pertinente :
« Notre vie est limitée, or il n’y a pas de limite aux « il faut » et « il ne faut pas », et si, avec nos limites, nous essayons de nous conformer aux « il faut » et « il ne faut pas » qui sont sans limites, tout ce qui va nous rester c’est l’angoisse d’être incapables de nous y conformer. Pourtant, les gens courent toujours après les « il faut » et « il ne faut pas ». Et leur anxiété augmente.
On suit la voie de l’hygiène avec comme seul résultat la multiplication des « il faut » et « il ne faut pas » ; les « il faut » et « il ne faut pas » auxquels les gens doivent faire attention se multiplient de plus en plus ; et alors l’angoisse d’avoir à observer ces règles conjuguée avec la peur de ne pas en être capable rend les gens toujours plus timorés et abattus.

Quand les « il faut » et « il ne faut pas » contrôlent l’activité humaine, alors les êtres humains ont déjà forgé des chaînes pour eux-mêmes. La connaissance est une arme pour les êtres humains, et un pouvoir pour l’accomplissement de leurs intentions. Mais quand on accumule les connaissances et que la liberté des êtres humains est restreinte, les gens deviennent incapables de vivre avec vivacité à cause des « il faut » et « il ne faut pas », un peu comme les bois d’un cerf deviennent pour lui une gêne. Et alors il n’y a rien de mieux à faire que de se libérer en tranchant cette connaissance et en la jetant. »
Je soumets ce texte aux donneurs de leçons patentés et autres adjudants ratés en leur suggérant de dire leur chapelet en méditant sur un « Il faut » plus légitime et plus sain que les leurs : Faut pas trop faire chier…


À propos de la nature de l’abstention, un texte qui remet les choses en perspective dans le contexte actuel :

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 L’abstention est-elle une idiotie ?

Un point de vue assez proche du mien et que je vous soumets donc ! :

 NE NOUS SOUMETTONS PAS !

Par Henri Pena-Ruiz, Philosophe, écrivain — 30 avril 2017 à 15:22
 
Seule la France Insoumise a su proposer une véritable alternative face à la montée du lepénisme, mais il faut désormais compter sur le troisième tour : les législatives. Pour faire barrage contre l’extrême droite et éviter un score à la soviétique pour Monsieur Macron, adepte du 49-3 et des ordonnances.

Selon Montesquieu le propre du despotisme est de gouverner à la peur. Or qui veut nous faire peur aujourd’hui ? Ceux qui prétendent que le FN est aux portes du pouvoir alors qu’il sera loin d’avoir la majorité à l’Assemblée Nationale, et par conséquent ne pourra pas gouverner. Les amis de M.Macron, avec sans doute l’appui d’un président qui a trahi ses promesses pour se faire élire, mettent en scène leur rêve, en forme de ruse machiavélique. Orchestrer la peur de voir Mme Le Pen gouverner afin de construire pour leur candidat une « majorité présidentielle » écrasante. Et disposer ainsi d’une majorité nette à l’Assemblée nationale pour continuer la politique d’un quinquennat sinistre.
C’est typiquement la logique de la cinquième République, hélas aggravée naguère lorsque Monsieur Jospin crut devoir inverser le calendrier électoral. La monarchie présidentielle prenait ainsi davantage encore le pas sur l’élection des représentants du peuple, ligotant celui-ci dans des alternatives mystifiantes. Quant à la lutte contre le FN, certains feraient bien de balayer devant leur porte. Qui donc a cyniquement joué sur un score élevé du FN pour substituer la peur à tout inventaire critique d’une politique de trahison fondée sur une tromperie initiale ?

Non au chantage à l’apocalypse
Sauver la démocratie ? Allons donc ! Monsieur Macron annonce son intention d’aggraver la Loi El Khomri par ordonnances…pendant les vacances d’été, afin d’éviter toute contestation. Jolie façon de réaliser la « démocratie participative » ! Naguère il proposait aux jeunes d’avoir pour seul idéal de devenir milliardaires. Sans doute en exaltant un système « Qui produit la richesse en créant la misère » (Victor Hugo). Belle profession de foi humaniste !
Ouvrons les yeux. Ras-le-bol de ce chantage à l’apocalypse pour désespérer encore une peu plus les laissés pour compte du néo-libéralisme et de la « concurrence libre et non faussée ». Avant de pleurnicher sur la montée du lepénisme, il serait bon de s’interroger sur ses causes et de proposer une véritable alternative, comme le fait La France Insoumise. Qui vient de faire reculer le score de Marine Le Pen, sinon Jean Luc Mélenchon ? Le score du FN est passé de 28 % à 21,5 % tandis que celui du candidat de la France Insoumise a atteint 19,6%.
Sa proposition de soumettre toute décision concernant le second tour à une réflexion collective des militants qui l’ont soutenu est toute à son honneur. Elle est en phase avec notre volonté de changer la politique par l’invention d’une sixième République. Elle répond à la complexité d’une situation qui mérite réflexion et délibération, à rebours de toute image d’Epinal. Ceux qui osent traiter Jean Luc Mélenchon de dictateur le calomnient, une fois de plus. Leur rage est d’ailleurs inconséquente. Tantôt ils lui reprochent son autoritarisme vertical, tantôt ils croient devoir s’indigner de sa refondation horizontale de la politique, soucieuse de faire parler le peuple. Il faudrait savoir !
Nous, fossoyeurs de l’Europe ? Une Europe construite à rebours de tous les idéaux de justice qu’elle était censée incarner. Victor Hugo inventa l’expression « Etats-Unis d’Europe », sur le mode confédéral d’une union des nations. Des nations libres dans une union libre, tournées vers le progrès social et la culture délivrée des inégalités économiques. Il doit se retourner dans sa tombe au regard de la caricature de son idéal par l’Europe actuelle. Une Europe néolibérale voulue par Jean Monnet, attachée à corseter les peuples dans la négation quasi irréversible des conquêtes sociales qui forcèrent le capitalisme à s’humaniser. Qui refuse la régression de civilisation que représente le credo du moins-disant social imposé par l’Europe actuelle ? Qui demande en Europe une harmonisation des droits sociaux par le haut ? La France Insoumise, avec das Linke, Podemos et Syrisa. Bref c’est la construction actuelle de l’Europe qui en creuse la tombe.
Monsieur Hollande avait promis de renégocier un traité européen, le TSCG. Il ne l’a pas fait. Et il ose maintenant reprocher à Jean-Luc Mélenchon de vouloir le faire ! Qu’a donné la litanie d’un changement intérieur de l’Europe ? Rien, car elle a sous-estimé l’emprise d’une finance mondialisée et elle a finalement abdiqué devant elle. Le terrible sort réservé au peuple grec en est la preuve. Relisons la mise en garde prémonitoire de Pierre Mendès-France contre cette orientation mortifère pour l’Europe. C’est notre acte d’insoumission qui réconciliera les peuples avec elle par une refondation politique, écologique et sociale.

De la souveraineté populaire
Par ailleurs, qui mène la bataille des idées contre le FN en expliquant le rôle des immigrés dans la reconstruction de la France, et en rappelant que les immigrés paient plus de cotisations qu’ils ne touchent de prestations ? Qui rejette le nationalisme d’exclusion inspiré par l’opposition du « eux » et du « nous » chère à Carl Schmitt ? Qui combat la thèse de Samuel Huntington selon laquelle les civilisations s’opposeraient et se hiérarchiseraient inéluctablement ? Qui ouvre la réaffirmation de la souveraineté populaire au niveau national à l’internationalisme, avec la promotion du progrès social pour tous les peuples ? La France Insoumise. Pour faire reculer les réflexes racistes ou xénophobes, ne nous contentons pas de condamnations moralisantes. Agissons sur les causes et déconstruisons les préjugés obscurantistes. Nous n’avons pas de leçons à recevoir des principaux responsables de la montée du FN !
« Populisme » ! Allons bon, encore un mot magique pour disqualifier sans argumenter ! Le propre du populisme de droite est de flatter le peuple et non de le servir. C’est d’ailleurs le sens littéral du mot démagogie, en grec ancien. Mais si défendre réellement les classes populaires c’est être populiste, alors soyons populistes. Par une telle défense, nous défendons également l’intérêt général. D’où la lutte contre la dévastation des droits sociaux et des acquis du programme du CNR, comme la Sécurité sociale et les services publics, et le refus de la déconstruction du code du travail à coup de 49-3 et bientôt d’ordonnances. Trêve de mots pièges et d’amalgames odieux entre les « deux extrêmes ». Un amalgame qui soit dit en passant banalise le FN puisqu’il lui donne le même statut qu’à la France Insoumise !

Le barrage à l’extrême droite ? Les législatives
Ensemble, en 2012, nous avions chassé la droite. Et pendant cinq ans nous avons eu la droite déguisée en gauche, avec l’exception honorable du Mariage pour tous courageusement promue par Christiane Taubira, réforme sociétale juste, mais qui n’aurait pas dû dispenser de l’attention à la question sociale. Il faut comprendre la désespérance du monde du travail, sans justifier pour autant n’importe quel vote protestataire. Je comprends qu’en l’état actuel des choses on puisse se sentir écartelé entre un vote blanc, improprement appelé « nul », qui marque le dégoût d’une pratique politique désespérante, et un vote Macron, posé un peu vite comme seule alternative à l’extrême droite. Les deux votes sont respectables, et je dénie à quiconque le droit d’en disqualifier un. Mais c’est désormais un troisième tour, celui des Législatives, qui permettra de dresser un véritable barrage contre l’extrême droite, et non un score à la soviétique pour Monsieur Macron, adepte du 49-3 et des ordonnances.
Un dernier mot sur l’incroyable faute déontologique et le manque d’esprit laïque du président de la République. Comment Monsieur Hollande a-t-il considéré les devoirs de sa fonction lorsqu’il a violé la réserve qu’il avait annoncé vouloir respecter, n’étant pas candidat ni chef de parti mais Président de tous les Français ? Ses accusations insensées, aux limites de la calomnie, sur la prétendue complicité de Jean-Luc Mélenchon avec Assad et Poutine, ou sa propension supposée dictatoriale, ont rompu l’égalité de traitement des candidats alors que la constitution lui faisait un devoir de la respecter. Décidément l’immunité présidentielle, elle aussi, devra être revue par la sixième République dans le cadre de la moralisation de la vie politique !
Dernier ouvrage paru : Dictionnaire amoureux de la laïcité, Editions Plon. 
Henri Pena-Ruiz Philosophe, écrivain



À propos de la nature du libéralisme actuel, voici quelques extraits d’un article paru dans Mediapart sur un essai collectif tout récent publié par un groupe de chercheurs :

ESSAIS

 « Échapper à la grande régression »

2 MAI 2017 PAR JOSEPH CONFAVREUX

Le coordinateur de ce livre collectif écrit en introduction :
« Tout ce qui avait pu être écrit, il y a presque vingt ans de cela, sur les répercussions, alors encore à venir, de la globalisation, s’est avéré pour l’essentiel exact, sans que la moindre leçon en soit tirée pour autant. »

« Face à Trump ou Clinton, incarnations réciproques d’une extrémisation droitière ou d’une faillite libre-échangiste, le philosophe juge qu’une « politique de gauche à opposer à ces deux-là devrait consister à élaborer des traités internationaux d’un genre inédit : des accords visant à contrôler les banques, à instaurer des critères écologiques précis, à protéger les droits des travailleurs, à garantir à tous de mêmes soins de santé, à protéger les minorités sociales et ethniques, etc. La grande leçon du capitalisme global, c’est que les États-nations ne peuvent faire à eux seuls le travail – seule une entité politique internationale d’un type inédit serait, peut-être, à même de brider le capital global ».
À ce programme déjà (trop ?) vaste, le philosophe Bruno Latour ajoute une nouvelle pierre, dans ce qui constitue la contribution la plus lumineuse de l’ouvrage, en explorant les contours du « nouveau régime climatique » qui « balaye depuis longtemps toutes les frontières et nous expose à tous les vents, sans que nous puissions construire de murs contre ces envahisseurs-là. Si nous voulons défendre nos identités, il va falloir identifier ces migrants sans forme ni nations qu’on appelle climat, érosion, pollution, épuisement des ressources, destruction des habitats. Même en scellant les frontières aux réfugiés sur deux pieds, jamais vous n’empêcherez les autres de passer ».
Pour le philosophe, nous sommes face à une situation, où, pour « reprendre la métaphore éculée du Titanic : les gens éclairés voient l’iceberg arriver droit sur la proue, savent que le naufrage est assuré, s’approprient les canots de sauvetage ; demandent à l’orchestre de jouer assez longtemps des berceuses pour qu’ils profitent de la nuit noire pour se carapater avant que la gîte excessive alerte les autres classes ! ». Cette configuration permet de comprendre que « ce que l’on appelle à partir des années 1980 la “dérégulation” et le “démantèlement de l’État-providence” ; à partir des années 2000 le “climato-négationnisme” et, surtout, depuis quarante ans, l’extension vertigineuse des inégalités, que tout cela participe au même phénomène : les élites ont été si bien éclairées qu’elles ont décidé qu’il n’y aurait pas de vie future pour tout le monde, qu’il fallait donc se débarrasser au plus vite de tous les fardeaux de la solidarité – c’est la dérégulation ; qu’il fallait construire une sorte de forteresse dorée pour les quelques pour cent qui allaient pouvoir s’en tirer – c’est l’explosion des inégalités ; et que pour dissimuler l’égoïsme crasse d’une telle fuite hors du monde commun, il fallait absolument nier l’existence même de la menace à l’origine de cette fuite éperdue – c’est la dénégation de la mutation climatique ».

Voici une très éclairante approche du dilemme scélérat qui nous est proposé, qui rme convient d’autant plus qu’elle rappelle opportunément les vertus du silence :

04/05/2017 10:24 PAR DIOGÈNE DE TOURS EN RÉPONSE AU COMMENTAIRE DE THEORTIE LE 04/05/2017 02:53
 

 
PUISSANCE DU SILENCE

LE « CHOIX DE SOPHIE » ET LE « SILENCE DE LA MER »

Vous connaissez toutes et tous, sans doute, l’argument dit du « choix de Sophie » : une jeune maman est prisonnière, aux mains d’un salaud quelconque (SS ou similaire, en n’importe quelle armée ou milice) qui la désire et qui a pouvoir de vie ou de mort. Elle a deux enfants, et le salaud lui dit qu’un seul enfant sur les deux peut être sauvé, et il lui demande de choisir lequel. Apparemment, la situation est sans issue pour Sophie : il lui faut répondre, mais sa réponse ne peut que la détruire à ses yeux en tant que mère. Et le salaud jouit atrocement du piège qu’il a ainsi monté.
Beaucoup d’esprits bavards ont glosé sur ce « choix de Sophie ». Peu ont reconnu que Sophie, de toutes façons, garde aussi le choix du silence, et que ce silence est - logiquement et moralement - le meilleur choix. Car, seul le silence protège l’infime chance qui lui reste, et qui peut à la fois la sauver pour elle- même, à ses yeux, et sauver ses deux enfants. Chance infime, oui, car le plus probable est, bien sur, qu’ils meurent tous les trois dans un délai plus ou moins court. La probabilité qu’elle et ses enfants meurent est la plus forte, quelle que soit ce qu’elle décide, vu les circonstances et le cynisme atroce du salaud dont il serait vraiment stupide de croire qu’il peut simplement respecter sa parole.
Comment, en effet, un salaud pourrait-il être crédible, sinon selon sa propre saloperie ? Un salaud jouit d’abord de sa puissance, et il ne se sent jamais aussi puissant que lorsqu’il tue. Sophie le sait. Sa puissance à elle est dans le refus de jouer à ce jeu pervers. Si elle et ses enfants meurent, il faut alors que cela soit du seul fait du salaud. Non de son fait à elle. Son silence, et seulement son silence, renverra au salaud sa responsabilité. Elle ne donc doit rien dire. Surtout ne pas répondre. Ne jamais dire un mot. C’est difficile, mais face au « silence de la mer », c’est le salaud – et lui seul - qui devra choisir. Et il aura perdu dans le plus ignoble de son désir : faire entrer Sophie dans le choix de tuer. Mais Sophie, paniquée, fait le choix. Elle sacrifie sa fille de 7 ans, voulant garder son fils. Le reste de sa vie sera un enfer, et elle ne saura même pas ce que deviendra son fils.
On ne prend jamais assez conscience de la puissance du silence face aux multiples situations où l’on nous impose de parler immédiatement, et de choisir une chose plutôt qu’une autre ; où on tente de nous faire le coup du « devoir », de choisir obligatoirement entre deux issues mauvaises. On veut souvent nous faire croire que le choix du silence est impossible. Mais c’est une tromperie répugnante : la vertu extraordinaire du silence est qu’elle renvoie à ceux qui l’ont plus ou moins manigancé la perversité originelle du choix imposé. Et le choix du silence, s’il est maintenu malgré toutes les pressions, n’est finalement pas plus risqué, loin de là, que de succomber à choisir soi-même le pire.
Imaginons ainsi un pays dont le roi est élu pour cinq ans avec pratiquement tous les pouvoirs, y compris celui de nommer lui-même les juges. Un tel pays, çà n’existe pas, évidemment, c’est juste pour donner un exemple de pire. Dans ce pays, imaginons que l’absurdité aille jusqu’à imposer le choix final du roi-pour- cinq-ans entre les deux candidats au trône arrivés en tête au premier tour de scrutin. Ces deux-là uniquement, même s’ils n’ont pas obtenu ensemble la moitié des voix ! Evidemment, croire une telle chose possible dans la réalité est le comble du pessimisme. Encore une fois, c’est juste pour renforcer par l’exemple du pire la pédagogie de l’opportunité du silence.
Allons donc encore plus loin dans l’imagination purement pédagogique : disons que l’un des deux candidats représente la fureur exacerbée, devenue malveillante, de ceux et celles qui sont réellement frustrés par les accaparements toujours plus grands, et eux aussi malveillants, de ceux et celles qui soutiennent l’autre candidat... Dans ces conditions on ne peut plus grotesques, absurdes (et heureusement invraisemblables) le choix par le vote ne semble plus que de poursuivre, par l’un ou par l’autre - « one more time » - le cercle vicieux opposant toujours plus les uns aux autres. Or, penser devoir voter ainsi, c’est oublier qu’il reste aussi le choix du silence. On peut encore choisir le silence qui montre de façon évidente, et impressionnante, ce que l’on pense au fond de ce « jeu de cons » électoral.
Certes, dans cette étude de cas ô combien théorique, grâce à Dieu, l’un ou l’autre des candidats sera officiellement le roi-pour-cinq-ans. Mais, le silence massif des électeurs aura parlé. On n’a jamais connu de roi dans l’Histoire - ni pour cinq ans, ni pour la vie - qui ait vraiment su comment répondre, sans craindre pour sa tête ou son cul, au peuple.

 
Le point de vue d’Onfray, avant le « débat » :

LE FIGARO : MICHEL ONFRAY : « CETTE ÉTRANGE PERVERSION QUI CONSISTE À NOURRIR LE MONSTRE LE PEN QU’ON PRÉTEND COMBATTRE »
28-04-2017
INTERVIEW - Le philosophe analyse les résultats du premier tour de l’élection présidentielle et notamment le score important réalisé par le Front national. Il considère que le parti de Marine Le Pen est moins combattu qu’utilisé comme épouvantail pour que rien ne change.
LE FIGARO. - En 2002, après l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle vous avez fondé l’université populaire. 15 ans plus tard, Marine Le Pen est au second tour. Êtes-vous surpris ?
Michel ONFRAY. - Pas du tout car ce qui a rendu possible la famille Le Pen depuis un quart de siècle que dure cette saga n’a été ni attaqué ni combattu. Au contraire : ce qui a généré son succès a même été amplifié. On ne combat pas cette résistible ascension par la diabolisation, mais en asséchant le marais qui nourrit leurs ambitions. En l’occurrence avec une politique vraiment de gauche en faveur des gens modestes.
Qu’est-ce qui explique cette étrange perversion qui consiste à nourrir le monstre qu’on prétend combattre ? Une raison bien simple : ceux qui tapent sur elle mais épargnent ce qui la rend possible font très exactement partie de ce qui la rend possible.
Je m’explique : quand Mitterrand est élu en 1981, le FN est en dessous de 1%. Aujourd’hui, Marine Le Pen arrive à la deuxième place du premier tour avec plus de 20% des suffrages et il faut que tous se liguent contre elle, droite et gauche confondues, pour qu’elle ne soit pas élue.
Marine Le Pen peut dire merci à nombre de gens qui l’ont rendue possible depuis si longtemps : à tout seigneur tout honneur, commençons par François Mitterrand qui, en renonçant à la gauche avec son tournant libéral en 1983 et en renonçant également à toute souveraineté, donc à toute possibilité de faire de la politique avec Maastricht en 1992, a vidé la gauche de sa substance et laissé les pleins pouvoirs aux marchés ; merci à tous les socialistes qui ont avalisé ce virage à droite de leur camp et voté « Oui » à Maastricht, dont un certain Jean-Luc Mélenchon ; merci au PCF qui , pour des raisons boutiquières (il lui fallait payer ses cadres et ses permanents...) s’est contenté d’une opposition verbale pendant qu’il collaborait la nuit à cette politique qu’il dénonçait le jour ; merci au même Mitterrand qui a promu comme nouveau modèle de gauche l’homme d’affaires bien connu des tribunaux et des gardiens de prison, Bernard Tapie, avec un message simple : l’argent est le dieu des temps moderne, le patron est son prophète et la gauche à son service ; merci à Serge July et, déjà, à Laurent Joffrin qui, en 1984, dans Libération , ont fait une mémorable opération marketing et politique avec une « une » intitulée : « Vive la crise ! » dans laquelle Yves Montand, un ancien stalinien reconverti dans la gauche caviar, fustigeait les chômeurs coupables de ne pas créer leurs entreprises et morigénait ces salauds de pauvres coupables d’être des assistés ; merci à Terra Nova, le think tank de cette gauche de droite qui, en 2012, faisait circuler une note stipulant qu’il fallait abandonner les ouvriers, le prolétariat, les précaires au Front national, où ils étaient de toute façon déjà partis (la faute à qui ? À ces gens-là...) pour se concentrer sur un autre cœur de cible comme on dit : le peuple de substitution issu de la pensée structuraliste - homosexuels, LGBT, immigrés, fumeurs de pétards, les bobos contre les prolos ; merci à cette gauche qui, en bon soldat du capitalisme soucieuse de disposer d’une main d’œuvre bon marché, a adoubé l’immigration comme « une chance pour la France » et qui a généré cette hyper-prolétarisation d’un monde dont l’avant-garde a imaginé le salut dans un islam politique ennemi de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, de la laïcité, du féminisme ; merci à la gauche caviar et à la droite cassoulet, à l’époque Hollande et Chirac, puis Sarkozy, d’avoir méprisé le peuple quand, en 2005, il a voté « Non » à la formule libérale de l’Europe et qu’en 2008 ces branquignols lui ont tout de même imposé cette Europe en mobilisant les représentants du peuple contre le peuple, ce qui fut perçu par les nonistes comme un coup d’État, un véritable déni de démocratie ; merci aussi à tous les va-t-en guerre qui, derrière BHL, Kouchner, Pierre Bergé, Valls, tous ralliés à Macron, ont justifié et légitimé toutes les guerres qui ont détruit des États laïcs musulmans comme l’Irak et la Libye. Ces guerres ont généré une anarchie à l’origine des flux migratoires partout en Europe, de milliers de morts en Méditerranée, et de quatre millions de morts musulmans sur la planète ; merci à Pierre Bergé qui a clairement dit que les femmes pauvres n’avaient qu’à louer leurs utérus aux riches qui voulaient acheter un enfant et qu’il s’agissait d’un progrès de gauche...
On comprend qu’aucun de ceux qui ont ainsi rendu possible Marine Le Pen ne puisse faire autre chose que la transformer en diable alors qu’ils ont nourri consciencieusement ce démon qu’ils prétendent haïr depuis un quart de siècle, mais qui leur est bien utile pour obtenir que la présidence de la République soit toujours assurée par l’un des leurs - un ami du capital...
Pour ma part, je n’ai rien soutenu en vingt-cinq ans qui l’ait rendue possible...
En 2002, vous aviez refusé de défiler en compagnie « du patronat et de l’Evêché » contre Jean-Marie Le Pen. Vous pensez que les manifestations et le front républicain ne sont pas efficaces ?
Tout ce petit monde joue à se faire peur et à faire peur et je ne suis pas du genre à avoir peur d’autre chose que de ce qui le mérite. Quand un candidat se trouve au second tour des présidentielles face à Le Pen, il est sûr d’être élu. Cette consultation est devenue une élection à un tour. Voilà pourquoi toute cette clique a besoin de cette femme et fait tout ce qu’il faut pour qu’elle soit présente au second tour.
Quant à l’appellation « front républicain », elle mérite au moins une remarque : quelles leçons républicaines ont à nous donner ceux qui ont tenu pour nul et non avenu un référendum qui ne leur convenait pas ? J’en vois peu qui sont habilités à donner des leçons de républicanisme dans ce fameux front...
Vous avez rédigé un carnet de campagne, La cour des miracles, (Éditions de l’observatoire) qui sortira au mois de mai. Comment qualifier cette campagne ?
Pitoyable, minable, nulle... Les véritables questions n’ont jamais été abordées : qui a parlé d’identité nationale ? De l’avenir de notre civilisation ? De propositions géostratégiques permettant de replacer la France dans le monde ? De projets haut-de-gamme pour notre pays dans le prochain quart de siècle ? Personne...
J’avais prédit sans grand risque que cette élection permettrait de changer d’homme mais pas de politique - qui est peu ou prou la même depuis 1983. Ce fut d’ailleurs la raison de mon abstentionnisme - pas question de voter pour une élection dont le résultat est connu à l’avance. Je ne me suis hélas pas trompé...
Diriez-vous que l’émotion, la morale, l’indignation ont pris le pas sur le raisonnement et l’art politique ?
Je dirais que cette présidentielle est une formidable machine à faire vendre du papier journal et du taux d’audience médiatique aux publicitaires. Pour ce faire, il faut la construire comme un feuilleton de télé-réalité sur le principe christique : annonciation (dépôt des candidatures), nativité (entrée dans les sondages), apparition (y compris sous forme d’hologramme...), prophéties (programmes), sermons (chiffrages de programme), prédications (le paradis sur terre en cas d’élection), homélies, prêches, procès (vestons offerts, attachés parlementaires payés pour autre chose, voitures de fonction après avoir quitté la fonction, piston pour les enfants, déclarations de fortune à trou...), tribunaux (médiatiques), condamnation (les « unes » de presse), crucifixion (cathodique), crachats (enfarinage, concerts de casseroles, jets d’œufs), passion (jour du scrutin), résurrection (élection) - avant le retour d’un nouveau prophète qui voudra être vizir à la place du vizir...
Mais tout cela est une fable. L’essentiel est ailleurs. Le Capital met en scène ces diversions qui lui permettent de rester dans l’ombre et d’oeuvrer à sa tâche tranquillement. Le lundi, c’est jour de reprise ; et rien n’a changé.

Deux réactions, après le consternant « débat » :

04/05/2017 11:52 PAR JEAN-MARC CONSTANT
Ce n’était pas un débat entre deux conceptions d’essence différente que l’on a vu hier soir, mais un combat absurde comme l’opposition des deux mâchoires d’un étau, entre deux entités d’une même logique : la réunion physique (le « corps à corps ») de l’Effet avec la Cause servie « en même temps » sur un même plateau. Un aspect « match de catch » avec tout l’artifice requis destiné à nous la jouer sur le mode différence. Quand MLP envoie à EM qu’il ne fait que défendre le plus fort, qui pourrait dire le contraire ? Seulement le boomerang revient illico en pleine poire de la valseuse de Vienne, héritière du GUD, Occident et autres doux nervis. On s’en voudra du plaisir malsain ressenti parfois à l’énoncé de ce genre de vérités multipliables par deux, déplorant surtout amèrement que notre pays en soit là, à choisir entre la mort ou le coup à échéance mortel.

CAUSEUR : MACRON-LE PEN : INDIGNES !
04-05-2017
Un débat à la hauteur de la campagne qui l’a précédé
On aurait aimé en plaisanter. On aurait aimé dire qu’on attendait patiemment que l’un des deux protagonistes explique à l’autre quelle était sa recette du pot au feu, comme dans le film La gueule de l’autre.
Mais à vrai dire, on n’a pas le cœur d’en plaisanter. Car il devait s’agir du débat entre deux personnalités concourant pour la magistrature suprême de la cinquième puissance mondiale. Au lieu de cela, nous avons assisté à un spectacle indigne. Même un débat sur une chaîne info en plein été à onze heures du soir entre éditorialistes de troisième zone aurait été de meilleure qualité.
Ce débat était à l’image de cette « recomposition low-cost » dont nous avons ici décrit la mise en place. La véritable recomposition avait trop attendu. Elle disposait, au moment où elle devait intervenir, sans doute il y a quinze ou vingt ans, de personnalités à la hauteur, cultivées et complexes. Les vieux partis, accrochés à leurs prébendes, l’ont retardée avant de subir l’énorme échec du premier tour de cette élection présidentielle. Nous en récoltons le résultat : une foire d’invectives entre deux personnages caricaturaux et manifestement indignes de la fonction présidentielle.
L’abstention leur dit merci !
Mais que pouvions-nous attendre d’autre, au terme de la pire campagne présidentielle de la Ve République, naviguant entre le pathétique et le grotesque ? Après le débat, les journalistes sur les plateaux avaient beau jeu de fustiger ce spectacle affligeant. Notre presse ne fut guère à la hauteur et a contribué grassement à la mise en scène de ce naufrage du débat public. Rappelons-nous l’émission-phare du service public de télévision, « L’Emission politique », avec ses invités-mystères, ses clashs prémédités et son cynique et irresponsable Monsieur Loyal, David Pujadas. Ce dernier avait d’ailleurs l’eau à la bouche avant le face-à-face d’hier soir, en empruntant à la sémantique du commentaire sportif.
On peut prévoir que l’abstention ne soit pas découragée dimanche prochain après l’écoeurement suscité par cette foire d’empoignes. Reste à savoir quel camp sera le plus démobilisé. Quel que soit le vainqueur, même si Emmanuel Macron semble le plus probable, on peut légitimement se demander s’il est raisonnable de lui envoyer une majorité à l’Assemblée nationale. Nous en sommes là : voir dans une France ingouvernable un moindre mal. Et tout cela dans un monde dangereux. Hier soir, je me suis souvenu de Philippe Séguin posant il y a bien longtemps le diagnostic sur notre démocratie malade et sur notre crise morale. Nous sommes en phase terminale.
Source :
David Desgouilles Blogueur et romancier. - Publié le 04 mai 2017 / Politique (http://www.causeur.fr/debat-macron-le-pen-presidentielle- 44132.html)http://www.causeur.fr/debat-macron-le-pen- presidentielle-44132.html (http://www.causeur.fr/debat-macron-le- pen-presidentielle-44132.html)

Sur la nature du libéralisme actuel, un texte de l’an dernier, plus que jamais d’actualité :

« Libéralisme et fascisme constituent les deux versants profondément interconnectés du système mondial capitaliste. » Nancy Fraser, philosophe

 LE NÉOLIBÉRALISME EST UN FASCISME

Manuela Cadelli,
présidente de l’Association Syndicale des Magistrats de Belgique

Mis en ligne jeudi 3 mars 2016, 10h02
La carte blanche de Manuela Cadelli, présidente de l’Association syndicale des magistrats.

Le temps des précautions oratoires est révolu ; il convient de nommer les choses pour permettre la préparation d’une réaction démocrate concertée, notamment au sein des services publics.
Le libéralisme était une doctrine déduite de la philosophie des Lumières, à la fois politique et économique, qui visait à imposer à l’Etat la distance nécessaire au respect des libertés et à l’avènement des émancipations démocratiques. Il a été le moteur de l’avènement et des progrès des démocraties occidentales.

Le néolibéralisme est cet économisme total qui frappe chaque sphère de nos sociétés et chaque instant de notre époque. C’est un extrémisme.
Le fascisme se définit comme l’assujettissement de toutes les composantes de l’État à une idéologie totalitaire et nihiliste.
Je prétends que le néolibéralisme est un fascisme car l’économie a proprement assujetti les gouvernements des pays démocratiques mais aussi chaque parcelle de notre réflexion. L’État est maintenant au service de l’économie et de la finance qui le traitent en subordonné et lui commandent jusqu’à la mise en péril du bien commun.

L’austérité voulue par les milieux financiers est devenue une valeur supérieure qui remplace la politique. Faire des économies évite la poursuite de tout autre objectif public. Le principe de l’orthodoxie budgétaire va jusqu’à prétendre s’inscrire dans la Constitution des Etats. La notion de service public est ridiculisée.
Le nihilisme qui s’en déduit a permis de congédier l’universalisme et les valeurs humanistes les plus évidentes : solidarité, fraternité, intégration et respect de tous et des différences. Même la théorie économique classique n’y trouve plus son compte : le travail était auparavant un élément de la demande, et les travailleurs étaient respectés dans cette mesure ; la finance internationale en a fait une simple variable d’ajustement.

Déformation du réel
Tout totalitarisme est d’abord un dévoiement du langage et comme dans le roman de Georges Orwell, le néolibéralisme a sa novlangue et ses éléments de communication qui permettent de déformer le réel. Ainsi, toute coupe budgétaire relève-t-elle actuellement de la modernisation des secteurs touchés. Les plus démunis ne se voient plus rembourser certains soins de santé et renoncent à consulter un dentiste ? C’est que la modernisation de la sécurité sociale est en marche.
L’abstraction domine dans le discours public pour en évincer les implications sur l’humain. Ainsi, s’agissant des migrants, est-il impérieux que leur accueil ne crée pas un appel d’air que nos finances ne pourraient assumer. De même, certaines personnes sont-elles qualifiées d’assistées parce qu’elles relèvent de la solidarité nationale.

Culte de l’évaluation
Le darwinisme social domine et assigne à tous et à chacun les plus strictes prescriptions de performance : faiblir c’est faillir. Nos fondements culturels sont renversés : tout postulat humaniste est disqualifié ou démonétisé car le néolibéralisme a le monopole de la rationalité et du réalisme. Margaret Thatcher l’a indiqué en 1985 : « There is no alternative ». Tout le reste n’est qu’utopie, déraison et régression. Les vertus du débat et de la conflictualité sont discréditées puisque l’histoire est régie par une nécessité.
Cette sous-culture recèle une menace existentielle qui lui est propre : l’absence de performance condamne à la disparition et dans le même temps, chacun est inculpé d’inefficacité et contraint de se justifier de tout. La confiance est rompue. L’évaluation règne en maître, et avec elle la bureaucratie qui impose la définition et la recherche de pléthore d’objectifs et d’indicateurs auxquels il convient de se conformer. La créativité et l’esprit critique sont étouffés par la gestion. Et chacun de battre sa coulpe sur les gaspillages et les inerties dont il est coupable.

La Justice négligée
L’idéologie néolibérale engendre une normativité qui concurrence les lois du parlement. La puissance démocratique du droit est donc compromise. Dans la concrétisation qu’ils représentent des libertés et des émancipations, et l’empêchement des abus qu’ils imposent, le droit et la procédure sont désormais des obstacles.
De même le pouvoir judiciaire susceptible de contrarier les dominants doit-il être maté. La justice belge est d’ailleurs sous-financée ; en 2015, elle était la dernière d’un classement européen qui inclut tous les états situés entre l’Atlantique et l’Oural. En deux ans, le gouvernement a réussi à lui ôter l’indépendance que la Constitution lui avait conférée dans l’intérêt du citoyen afin qu’elle joue ce rôle de contre-pouvoir qu’il attend d’elle. Le projet est manifestement celui-là : qu’il n’y ait plus de justice en Belgique.

Une caste au-dessus du lot
La classe dominante ne s’administre pourtant pas la même potion qu’elle prescrit aux citoyens ordinaires car austérité bien ordonnée commence par les autres. L’économiste Thomas Piketty l’a parfaitement décrit dans son étude des inégalités et du capitalisme au XXIe siècle (Seuil 2013).
Malgré la crise de 2008, et les incantations éthiques qui ont suivi, rien ne s’est passé pour policer les milieux financiers et les soumettre aux exigences du bien commun. Qui a payé ? Les gens ordinaires, vous et moi.
Et pendant que l’État belge consentait sur dix ans des cadeaux fiscaux de 7 milliards aux multinationales, le justiciable a vu l’accès à la justice surtaxé (augmentation des droits de greffe, taxation à 21 % des honoraires d’avocat). Désormais pour obtenir réparation, les victimes d’injustice doivent être riches.
Ceci dans un Etat où le nombre de mandataires publics défie tous les standards mondiaux. Dans ce secteur particulier, pas d’évaluation ni d’études de coût rapportée aux bénéfices. Un exemple : plus de trente ans après le fédéralisme, l’institution provinciale survit sans que personne ne puisse dire à quoi elle sert. La rationalisation et l’idéologie gestionnaire se sont fort opportunément arrêtées aux portes du monde politique.

Idéal sécuritaire
Le terrorisme, cet autre nihilisme qui révèle nos faiblesses et notre couardise dans l’affirmation de nos valeurs, est susceptible d’aggraver le processus en permettant bientôt de justifier toutes les atteintes aux libertés, à la contestation, de se passer des juges qualifiés inefficaces, et de diminuer encore la protection sociale des plus démunis, sacrifiée à cet « idéal » de sécurité.

Le salut dans l’engagement
Ce contexte menace sans aucun doute les fondements de nos démocraties mais pour autant condamne-t-il au désespoir et au découragement ?
Certainement pas. Voici 500 ans, au plus fort des défaites qui ont fait tomber la plupart des Etats italiens en leur imposant une occupation étrangère de plus de trois siècles, Nicolas Machiavel exhortait les hommes vertueux à tenir tête au destin et, face à l’adversité des temps, à préférer l’action et l’audace à la prudence. Car plus la situation est tragique, plus elle commande l’action et le refus de « s’abandonner » (Le prince, chapitres XXV et XXVI).
Cet enseignement s’impose à l’évidence à notre époque où tout semble compromis. La détermination des citoyens attachés à la radicalité des valeurs démocratiques constitue une ressource inestimable qui n’a pas encore révélé, à tout le moins en Belgique, son potentiel d’entraînement et sa puissance de modifier ce qui est présenté comme inéluctable. Grâce aux réseaux sociaux et à la prise de parole, chacun peut désormais s’engager, particulièrement au sein des services publics, dans les universités, avec le monde étudiant, dans la magistrature et au barreau, pour ramener le bien commun et la justice sociale au cœur du débat public et au sein de l’administration de l’État et des collectivités.
Le néolibéralisme est un fascisme. Il doit être combattu et un humanisme total doit être rétabli.

Pour finir, en complément du texte qui précède, ce rappel indispensable du fait évident que dans le monde actuel les pouvoirs même quand ils se disent démocratiques n’informent pas, ils communiquent et manipulent :

 La "Fabrique du consentement" et la démocratie



Dans Public Opinion (1922), Lippmann étudie la manipulation de l’opinion publique.
Selon lui, pour « mener à bien une propagande, il doit y avoir une barrière entre le public et les évènements » Il décrit alors l’avenir qu’il entrevoit. Il conclut que la démocratie a vu la naissance d’une nouvelle forme de propagande, basée sur les recherches en psychologie associées aux moyens de communications modernes. Cette propagande implique une nouvelle pratique de la démocratie. Il utilise alors l’expression « manufacture of consent » qui signifie littéralement la « fabrique du consentement :

"Le peuple est un troupeau égaré, bien trop émotif, incapable de s’occuper de ses propres affaires, et qui doit-être encadré, contrôlé et conduit par une avant garde, une élite de décideurs éclairés.
Les gens doivent être détournés vers des buts inoffensifs.
Il faut les noyer sous une masse d’informations qui ne leur laisse pas le temps de réfléchir.
Il faut les persuader qu’ils sont incapables de provoquer des changements, il faut les convaincre que la révolte entraîne toujours le pire.
Il faut les faire voter de temps à autre, leur donner l’illusion de décider, l’illusion nécessaire."
 
*Walter Lippmann né à New York le 23 septembre 1889, mort le 14 décembre 1974, penseur et commentateur politique américain.

dimanche 30 avril 2017

VOTER MACRON OU S’ABSTENIR : CHOISIR ENTRE DISCOURS CREUX ET PAROLE HABITÉE

Je reçois à l’instant d’un ami ce beau et fort texte de Dimitris Alexakis. Il formule clairement l’essentiel de ce que nous pouvons répondre aux tenants de l’oligarchie néo-libérale mondialisée quand ils entament l’infâme ritournelle du chantage aux "valeurs". Il est passionnant et très instructif de comparer le texte de Cornu (vous le trouverez ci-dessous à la suite de celui d’Alexakis, vous pourrez ainsi juger sur pièces !) et celui qui suit. Leur confrontation met en lumière ce qui sépare un discours creux d’une parole habitée, et les artifices d’une rhétorique tournant à vide de l’analyse lucide d’une situation réelle. Cornu cherche à imposer une norme et une conduite, Alexakis tente de partager un point de vue et l’engagement qu’il détermine. Le premier parle du haut d’une chaire, le second du fond du cœur, Cornu veut répondre à notre place à une question qu’Alexakis se pose et nous pose.

C’est toute la différence entre un tenant de l’oligarchie et un amoureux de la démocratie.

 FACE AU CHANTAGE : À PROPOS DU 7 MAI 2017

Je n’aurai pas le temps de lire aujourd’hui d’autres articles, d’autres études sociologiques, d’autres analyses et d’autres déclarations, il faut garder la petite, préparer le travail du soir, écrire le texte que je devais rendre le 25 avril et dont la remise a été reportée au 2, mais j’en sais déjà assez, je crois. Il faudra bien que je me passe des analyses d’Emmanuel Todd (que j’aimerais lire mais qui sont en accès payant : quelqu’un pourrait-il les publier sur sa page ? sur son profil ?), et de tant d’autres— il arrive forcément un moment où l’on doit décider seul, avec ce que l’on a, ce que l’on sait en l’état et ce que l’on est.

Je sais quelque chose, même si cela fait longtemps que je n’ai plus le temps de lire et de m’informer autant que je le voudrais (de lire comme à 15 ans, à 20 ans ou à 30) : je sais que la montée du FN n’a cessé d’accompagner l’abandon déclaré, assumé, des classes populaires, des « bastions ouvriers », des chômeurs que les ouvriers de naguère tendent de plus en plus massivement à devenir depuis le tournant des années 80, ne cessent de devenir encore, à Florange, Amiens, Saint-Nazaire, des jeunes travailleurs précaires qui se sont démultipliés dans un champ du travail de moins en moins lisible à partir du milieu des années 70 et aussi, et peut-être avant tout, du monde rural, par les partis et l’ensemble des gouvernements qui se sont succédés depuis 1981 comme par toute une frange de la population (des « classes moyennes éduquées », pour parler à traits larges, et des intellectuels, de ceux qui sont avant tout possesseurs d’un capital culturel, de ceux qui, à un moment de leur vie ou tout au long de leur vie, ont eu le temps de lire).

Je sais que l’alternative qui nous est aujourd’hui proposée (entre la finance ou le fascisme) est une forme particulièrement viciée, particulièrement perverse de reconduction de ce pacte passé dès les premières années du gouvernement socialiste (1983) entre ces mêmes classes moyennes, les professions libérales et le patronat, sur le dos de ceux qui ne possèdent pas de capital et, en particulier, pas de capital culturel.

Je sais que, par rupture avec toute une partie du mouvement ayant suivi Mai 68, l’écrasante majorité des intellectuels « de gauche » a, à un moment crucial, pris le parti ou décidé de se retirer du jeu, de la construction de solidarités entre les classes, de l’organisation de transferts et d’échanges réciproques de savoir permettant de bâtir des luttes entre pratiques ouvrières, agricoles et savoir livresque, théorie, réflexion collective, création d’espaces pour un discours et une expérience politique en commun entre l’usine, les champs et l’université : de cesser d’incarner un point de connexion, de jonction, entre classes populaires et classes passées par l’université (et cela vaut autant pour le monde de la production industrielle que pour le monde rural ; mais aussi, de manière chaque jour plus aiguë, de la solidarité en acte avec les migrants).

Je sais que la reconduction de ce pacte marqué par l’égoïsme bourgeois le plus étroit ne peut plus aujourd’hui se prévaloir, s’il l’a jamais pu, de cette caution morale qu’était jusqu’à présent censée lui apporter l’injonction du « tous ensemble contre le fascisme », en premier lieu parce que la gauche de gouvernement a transformé l’antiracisme en serpillière de ses opportunismes et de ses reniements, en second lieu parce qu’aucune réflexion sociale n’a jamais accompagné aucun « sursaut républicain ». Privé de toute véritable réflexion sur les causes sociales de la montée de l’extrême-droite, cet antiracisme-là (celui de SOS Racisme comme des grandes manifestations unitaires des années 90 — mais certainement pas celui, dans notre enfance, de la belle marche pour l’égalité) n’a jamais été qu’une passoire, qu’un crible ne faisant dans le fond barrage à rien — la preuve en est apportée aujourd’hui, de la façon la plus critique, la plus criante et, au vrai, la plus dramatique qui soit.

Je sais aussi quelque chose du racisme profond qui habite depuis des décennies la société française. Je ne devais pas avoir 8 ans lorsque le gardien de notre ILM (Immeuble à loyer modéré) de Place des Fêtes m’a menacé un jour de me renvoyer dans mon pays « avec un coup de pied dans le cul » — et cette remarque m’a certainement marquée à vie. Dans l’immeuble de la rue du docteur Potain où nous avons grandi, mon frère et moi, nos amis s’appelaient Bichara, Céline, David, Samuel, Reda, Karim, Eric, Basile, Lamine, Stratos, Frédéric, Moussa, Aïssatou, Heidi. Je me souviens des bavures et du mot ratonnades dont l’écho a suivi toute notre adolescence, et des noms. Je me rappelle avoir, quelques années plus tard, été saisi à la gorge par un policier du commissariat du Forum des Halles et soulevé, contre le mur, au bord de l’asphyxie : je venais de protester et de m’opposer à un contrôle d’identité humiliant. Je sais quelque chose de ce racisme : je l’ai reçu dans la face comme une insulte, très jeune, je l’ai senti se refermer sur ma gorge — moi qui suis pourtant, comme le disait Pasolini, « un petit bourgeois », un privilégié, quelqu’un que les livres protègent, quelqu’un qui, en cas de démêlés avec la justice, aura plus de chances d’échapper à l’incarcération que, par exemple, la plupart de nos amis d’enfance.

Je sais aussi, pour avoir vécu en Grèce ces quinze dernières années, que l’alternative Macron / Le Pen est une nouvelle forme du non-choix auxquels les Grecs, singulièrement, ont été confrontés en juillet puis en septembre 2015. Le chantage exercé alors sur le peuple grec par l’Eurogroupe consistait à faire jouer la menace d’une sortie en catastrophe de l’euro et de l’effondrement, du jour au lendemain, du système bancaire. Le chantage exercé aujourd’hui sur le peuple français est peut-être plus violent encore, car il utilise une arme de nature éthique, ou morale : votez pour la finance afin de faire obstacle à l’horreur, au parti de la haine de l’autre. Votez pour les plans d’austérité que nous vous infligerons, car vous n’avez plus le choix.

Mais la finance n’est-elle pas, aussi, un parti de la haine ? De la haine des pauvres, des réfugiés, des ouvriers, des chômeurs, des sans dents, des incultes ? Derrière le visage étrangement lisse d’Emmanuel Macron, ne faisons pas semblant de ne pas apercevoir les chiffres atroces et le réel des plans d’austérité, celui, notamment, de l’accroissement de la mortalité infantile et des suicides dans les pays du Sud, ni la réalité sordide des camps de réfugiés organisés en Grèce sous les auspices de l’Union européenne, ni le silence de ceux qui continuent de mourir en Méditerranée.

Le propre de la gouvernance néo-libérale est de nous contraindre à apposer notre signature à son programme de guerre sociale alors même que nous savons qu’il est dirigé contre nous, contre la société, contre ses solidarités les plus élémentaires. De lui donner notre aval, fût-ce sous la menace d’un chantage cru.

Quelle « caution morale » et quel assentiment subjectif apporter à un mouvement incarnant la destruction de plus en plus accélérée, à travers l’Europe, des classes populaires, de toute une partie des classes moyennes, mais aussi, à l’échelle mondiale, des ressources naturelles et de la planète elle-même ?

L’antiracisme quinquennal des classes dirigeantes françaises n’est fondamentalement que la caution morale d’un égoïsme et d’un cynisme de classe : le vernis dont les intellectuels et une grande partie de l’électorat socialiste tentent de recouvrir leur trahison historique.

Cet antiracisme-là doit finir, est fini : chacun le sait, tant son masque apparaît désormais craquelé, boursouflé, caricature ne pouvant même plus se prévaloir, par différence avec 2002, de la tradition républicaine.

Fascisme, austérité, silence. La seule issue, pour la gauche, consiste désormais à se tenir à distance des injonctions morales d’une hypocrisie absolue de ceux (journalistes, intellectuels organiques du capital) qui, en la pressant de se prononcer en faveur d’E. M., n’ont pas d’autre objectif que de la voir abjurer — ce qu’Alexis Tsipras, après six mois de gouvernement, s’est résolu à faire, et ce dont Jean-Luc Mélenchon s’est pour le moment heureusement bien gardé.

Elle est surtout de travailler à une nouvelle alliance de classes, de groupes sociaux, de fragments dispersés, désunis, de modes de travail, de modes d’être et de vie, de cultures (« nouvelle » dans le sens où le travail a, depuis les années 70, subi des transformations décisives), en faveur de la redistribution et de la justice sociale : contre une accumulation des richesses devenue proprement monstrueuse, pour leur partage, et pour la circulation du savoir à travers l’ensemble du champ social.

Nous sommes des milliers, en ce moment-même, à débattre (ou à nous déchirer) sur les décisions que nous prendrons le 7 mai, mais peut-être conviendrait-il d’abord de dire l’évidence : que les termes du débat sont faussés. Que ce débat est un piège, car il repose sur un chantage et sur l’appui objectif apporté depuis des décennies par l’establishment aux thèses de l’extrême-droite, au détriment des revendications de justice. (Favorisons la création du monstre, nourrissons-le, puis déclarons : Votez pour la finance, sans quoi nous sortirons le monstre de sa cage.) Ce débat vicié doit et peut être, maintenant, radicalement dénoncé, contesté dans ses termes. L’alternative entre Macron et Le Pen est le symptôme le plus éclatant de la perversion profonde du système capitaliste contemporain, dans sa forme néo-libérale et (forcément) autoritaire. Nous ne devons pas nous résoudre à ce que « gouvernance » soit désormais, dans tout le continent européen, et au-delà, synonyme de « chantage ». Cette imposture doit être maintenant, aujourd’hui, dénoncée et ramenée à ses causes.
Alexakis poursuit sa réflexion ce dimanche, vous pouvez la suivre en cliquant sur ce lien :
LE FASCISME NE VIENT JAMAIS SEUL


 MOUVEMENT SOCIAL ET CRISE DÉMOCRATIQUE

29 AVR. 2017 PAR LES INVITÉS DE MEDIAPART ÉDITION : LES INVITÉS DE MEDIAPART`

Il s’agit en l’occurrence d’un universitaire, historien, Pierre Cornu.

« Qui peut prétendre trouver dans la haine de Francfort et de Bruxelles la continuité du mouvement social dans sa dimension historique ? Qui ne voit que la haine de l’oligarchie produit non des prises de la Bastille, mais des pogroms ? », s’interroge Pierre Cornu, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lyon, pour qui la gauche doit « défendre, envers et contre tout, les instruments de la démocratie et de la coopération européennes ».

Il se trouve donc, dans la France de 2017, des électeurs de gauche qui, confrontés, lors d’une élection présidentielle qui concentre tous les instruments de la raison d’État dans les mains d’une seule personne, au choix entre un candidat démocrate, libéral et pro-européen, et une candidate populiste, réactionnaire et nationaliste, restent sur leur quant à soi. Fort bien, suivons leur logique.

L’ennemi, pour ces électeurs, c’est la finance, l’oligarchie capitaliste. Hier bourreaux des peuples, aujourd’hui fossoyeurs de la planète, les « puissances d’argent » mènent le monde vers l’abîme. Emmanuel Macron a travaillé pour la banque Rothschild, il est soutenu par des industriels et des financiers, il serait donc l’ennemi. Marine Le Pen, elle, est l’héritière d’un instrument politique de captation du vote des perdants réels ou potentiels de la société de la compétition libérale, et dénonciateur obsessionnel de la finance et des élites « cosmopolites », le Front national. Elle serait donc, au regard de la lutte contre l’ennemi capitaliste, une simple concurrente. Confronté à un choix entre la figure de l’ennemi et celle de la concurrence, que faire ? Relire Marx, peut-être, et pourquoi pas Lénine aussi, qui lui, au moins, savait analyser froidement les rapports de force et ne se laissait pas griser par les moyens réclamés par ses fins.

Déçu des promesses non tenues de la social-démocratie, inquiet de la dégradation accélérée de l’habitabilité de la planète, l’électorat de gauche est en effet travaillé par un processus de radicalisation politique dont on peut comprendre les ressorts – la menace bien réelle que fait peser l’absolutisme du profit sur des équilibres sociaux et écosystémiques au bord du collapsus –, mais qui révèle de manière cruelle la misère philosophique de l’anticapitalisme contemporain, et sa propension désespérante à faire le jeu de son ennemi et le bonheur de ses adversaires. Certes, la complexité, c’est compliqué. Le monde interconnecté, hyper-technicisé, à la fois violemment conflictuel et puissamment syncrétique de ce début de XXIe siècle a de quoi faire perdre ses repères au militant socialiste et écologiste le plus convaincu. Mais les pères du socialisme, eux aussi, avaient affaire, dans leur propre entourage, à des dérives doctrinaires et à des tentations simplificatrices. Et c’est parce que leur œuvre avait un rapport exigeant à la vérité et à la durée qu’elle demeure féconde aujourd’hui encore. À condition, bien entendu, qu’elle soit véritablement lue et méditée, et pas seulement paraphrasée de manière approximative, ou transformée en millénarisme kitsch. Quant un enfant gâté de la globalisation renverse la table, il ne réalise pas un acte révolutionnaire, mais un caprice. Faut-il que la gauche française soit tombée si bas qu’elle se laisse emporter par un spontanéisme révolutionnaire à contre-temps et à contre-emploi, qui, la chronique des temps modernes l’atteste, n’a jamais produit que des désillusions sanglantes ? Et faut-il que les dirigeants de la gauche française aient oublié à ce point leur propre histoire pour s’imaginer qu’ils pourront tirer les marrons du feu d’une époque de haine de soi et d’autrui ?

La présente campagne électorale, dominée par la mise en scène d’un combat existentiel de tous les instants entre une nation désemparée et des intérêts acharnés à sa perte, porte en effet tous les stigmates du capitalisme postindustriel : inscrite dans l’économie de la consommation immatérielle, cette mise en scène du « match » entre populisme et oligarchie applique consciencieusement le marketing de l’industrie pornographique, qui consiste à capter l’énergie des individus pour la drainer et l’épuiser par des stimuli sans cesse plus puissants et plus destructeurs. Pour les promoteurs de cette déréalisation mortifère de la vie sociale, peu importent, d’ailleurs, les valeurs au nom desquelles les électeurs choisissent de détruire les instruments de la régulation démocratique, pourvu que celle-ci ne s’en relève pas et laisse le champ libre à une économie de la prédation généralisée. Que l’on écoute avec attention les discours anti-systèmes, « dégagistes » et purificateurs de cette campagne, la façon également dont des intellectuels et des cadres politiques renient leur position et leurs responsabilités pour se faire les porte-parole vengeurs des « damnés de la terre », c’est en effet une impression de jouissance morbide qui s’en dégage. Et l’observateur attentif ne peut que s’alarmer des similitudes objectives entre cette passion nihiliste et la bigoterie mesquine et haineuse qui se développe comme une épidémie du sous-continent indien aux États-Unis. Qui, en effet, peut prétendre trouver dans la haine de Francfort et de Bruxelles la continuité du mouvement social dans sa dimension historique ? Qui ne voit que la haine de l’oligarchie produit non des prises de la Bastille, mais des pogroms ?

Porteur des aspirations à la dignité des peuples, le mouvement social se nourrit depuis le XIXe siècle d’un juste équilibre entre réalisme et idéalisme, dans l’affirmation obstinée et incarnée de ce que le travail n’est pas une marchandise, et que la vie sociale n’est pas un marché. Par ses luttes, le mouvement social ne cherche pas à détruire, mais à bâtir la modernité ; non pas à réduire, mais à cultiver la liberté d’expérimenter, de créer, d’exprimer ; non pas à épurer l’existence humaine de toute jouissance, mais à lui imposer les principes de partage et, aujourd’hui, de souci de la durabilité. Les sciences et les techniques, la connaissance de l’homme et de la nature, les jeux de l’échange eux-mêmes, ne sont pas intrinsèquement des instruments d’oppression, comme une critique nihiliste de la modernité tendrait à le faire croire, mais les enjeux mêmes de la conquête démocratique.

Les mouvements réactionnaires, eux, se nourrissent depuis la même époque de l’anxiété générée par la dynamique de la modernité, et à chaque fois que l’opportunité s’en présente, cherchent à la transformer en panique autodestructrice, le plus souvent au profit de régimes répressifs, qui habillent d’une mythologie de pacotille leur entreprise de pillage des ressources du travail et de la nature. De fait, ce n’est que dans la panique qu’une société peut accepter la perte en rationalité qui lui permet de troquer ses intérêts de long terme contre la satisfaction émotionnelle d’un pur moment de destruction et d’aliénation à une figure fantasmatique de l’ordre, celle du chef providentiel – telle qu’elle se réinvente aujourd’hui en Turquie par exemple. Qui ne se souvient des désastres que causèrent au XXe siècle les échecs ou les trahisons du mouvement social face à cette chimère réactionnaire ?

Or, une analyse clinique de la situation sociale de la France et de l’Europe de ce début de XXI siècle oblige à considérer que le mouvement social se trouve dans un moment de grande faiblesse, en raison d’une part du processus de désindustrialisation et d’automatisation du travail, et d’autre part du développement de la consommation de masse, y compris et surtout de biens immatériels saturés de fausses significations qui inhibent le potentiel d’engagement collectif du corps social. Faut-il s’étonner, dès lors, que les adversaires objectifs du mouvement social encouragent les factions réactionnaires à capter son héritage par une stratégie d’hystérisation des rapports sociaux et de désignation opportuniste de nouveaux boucs émissaires – élites et minorités fondues dans une même altérité menaçante ?

Ainsi, quoi qu’en disent les prédicateurs de la repentance antilibérale, le désespoir aveugle qui semble saisir la société française n’est pas une réaction « naturelle » à la crise économique et sociale, il est produit, entretenu, dirigé. La désignation fantasmatique d’Emmanuel Macron, héritier d’un humanisme européen qui doit une bonne partie de son éthique politique au mouvement social, en ennemi de la nation, n’est pas un produit de l’analyse marxiste, mais du vichysme le plus rance. Nulle surprise à ce que l’extrême-droite se complaise dans cet imaginaire. Mais qu’une partie de la gauche, par aveuglement, ne voie plus dans la démocratie et dans les droits de l’homme que des à-côtés du libéralisme économique, et se place dès lors en alliée objective de la réaction – au seul profit de cette dernière –, voilà ce que l’on ne saurait accepter.

Que l’on ne se méprenne pas sur le sens de cette analyse politique. Les urgences sociales et environnementales sont bien réelles, les menaces géopolitiques hélas substantielles. Le mouvement social ne peut plus, comme naguère, considérer que le temps joue pour lui. La mythologie du progrès a vécu. Mais ce n’est pas en détruisant, dans un autodafé rageur, les instruments du traitement de la crise systémique qui touche le monde actuel – l’intelligence critique et prospective, les règles démocratiques, les institutions transnationales – que l’on va permettre de la dépasser. C’est au contraire parce que le futur proche se présente comme un abîme que l’on ne peut se permettre le luxe de détruire les institutions et les ressources existantes.

Que faire, donc, dans un contexte de pré-panique et de menace de perte collective en rationalité ? Ne pas donner raison à la déraison, ne pas jouer le jeu de l’adversaire, ne rien aliéner du capital symbolique du mouvement social. Résister, garder confiance, préparer son heure, dans une vie syndicale, associative, politique, scientifique et culturelle pleinement réinvestie, voici la mission historique d’un mouvement social national conscient des enjeux de l’époque et de l’échelle à laquelle les choses se jouent. Ce qui signifie, dans une élection présidentielle française scrutée par le monde entier comme un point de basculement décisif entre deux devenirs possibles, défendre, envers et contre tout, les instruments de la démocratie et de la coopération européennes, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté qui ne se résignent pas à la guerre de tous contre tous et qui croient encore en la puissance transformatrice de l’intelligence collective.

mercredi 26 avril 2017

ENTRE UN JOUEUR DE PIPEAU ET UNE MARCHANDE DE POISON, QUE CHOISIR ?

Si Macron n’est pas le candidat de la finance, je voudrais bien savoir pourquoi, le lendemain du premier tour qui le voit se qualifier, la Bourse prend d’un coup plus de 4% !

À y regarder d’un peu plus près, le joueur de flûte douce de l’Orchestre de la Mondialisation Heureuse me semble tout aussi facho et tout aussi dangereux que la grosse caisse de l’Orphéon des Fanfarons Nationaux.

Voilà un gugusse sorti de nulle part comme un lapin d’un chapeau par des prestidigitateurs marrons, vieux chevaux de retour du libéralisme le plus pervers, la Banque Rotschild, Attali, Minc, Hollande. Cet ectoplasme brillamment formaté, les médias assujettis au CAC 40 le font gonfler en quelques mois sous les yeux énamourés des ménagères de plus de 50 ans travaillées par une ultime poussée d’œstrogènes.
Sorti de nulle part ? Au fait, il n’aurait pas déjà un sacré bilan, le chérubin virginal à sa mémère ?
Peuple oublieux !
Somme toute, il a seulement inspiré la politique économique stupide et catastrophique du quinquennat qui s’achève (cas de le dire !), du désastreux CICE à la loi El-Komri, qui ne lui paraît pas aller assez loin dans la destruction du Code du Travail, en passant par la grotesque loi fourre-tout qui porte son nom.
Il a accepté et soutenu à peu près toutes les mesures antidémocratiques de ce quinquennat ignoble, de l’usage systématique du 49/3 aux lois liberticides.
Excusez du peu !
Pour un nouveau-né à peine sevré, il a déjà un sacré casier politique, notre angelot…

Et il compte bien l’embellir !
Lui Président, à peine arrivé au pouvoir après une campagne de parfait démagogue, noyant le poisson avec un sens du flou artistique digne de David Hamilton et caressant tout le monde dans le sens du poil, il compte gouverner par ordonnances.
Main de velours, mais gant de fer. C’est qu’il s’agira de faire au plus vite les réformes, je veux dire les régressions qu’attendent ses commanditaires de la haute finance mondialisée, à commencer par ses amis et soutiens, Bolloré, Niel, Drahi, Bergé, j’en passe et des moins pires.
Retraités ou travailleurs, si vous pouvez détacher un instant les yeux du doudou duveteux suavement parfumé Bernard Arnault avec lequel il vous chatouille les narines, jetez un œil à son bilan, et après regardez un peu plus en détail le programme de ce si attachant nounours.
Dites-moi ensuite les yeux dans les yeux que lui Président, ce ne sera pas Hollande en pire !

Mais ne me croyez pas sur parole, renseignez-vous sur l’innocent petit Emmanuel et sur sa fabrication par des médias désormais asservis.
Aude Lancelin, par exemple, vous en dit déjà beaucoup sur son blog avec l’article que voici :

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Je joins le lien vers son excellent blog :
Emmanuel Macron, un putsch du CAC 40

Et un lien vers un entretien décapant où elle met en lumière l’état actuel de la presse :
Une discussion avec Aude Lancelin sur l’état (désastreux) de la presse hexagonale

Pas question pour autant d’aller voter Le Pen !
Même si ce serait bien fait pour les salauds qui l’ont amené aux portes du pouvoir et veulent nous refaire le coup du « Tout sauf le FN » !
Tout sauf le FN, vraiment ? Ça veut dire quoi, au juste, ce « Tout sauf le FN ! » bramé par les bonnes consciences hypocrites ou naïves de l’élite autoproclamée ?
Si je comprends bien l’article mediapartien et assez martien publié avant-hier par Noël Mamère, nos élites sont archi corrompues et mènent depuis trente ans une politique injuste et catastrophique, mais il faut voter pour les maintenir en place afin d’éviter qu’arrive au pouvoir un parti fascisant qui, soit dit en passant, ne peut guère être tenu pour responsable du désastre actuel. Bref, soyons modernes, votons pour les salauds à la mode d’aujourd’hui contre les salauds ringards.
Je ne vote pas pour des salauds, d’où qu’ils viennent et où qu’ils prétendent me mener. Raison pourquoi j’avais refusé de choisir entre la peste Chirac et le choléra Le Pen en 2002, pour des raisons évidentes hélas amplement vérifiées par la suite, n’en déplaise à ceux qui confondent commodément bonne conscience et éthique.
J’approuve donc pleinement la position de Mélenchon, parfaitement cohérente avec sa vision du monde et son engagement, n’en déplaise au doucereux Tartuffe qu’est trop souvent le chroniqueur politique de France-Inter. Cohérente elle aussi, la Bourse, malgré le ridicule déni du chroniqueur « économique » de la même radio, a clairement indiqué hier que Macron est bien la divine surprise qu’espéraient les marchés.
Entre deux dangers mortels auxquels je ne peux me soustraire, je choisis le refus de choisir. Choisit-on entre la peste et le choléra ? Rien ne peut légitimement obliger un citoyen doué de raison à participer à un jeu de cons dont il sait pertinemment que les dés sont pipés.

À force de crier au loup…
Il n’est d’ailleurs peut-être pas mauvais de revenir un peu sur le bon usage, si j’ose dire, du Front National par les serviteurs de l’oligarchie financière mondialisée.
Cet usage, si profitable qu’il est devenu systématique, presque réflexe, des manipulations faussement habiles et réellement perverses initiées par le double (à tous les sens du terme) président Mitterand est désormais trop voyant, et explique en partie le rejet de plus en plus violent des partis au pouvoir au profit de l’extrême-droite, qui ne vaut pourtant pas mieux qu’eux, tant s’en faut. Au moins, disent avec une attendrissante ingénuité beaucoup d’électeurs qui votent FN, eux, on ne les a pas encore essayés. Voici donc ce que j’écrivais à ce propos il y a un an :

À force de se cacher derrière le Front National et de le diaboliser pour faire passer leurs turpitudes, les politiciens de droite et de gauche lui ont offert sur un plateau – sur tous les plateaux ! – une audience que ce parti à l’idéologie et au comportement odieux n’aurait jamais obtenue sans leur aide intéressée.
Ces calculs aussi savamment pervers qu’irresponsables ont permis de focaliser l’attention sur un éventuel danger futur en faisant du même coup oublier des dangers on ne peut plus présents.
Le FN est un parti d’extrême-droite, aucun doute là-dessus. Mais les politiques néo-libérales et leur loi de la jungle financiarisée constituent une forme bien plus moderne et dangereuse de totalitarisme, nous sommes en train de l’apprendre à nos dépens !
Car si je déteste le FN, je ne vois pas à quel titre on pourrait lui mettre sur le dos la folle et criminelle dérive libérale-nazie qui est en train de détruire aussi bien l’humanité que son environnement.
Les crises financières, c’est le FN ?
Le dérèglement climatique, c’est le FN ?
Les lois liberticides et autres états d’urgence, c’est le FN ?
Sivens, Notre-Dame-des-Landes, c’est le FN ?
Les centrales nucléaires pourries, le diesel, le compteur Linky, le WiFi, les perturbateurs endocriniens, les pesticides, c’est le FN ?
La vérité, c’est que le FN n’est que potentiellement dangereux, raison bien suffisante pour ne jamais voter pour lui, mais que l’oligarchie financière qui a peu à peu pris le pouvoir depuis une quarantaine d’années est très réellement, très mortellement dangereuse.
Au point d’être aujourd’hui en passe, avec notre lâche complicité, de nous détruire tous.

P.S : Je crois utile de rajouter ici un lien vers le très intéressant BILLET DE BLOG d’Olivier Tonneau sur Mediapart, suivi du commentaire que j’ai cru devoir lui adresser hier soir :

Face au FN : lettre aux Insoumis tentés par l’abstention

Pour l’essentiel, on ne peut qu’être d’accord, c’est un billet utile. Non pour m’amener à voter Macron, ce qui est hors de question, mais parce qu’il pose bien la problématique en jeu.

À un point près, qui détermine mon abstention : je crois qu’il y a une grave erreur de perspective à croire le FN plus dangereux que la mondialisation financière néo-libérale, que je considère comme la résurgence faussement policée des idéaux nazis, "racisme" compris, mais sous une autre forme (on change de bouc émissaire, mais il y a un bouc émissaire, tiens au hasard, le populisme). Macron est de la race des seigneurs, qui finit toujours, comme elle a généralement commencé, par être la race des saigneurs. Aujourd’hui, j’ai bien plus peur du GIGN que des trois douzaines de fascistes à gros bras que peut aligner le Front National, ce fascisme ringard et embourgeoisé. Macron, c’est du dur, et le système actuel, car il y en a bien un, qui s’installe de plus en plus ouvertement à travers la mondialisation numérique, est autrement solide et impitoyable que les partis "populistes" qu’il manipule à son profit, au risque un jour ou l’autre de se brûler les doigts (risque mineur, voir la façon dont industriels et financiers allemands ont réussi à éviter d’être entraînés dans la chute de leur poulain, laissant l’addition au bon peuple abusé). Le Pen rêve chichement d’une France isolée, Macron et ses amis cultivent l’hubris d’une fin de l’histoire encore plus folle que le fantasme hitlérien d’un Reich de 1000 ans.

Je peux me tromper, j’espère me tromper, mais je crains que beaucoup de militants de gauche se laissent aveugler par le doigt qu’on leur présente pour qu’ils oublient de voir la lune. Quant à la violence actuelle, ne serait-elle pas d’abord celle d’un inconscient collectif mondial qui malgré notre aveuglement volontaire a pris conscience du danger mortel que court l’espèce tout entière ? Nous ne sommes pas désorientés, nous sommes paniqués sans même le savoir, et il y a de quoi !

D’où la nécessité de tenter de rester bienveillants, je m’y efforce non sans mal, votre billet m’y encourage…



J’ajoute pour finir l’argumentation reçue du Pardem (auquel je précise que je n’adhère pas, ert avec lequel je ne suis pas toujours d’accord, loin s’en faut) qui mérite à tout le moins d’être examinée. Grosso modo, je me sens plus proche de cette analyse que des braiements des bonnes consciences pharisiennes à la Joffrin, qui se disent de gauche tout en étant de facto des soutiens on ne peut plus actifs du si confortable (pour eux) système financiaro-médiatique.


Ni Macron ni Le Pen,
appel pour leur infliger un carton rouge par l’abstention citoyenne

Par le Parti de la démondialisation

Le 26 avril 2017

En démocratie, voter c’est choisir.

Les électeurs, au premier tour de l’élection présidentielle, ont choisi de liquider les partis duettistes de l’alternance, PS et LR. Mais le 7 mai, pour le deuxième tour, se laisseront-ils berner par les fausses alternatives qu’on leur propose ? Car malgré ce que l’on tente de nous faire croire, Marine Le Pen n’est pas l’inverse politique d’Emmanuel Macron, mais son complément indispensable et l’impasse symétrique. Il n’existe aucun véritable choix, les deux conduisent le peuple dans une impasse.

Voter pour Marine Le Pen reviendrait à voter pour la xénophobie organisée et une vision identitaire de la nation. Ce serait voter pour un programme incapable de sortir notre pays de la crise, qu’il s’agisse du chômage et de la précarité, des services publics et de la protection sociale. Sur ces derniers secteurs, ce serait même à coup sûr une aggravation supplémentaire.
Voter pour Emmanuel Macron reviendrait à voter pour la finance dont il est l’agent direct et pour l’Union européenne. Ce serait prolonger, donc aggraver le cauchemar cinq années supplémentaires, car Hollande faisait du Macron et Macron fera du Hollande (c’est-à-dire du Fillon, du Sarkozy, du Chirac, du Jospin…). Tout son programme repose sur les vieilles recettes néolibérales qui sont les véritables causes de la crise actuelle.

Déjouer le piège grossier du « front républicain » brandi par les duettistes de droite comme de gauche

Le 7 mai, un carton rouge doit être la réponse massive pour sortir du jeu les deux candidats finalistes. La réponse du peuple sera une abstention massive. Cet acte politique de grande portée vise, d’abord, à délégitimer le résultat de cette élection présidentielle et à affaiblir son vainqueur. Si le total des abstentions, des blancs et des nuls est supérieur à 50%, ou même dépasse le score obtenu par le gagnant du deuxième tour, c’est le peuple qui détiendra la légitimité. Il sera fondé à l’exprimer dans la rue par la mobilisation sociale. Donner un carton rouge par l’abstention massive vise à reconstituer le peuple en tant que corps politique souverain.

Il est d’autant plus important de délégitimer ces deux candidats néfastes qu’ils auront tous les deux bien du mal à réunir une majorité parlementaire claire et stable. S’ils ont été mal élus, avec une faible participation, leur capacité de nuisance, énorme pour tous les deux, en sera d’autant plus réduite. C’est donc le seul acte électoral responsable devant les dangers pour le peuple que représentent ces deux personnages.

Carton rouge aux pseudo bien-pensants à la solde du système néolibéral et de l’Union européenne

Comme en 2002, les appels à « barrer la route à l’extrême droite » se multiplient et à « sauver l’Europe » du péril que représenterait l’élection de Madame Le Pen. Un rassemblement artificiel s’est constitué pour soutenir Monsieur Macron, allant du PCF à la CFDT, en passant par Messieurs Hollande, Valls, Fillon, Juppé, Madame Arthaud, le PS, LR, EELV… Ils sont à l’unisson avec les vibrantes déclarations de Madame Parisot et de Monsieur Gattaz du MEDEF, du milliardaire Bernard Arnault… Malgré leur défaite électorale du 1er tour, il ne leur vient pas à l’idée que leur alliance prétendument anti-FN est contre-productive, suscitant au contraire un surcroît de rejet à leur encontre, qui pourrait se traduire par une forme de neutralité, voire même des signes de sympathie à envers ce FN honni par l’« Établissement ».

Ils refusent de voir – ou plus exactement font semblant de ne pas voir – que les deux finalistes sont les deux faces de la même médaille, et qu’ils incarnent chacun à leur façon le système. Le FN a été installé précisément pour rendre tout choix politique impossible, en permettant l’assimilation de tout projet de démondialisation au FN. Car qui, en effet, pourrait voter pour la haine, la xénophobie, l’attisement de toutes les peurs ? Le vote pour le « moins pire » est ainsi présenté comme un acte de résistance pour sauver le pays. Les partis se revendiquant de gauche ou de droite, main dans la main avec le grand patronat, une fois encore, s’unissent pour rappeler au peuple qu’il n’y a pas d’alternative.

À chaque fois qu’un « front républicain » de pacotille se constitue, le résultat est toujours la consolidation du Front national, qui se voit ainsi formidablement crédibilisé comme l’ennemi public numéro un des partis en place. Alors qu’il en est le secret compagnon, le complément indispensable.

Avec cette conception, l’oligarchie pourra continuer éternellement d’agiter l’épouvantail FN. Il est stupéfiant d’observer, à cet égard, comment cette manipulation du PS (depuis Mitterrand) a anesthésié des colonies entières de « révolutionnaires » et d’ « antifascistes » en peau de lapin, qui se font rouler dans la farine et croient encore qu’il existe actuellement une menace fasciste en France. Le FN est certes xénophobe et néfaste, mais il ne porte pas un projet fasciste dont personne ne veut aujourd’hui, surtout pas les classes dominantes qui ont à leur disposition un système bien plus efficace : l’Union européenne et l’euro.

Délégitimer le vainqueur du 2e tour

Au premier tour, pour la seconde fois dans l’histoire de la Ve République (après 2002), le nombre et donc le pourcentage des abstentions, des blancs et des nuls a été supérieur au résultat du candidat arrivé en tête, Emmanuel Macron. Ce dernier obtient 8 433 346 voix (18,21%) des exprimées, alors que le total des abstentions, des blancs et des nuls est de 10 912 694 (23,34%).

Ces Français-là ne se sont pas sentis représentés parce qu’on ne leur proposait aucune sortie crédible de l’impasse néolibérale. Ils n’ont pas oublié que nous vivions toujours dans un ordre institutionnel qui n’est plus légitime depuis que le Parlement a adopté en 2008 le traité de Lisbonne et bafoué le NON au référendum sur le traité constitutionnel de 2005. Le Pardem est à leur côté pour délégitimer dans les urnes des candidats illégitimes dans les faits.

Nous appelons tous les citoyens qui ne sont pas dupes de la mascarade de ce 2e tour, tous les citoyens qui ne veulent plus du néolibéralisme, tous ceux qui ont voté au premier tour pour l’un des quatre candidats euro-critiques (Asselineau, Cheminade, Dupont-Aignan, Mélenchon), les syndicalistes, à se mobiliser le 7 mai pour infliger à Madame Le Pen et à Monsieur Macron, représentants du système, un immense carton rouge par leur abstention !
Carton rouge pour Macron et Le Pen ! Abstention citoyenne !

dimanche 12 mars 2017

PARLEZ, MON GÉNÉRAL !

PARLEZ, MON GÉNÉRAL !

Jamais eu envie de pratiquer le spiritisme.
Mais aujourd’hui, pour la première fois, ça me démange !
Vous n’aimeriez pas demander à de Gaulle ce qu’il pense de son émule mise en examen, de ses actes, de sa conduite, de sa campagne ?
Pas sûr que le candidat résistant aimerait beaucoup les réponses du Général, qu’il imite si mal qu’on croirait qu’il le confond avec Pétain.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai du mal à croire que son grand homme ferait Courage Fillon Compagnon de la Libération.
Peut-être la médaille de la Résistance, à condition d’enlever la majuscule, afin que le costume ne soit pas trop grand pour lui…

mercredi 8 mars 2017

LA CAROTTE ET LE BÂTON

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Pour qui voter ? Pourquoi voter ?

Cliquez sur la vignette pour voir pour qui vous devez voter…


LA CAROTTE ET LE BÂTON



Pour ce premier tour, nous disent éditorialistes et sondages, afin d’éviter que l’extrême Marine soit en tête, vous avez le choix, carotte ou bâton ?
Donc, nous avons le choix. Entre Macron et Fillon, entre la carotte et le bâton.

Ce que j’appelle le libéral-nazisme, ce régime oligarchique faussement démocratique et insidieusement dictatorial nous donne encore (pour combien de temps ?) le choix.
Nous serons violés, mais ça peut se faire doucement ou non.
Je commencerai par rappeler que proposer un faux choix, une fausse alternative, c’est déjà un viol, comme était déjà un viol le « There is no alternative » de cette brave Mrs Thatcher.
Dans les deux cas, il y a viol, puisqu’on prétend nous imposer quelque chose dont nous ne voulons pas et que dans un cas comme dans l’autre ce faux choix sera irréversible.
« Ou tu me laisses te baiser, ou je te viole », tel est le choix qu’on nous offre, si j’ose dire.

Fillon, c’est la version brutale. Le passage en force.
Jusqu’ici, le libéral-nazisme mondialisé, surfant sur l’addiction numérique, s’est installé en douceur, évitant autant que possible l’usage du bâton, mais n’omettant pas de montrer qu’il existe, et qu’il est gros.
Tôt ou tard, la méthode forte dont se rengorge le viril Fillon s’imposera, à mesure que s’aggrave le désastre causé par une mondialisation économique gérée par 1% de prédateurs aux dépens des 99% qui constituent leurs proies plus ou moins consentantes. Pour que les riches continuent à s’enrichir, il faut bien prendre l’argent chez ceux à qui il en reste un peu…

Macron, c’est la version douce. C’est lisse comme une pub de yaourt, soft comme un paquet de Lotus triple épaisseur, commercialement consensuel comme un sourire de Pujadas.
Soft, Macron ? Les « réformes » (entendez les régressions) que ce godelureau veut engager sont tout aussi radicales voire davantage que celles qu’annonce l’agité du bocal sarthois, tant en ce qui concerne l’emploi, toujours plus précaire, que pour les retraites, toujours plus tardives et réduites, ou la finance, qu’il veut toujours plus libérée, afin que nous en soyons toujours davantage captifs.

Le fonceur fou fronce les sourcils, l’affable banquier arbore un sourire ingénu. Le premier nous saute dessus bille en tête, le second nous joue la sérénade avant de nous enlacer.
Nous avons le choix, le tank ou le landau…
Dans les deux cas, pile, ils gagnent, face, nous perdons. TINA !

Devant cette violence de plus en plus évidente à mesure que s’accélère la fuite en avant causée par une panique humaine mondialisée d’autant plus irrésistible qu’elle est refoulée dans l’inconscient collectif par un déni encore à peu près absolu, que pouvons-nous faire, citoyens lambda dépassés par les événements ?
Deux attitudes à première vue possibles, pas forcément efficaces, mais qui au moins soulagent, la marotte ou le Caton, Charline ou Mélenchon.
Le fou du roi, qui brocarde ce pouvoir devenu fou, ou le censeur, qui dénonce et dévoile la réalité sordide cachée derrière les grands mots.
Les deux attitudes peuvent se recouper, l’essentiel étant d’arracher de notre mieux leurs masques à ces détestables polichinelles (au sens exact du terme1) tout en sachant que ceux qui ne veulent pas voir la réalité en face continueront à voir le masque même quand nous leur aurons fait toucher le mufle.

Une dernière possibilité s’offre à nous, une autre façon de résister et pas la pire selon moi, tourner le dos à ce cirque malsain et s’abstenir : refuser de voter tant que ce ne sera pas pour une Constituante nous permettant de passer de la Ve à la VIe.

Une chose est sûre : si notre incorruptible employeur fictif est élu Président de la République, ce qui serait à mes yeux de la part des électeurs à la fois une erreur et un crime, je ne céderai pas. Suivant son exemple exaltant, à mon tour, je résisterai ! Pas question de reconnaître à ce démagogue populiste plus de légitimité qu’il n’en reconnaît aux juges.
En attendant, je n’aurai pas un mot d’injure envers lui : je n’en trouve aucune suffisante. Sa conduite seule suffit à le juger.
Quant à Macron, sous-marin doucereux de la mafia financière qui dirige de fait notre planète mondialisée, tout doit être fait pour lui barrer à lui aussi la route du pouvoir, son avenante carotte « nouvelle » n’étant qu’un grossier trompe-l’œil, alléchant emballage censé dissimuler la potion magique néo-libérale, ce poison mortel qu’est l’argent-roi.
Le « vote utile », ce piège à électeur gogo, est non seulement inutile mais nuisible.
Le seul vote utile, parce que c’est le seul vote honnête, c’est le vote de conviction.
Ce qui implique d’admettre que l’abstention est parfois le seul vote possible.
Nous aurons une chance d’entrer en démocratie le jour où une majorité d’entre nous sera capable de refuser de participer à ce perpétuel jeu de dupes qu’est l’élection présidentielle, pardon pestilentielle, pour exiger une refondation de nos institutions.
Ce n’est sans doute pas demain la veille…

Comme le prouve ce matin même sur France-Inter le ralliement au financier ultra-libéral d’un des plus purs représentants de la gauche bidon néo-libérale, Delanoé, en une pantomime jésuitique et tartuffesque digne de remplacer la danse du ventre du père Larcher dans le Livre Guinness des records.
C’est Carnaval, et valsent les polichinelles !
Grazie infinite, dit Marine.

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1 Définition du grand Robert : Polichinelle : Personne inconsistante dont les opinions changent sans cesse. Cf Fantoche, Marionnette. Traiter les ministres de Polichinelle.
Et Voltaire : « Ce monde est une grande foire où chaque polichinelle cherche à s’attirer la foule. »

mardi 7 mars 2017

CANCER NÉO-LIBÉRAL ET SERVITUDE VOLONTAIRE...

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Et pendant ce temps-là…

Baie de Wissant, 22 décembre 2016


CANCER NÉO-LIBÉRAL ET SERVITUDE VOLONTAIRE


Il n’y a pas de différence de fond entre les entrepreneurs néo-libéraux, la race des seigneurs nazis et la nomenklatura communiste soviétique. Les mêmes « valeurs » sont à l’œuvre dans leur élitisme aussi féroce qu’injustifié, le même cynisme et les mêmes comportements de prédation et d’accaparement.
Ceux que j’appelle les libéraux-nazis ont simplement remplacé la propagande par la communication, se sont avancés masqués un peu plus longtemps. Mais ils vont aussi loin que leurs prédécesseurs dans l’exploitation de l’homme par l’homme. Et ils manquent tellement de mesure et de bon sens dans leur comportement qu’on peut se demander si leur fuite en avant ne révèle pas le désespoir fondamental qui habite tout homme de pouvoir et de profit, tout esclave du veau d’or.
Comme les nazis et les staliniens, les néo-libéraux n’ont en fin de compte qu’un but, qu’une visée : exercer un pouvoir de plus en plus absolu dans tous les domaines. En ce sens, ils sont aussi fondamentalement nuisibles qu’eux, leur ambition n’étant pas seulement illégitime et destructrice, mais littéralement contre nature – comme le prouve le saccage programmé de notre environnement.
Rendre la vie à peu près impossible à 99% des humains pour enrichir le 1% restant, voilà l’idéal du néo-libéralisme : la liberté totale d’une minorité ne peut se construire que sur le total esclavage de la majorité.
La réussite des néo-libéraux, ç’a été, grâce à la communication (Le Lay et Gœbbels, même combat) et avec l’aide intéressée d’une prétendue science économique qui cache sous des oripeaux pseudo-mathématiques l’idéologie la plus grossière et la plus sommaire, d’imposer leur dictature sans trop passer par la violence physique, le militarisme et les « forces de l’ordre », du moins dans les débuts et dans les pays de tradition démocratique, le caractère ultra violent des libéraux-nazis apparaissant en revanche très tôt au grand jour dans le traitement réservé aux pays pauvres.
Consommation et communication ont ainsi permis d’obtenir que les citoyens, renonçant à la démocratie, se mettent pratiquement d’eux-mêmes dans l’état de servitude volontaire si justement dénoncé il y a déjà bien longtemps par La Boétie.
Comme tous les régimes d’essence fasciste, au-delà des grands mots et des théories fumeuses censées masquer la réalité crue de la recherche du pouvoir et du profit, les régimes néo-libéraux fonctionnent sur un système oligarchique de type mafieux mis en place par des élites auto-proclamées. Il y a déjà un bon moment que les états occidentaux ne sont plus que des caricatures de démocraties qui virent peu à peu au régime autoritaire et policier sans lequel la prédation libérale-nazie ne pourrait se maintenir au-delà d’un certain seuil. Voyez la dérive de ce dangereux pantin qu’est Fillon…
En effet, le problème des néo-libéraux (revers de cette insatiable avidité qui fait leur force et qui est particulièrement visible dans la progression géométrique de la corruption, des paradis fiscaux et des rémunérations des grands de ce monde), c’est qu’ils ne savent pas s’arrêter à temps, c’est à dire au moment où l’oppression, ne menaçant pas encore la survie des opprimés, demeure « acceptable », « gérable », pour parler comme eux.
Comme Hitler voulait toujours plus d’espace vital, comme Staline voulait toujours mieux contrôler l’état et la population, les fous de pouvoir et de profit en veulent toujours plus. Jusqu’à la caricature : rémunérations démentes, profits insensés, escroqueries colossales, domaines immenses (voir par exemple l’accaparement de la Patagonie par ces nouveaux riches), prise de possession des grandes villes par la spoliation des couches populaires (Paris, Venise sont de bons exemples de ces nettoyages par le vide), bref privatisation progressive du patrimoine commun de l’humanité. C’est Goering razziant les musées européens, c’est le régime nazi dépouillant les juifs.
Si bien que tôt ou tard, quand la cruauté du système se fait jour à travers son discours lénifiant, les libéraux-nazis sont contraints de passer à la version dure – que d’ailleurs beaucoup d’entre eux appellent de leurs vœux (lié à leur incapacité à aimer, le sadisme plus ou moins policé de la plupart des hommes de pouvoir et de profit transparaît régulièrement dans leurs relations à autrui comme dans leur discours).
Répression, état policier, obsession sécuritaire, contrôle de la population, terrorisme et contre-terrorisme, tous les ingrédients de la mise en place du régime dictatorial-libéral sont peu à peu mis en œuvre. Mais il est clair qu’en dépit de ses efforts désespérés le néo-libéralisme finira par s’autodétruire d’une façon ou d’une autre : il est dans sa nature d’être contre nature, l’idéologie libérale n’est pas viable et la vie la fera disparaître tôt ou tard.
Comme tous les systèmes d’exploitation de l’homme par l’homme, le libéral-nazisme est un cancer. Cette tumeur parasitaire finit par détruire l’organisme dont elle se nourrit, et la mort de la victime entraîne celle de son bourreau : le cancer meurt de sa victoire même.
Au faîte de sa puissance, le néo-libéralisme est déjà en chute libre et ses tenants le sentent, plus ou moins consciemment – ce qui décuple leur rage de pouvoir et de profit en attisant leur fondamentale insécurité.
Car contrairement à ce qu’ils prétendent, les libéraux-nazis ne sont pas des riscophiles – ou seulement pour les autres ! Les seuls risques qu’ils prennent, ce sont ceux dont ils ne se rendent pas compte. L’idéologie néo-libérale est une idéologie de la peur généralisée, et les ultralibéraux sont l’incarnation même de la trouille, de la peur de vivre, de la lâcheté devant l’autre et de la haine ; ils ont du présent une telle peur panique qu’ils sont prêts à lui sacrifier le passé et l’avenir.
Le problème, c’est que les néo-libéraux nous entraînent avec eux dans leur chaos final, tout comme Hitler a enseveli l’Allemagne avec lui dans son apocalypse, tout comme l’implosion du communisme a détruit la société russe.
Entre ceux qui prophétisent la fin de l’histoire, ceux qui voulaient un Reich de mille ans, et ceux qui annonçaient la lutte finale et les lendemains qui chantent, il y a la naturelle complicité des « idéaux » totalitaires…
Hitler a certes perdu la seconde guerre mondiale. Mais il est en train de gagner la troisième. Il ne trouverait rien à redire au faux darwinisme néo-libéral qui érige la force en droit et le pouvoir et le profit en raisons de vivre : une telle idéologie mène en toute logique à la consécration d’une race de seigneurs exploitant les faibles et liquidant les déviants.
Sida, guerres civiles et génocides constituent ainsi le début d’une solution finale du problème africain. Dérégulation et délocalisation sont l’amorce d’une solution finale du problème de l’emploi ; et les OGM, prévus pour asservir les paysans aux semenciers, sont essentiellement le début d’une solution finale au problème de l’auto-suffisance…
Liquider tout ce qui fait obstacle à sa mégalomanie, tel est le vrai programme du néo-libéralisme. C’est pourquoi, allant au bout des logiques totalitaires nazie et soviétique, le cancer néo-libéral ne détruit pas seulement l’humanité, mais la nature et met en péril la planète entière.
Parce que, pour la première fois dans l’Histoire, l’homme de pouvoir, ce raté de l’évolution, est en mesure de réaliser ses rêves et de concrétiser sa démence, l’humanité est en danger de mort.
Nous ne sommes pas assez nombreux à être convaincus que l’humanité doit muter ou disparaître. Muter pour mûrir, ou s’entêter pour mourir, je l’écrivais déjà il y a plus de trente ans, Cassandre parmi d’autres.
Rien n’a changé. Ce n’est pas par hasard.
Il faut reconnaître que si les hommes de pouvoir sont encore au pouvoir, c’est parce qu’au fond de nous, nous les acceptons. Nous nous sentons plus ou moins solidaires de nos bourreaux, ils sont un peu nos héros, ceux qui se permettent ce que nous n’osons pas nous autoriser. Tout comme les allemands se sont plus ou moins consciemment sentis solidaires d’Hitler, tout comme beaucoup de russes se sont sentis solidaires de Staline, nous sommes dans notre grande majorité plus ou moins consciemment solidaires de la consommation, de la croissance, du développement, de l’économisme et de la « loi de la jungle » ; nous espérons une petite part du gâteau, ou au moins quelques miettes, nous voulons davantage tirer notre épingle de ce jeu absurde qu’y mettre fin.
C’est notre acceptation des hommes de profit et de pouvoir, ce sont notre résignation à leur idéologie, notre acquiescement à leur existence qui leur donnent un pouvoir qu’ils ne pourraient prendre et encore moins conserver sans notre complicité.
Comme le lapin par le cobra, nous sommes encore presque tous fascinés par ce que j’appelle les trois P, cette Sainte Trinité de l’inhumanité : le paraître, le pouvoir et le profit. Et d’autant plus paralysés que nous croyons sincèrement au quatrième, qui sert de masque aux trois autres : le Progrès.
Tant que l’essentiel des motivations humaines se résumera aux trois P, tant que nous accepterons que l’être humain puisse ne raisonner et agir qu’en termes de paraître, de pouvoir et de profit, aucun progrès digne de ce nom ne sera possible.

jeudi 9 février 2017

IL N’Y A PLUS D’OISEAUX

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Bien sûr, je pourrais prendre des précautions oratoires, ménager mes chers petits lecteurs : après tout, je peux me tromper, j’espère me tromper. Mais c’est bien ainsi que je sens les choses depuis près de quarante ans, les faits ne me contredisent malheureusement pas, il me faut donc bien donner mon son de cloche, même s’il a des allures de glas.


IL N’Y A PLUS D’OISEAUX…



Il n’y a plus d’oiseaux.
Cette année, pour la première fois, dans mon jardin, il n’y a plus d’oiseaux.
Peu vous chaut ? Vous avez bien tort.
Ce n’est pas seulement dans mon petit jardin montagnard si longtemps préservé qu’il n’y a plus d’oiseaux. C’est notre planète qui perd ses oiseaux à toute allure, comme tout le reste d’ailleurs, insectes, poissons, amphibiens, coraux, banquises, et qui s’apprête à nous perdre.
Depuis des décennies, pendant l’hiver souvent très hivernal de la Vallée, je nourrissais mes oiseaux, qui m’ont toujours bien fait comprendre qu’ils n’étaient pas du tout « mes » oiseaux, mais des compagnons de passage qui ne me devaient rien, tout en me donnant beaucoup par leur seule présence.
J’ai vu peu à peu leur nombre et leur diversité diminuer, s’abréger la durée de leur présence, et depuis quelques mois je ne les vois plus.
Un merle, un seul, hante encore le jardin, quelques corbeaux passent un instant au sommet du grand épicéa, tous portent le même deuil, celui des passereaux.
J’avais chaque hiver, en sus de la présence quasi permanente des mésanges charbonnières et bleues, la visite de la mésange nonnette et de la mésange noire, celle de la mésange huppée, et parfois, brièvement, le passage de l’acrobatique petite troupe des mésanges longue-queue.
Le poirier m’offrait les déplacements assez vertigineux du grimpereau et de la sitelle torchepot, qui venait souvent à la mangeoire dont ne s’approchait qu’avec circonspection le rouge-gorge.
À part la sitelle, entr’aperçue une ou deux fois, je n’ai pas encore vu un seul de ces oiseaux cette année, même au moment du froid le plus vif, quand il faisait –16°. Par le passé, le jardin servait souvent de refuge à des migrateurs fatigués, il a ainsi hébergé pendant un mois en décembre 2007 un couple de grives litorne.
L’été dernier, la fauvette était là, mais pas le rossignol. Très peu de martinets, très peu d’hirondelles. Je n’ai pas revu le pic épeiche, ni la huppe, ni le pinson des arbres encore fréquent il y a peu, ni les gros becs casse-noyaux, ni les rouge-queue. Je n’ai vu cet été qu’une seule bergeronnette grise, un seul geai est passé becqueter les poires du poirier cet automne. Même la pie semble avoir disparu.
Cette désertification s’est produite en moins de dix ans, et elle n’a cessé de s’accélérer depuis trois ans, au point que la gent ailée semble en voie d’éradication dans mon quartier, contrairement aux moustiques…
Verrai-je encore arriver dans quelques semaines le couple de chardonnerets qui depuis quatre ans faisait son nid décoré de myosotis en haut du vieux poirier, au-dessus du nichoir dévolu au couple de mésanges bleues ? Entendrai-je encore, début mai, la flûte tremblotante et pure du petit-duc ?
Ces questions-là, je m’en excuse humblement auprès de mon lecteur, me paraissent autrement plus importantes, même pour ledit lecteur, et à vrai dire pour nous tous, que le fait de savoir si cette sinistre canaille de Fillon-Ulysse réussira ou non à poursuivre en compagnie de sa Pénélope si bien nommée sa minable Odyssée de candidat de l’hypocrisie, de la corruption et du déshonneur. Les escrocs et les tartuffes passent, la vie continue, du moins je l’espère, mais n’en suis plus si sûr : il n’y a plus d’oiseaux dans mon jardin.

Le hasard, s’il existe, m’a fait tomber tandis que je relisais ce billet sur une fable de notre bon La Fontaine (comme aimaient à l’appeler benoîtement les manuels de ce siècle bourgeois que fut le 19e).
Au moment où notre excessif et trop rapide « progrès » semble se retourner contre nous, cette fabulette prend des allures de prophétie…

Cliquez sur la vignette et la fabulette cherra ! {PNG}
Cliquez sur la vignette et la fabulette cherra !



Dans le prolongement de ce que je viens d’écrire, cela vaut vraiment la peine de voir « La Vallée des loups » de Jean-Michel Bertrand, de lire « Le génie de la bêtise », dernier opus de Denis Grozdanovitch, « La silicolonisation du monde » d’Éric Sadin, « Une brève histoire de l’extinction en masse des espèces » de Franz Broswimmer et « Osons rester humain » de Geneviève Azam. Et, cerise sur le gâteau, de déguster le délicieux et profond petit livre que remettait sans cesse sur le métier mon défunt ami Georges Roditi, « L’esprit de perfection ».

Et puis, pour plus tard, les « Cinq méditations sur la beauté » de François Cheng, et Suarès, tout Suarès, par petits bouts s’il vous nourrit trop. C’est un immense privilège de pouvoir méditer en compagnie de ce prophète de vie, ennemi juré de tous les faux prophètes, fou d’exigence et à mes yeux le plus grand poète en prose qu’ait connu la langue française.


P.S : À propos, entre autres, d’Emmanuel Macron et François Fillon :
CE N’EST PAS PARCE QU’IL N’Y A PLUS D’OISEAUX QUE VOUS DEVEZ NOUS PRENDRE POUR DES PIGEONS !
Si vous voulez vous faire une idée de ce qu’est réellement la Macronite aiguë, cette épidémie de marketing populiste propagée par l’oligarchie libérale-nazie, l’article en PDF ci-dessous peut utilement contribuer à votre information. Une chose est sûre, impossible d’être plus intégré au « système » que ce candidat prétendument hors système !
Petit robot à la carrosserie brillante, parfaitement formaté, Macron est le dernier avatar des Terminators liberticides fabriqués par les maîtres de la mondialisation technologique antihumaniste. C’est, tout bêtement, le candidat des multinationales. Et c’est bien pourquoi, pour citer l’article en question, « Emmanuel Macron n’apprécie guère qu’on le réduise à son passage chez Rothschild, célèbre banque d’affaires où il conclut avant d’entrer à l’Élysée le rachat des laits infantiles de Pfizer par Nestlé, énorme opération à 9 milliards d’euros qui lui rapporta gros (lire notre article). »
Quand on sait les terribles dégâts provoqués particulièrement en Afrique par les campagnes anti-allaitement au sein et l’usage de laits en poudre pour bébés, on voit de quoi est réellement capable cette sinistre caricature d’enfant de chœur.


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LA MACRON COMPANY



Dans le même ordre d’idées, l’article qui suit renvoie à un rappel bien utile de ce que cache un certain centrisme, dont le cœur n’est « ni de droite ni de gauche », pour la bonne raison qu’il a un portefeuille et un bulldozer à la place.

Si vous êtes abonné à Mediapart, suivez ce lien pour voir les photos…
https://blogs.mediapart.fr/bertrand-rouzies/blog/060217/ce-que-loeuvre-de-lecanuet-nous-dit-du-projet-de-macron

CE QUE L’ŒUVRE DE LECANUET NOUS DIT DU PROJET DE MACRON

6 févr. 2017 par Bertrand Rouzies blog : le blog de Bertrand Rouzies
Emmanuel Macron n’a pas encore pu apprécier directement les effets du progrès "en marche" tel qu’il le conçoit, mais les habitants du secteur prolétarien du vieux Rouen se rappellent bien ce que son modèle, Jean Lecanuet, qui fut maire de la ville, entendait par libéralisme modéré et moderne.
Il n’aura échappé à personne qu’Emmanuel Macron, papier tue-mouche idéologique, a emprunté à Jean Lecanuet, du temps où celui-ci, sémillant quadra, taillait des croupières à De Gaulle à l’élection présidentielle de 1965, la formule « en marche », ainsi que le vernis de renouveau dont il enrobe sa profession de foi. Mais qu’est-ce que peut bien signifier une marche qui, sous couvert de libération de l’esprit d’entreprise, ne change rien aux fondamentaux du « darwinisme social », lequel attribue « au plus fort la pouque », comme on dit en Normandie ? Éléments de réponse en images.

À la fin des années 1960, Jean Lecanuet, qui accède à la mairie de Rouen, décide, conjointement avec le ministère de la reconstruction et de l’urbanisme (MRU), d’accélérer le processus de « rénovation » du centre ville historique en faisant démolir purement et simplement près de 80 % du secteur prolétarien épargné par les bombardements de 1944, soient les quartiers Saint-Nicaise, Croix-de-Pierre et Martainville, où vivait un Rouennais sur trois. De l’aveu même d’un fonctionnaire du MRU, pris d’un accès démiurgique, la Seconde guerre mondiale « n’[avait] pas assez rasé Rouen »[1]. On prétendit mieux faire que les forteresses volantes.

Ces quartiers prolétariens, qui concentraient 40 % des garnis de la ville, comptaient nombre d’immeubles insalubres, dont les courées sales et obscures, embuées par d’incessantes et vaines lessives, abritaient germes tuberculeux, ateliers de fortune, jardins potagers et trafics en tout genre. On ne s’y aventurait pas sans risques à partir d’une certaine heure et par les nuits sans lune. Voilà pour la caricature, en partie vérifiée, bien entendu, car pour le reste, il y régnait une convivialité que tous les anciens habitants regrettent amèrement. La misère endémique n’excluait pas une grande mixité sociale, et même – comme cela sonne étrangement à nos oreilles ! – culturelle, puisque que des familles somaliennes vivaient là, attirées par les promesses de travail sur les chantiers de la reconstruction, en parfaite harmonie avec les indigènes, des Cauchois et des Bretons, fondus les uns dans les autres depuis le XIXe siècle. Ces quartiers, très scolaires et très religieux, possédaient tous les commerces utiles, en plusieurs exemplaires et parfois en vis-à-vis. Le bâti était vétuste, certes (la faute à la manie de plâtrer les pans de bois, qui accélérait, en emprisonnant l’humidité, le pourrissement des structures, et aux deux guerres mondiales, qui, en gelant les loyers, avaient privé les propriétaires des moyens d’entretenir les toitures et la zinguerie), mais restaurable. Certaines demeures à encorbellement remontaient au XIVe siècle et côtoyaient d’élégants hôtels particuliers de style Henri II. Quasiment toutes les maisons et immeubles étaient à colombages plus ou moins apparents.

Sur les 2 410 immeubles du secteur est, 132 seulement tombaient sous arrêté de péril. 600 autres réclamaient des réparations urgentes[2]. Mais non, on ne fit pas dans la dentelle. La marche en avant de Lecanuet piétina tout cela, sauf les plus belles pièces, démontées et remontées en décor moyenâgeux dans l’hypercentre touristique, et l’on bétonna et l’on goudronna à tour de bras, parce que c’était à la mode, parce que ça faisait propre, parce qu’il fallait produire du neuf à tout prix et fournir des débouchés aux cimenteries et aux aciéries françaises. On nettoya du même coup la population. Les trois-quarts des habitants, incapables de payer les loyers des immeubles modernes qui se dressèrent à la place de leurs bicoques, furent « déportés » (c’est leur mot) et dispersés dans de nouveaux ensembles moins cossus, à la périphérie, loin de leurs repères et de leurs amis. Les quartiers est n’avaient pas été ravagés par les bombardements, ils le furent par les urbanistes et la municipalité. Lorsqu’il fut décidé de détruire l’îlot B (quartier bas Saint-Nicaise), un des lieux les plus pittoresques de la ville, où André Hunebelle était venu tourner en 1962 Les Mystères de Paris, la pilule passa tellement mal que, la main sur le cœur, on dut promettre en vrac l’installation d’artisans d’art, l’ouverture d’hôtels, de restaurants, de galeries, d’une Maison de l’Europe, d’une Maison des jeunes, d’une Maison de la culture et d’un cinéma d’art et d’essai. Rien ne tout cela n’advint et de bêtes clapiers poussèrent, pour lapins aisés. Un dortoir résidentiel. Un de plus.

Lecanuet orchestra avec le sourire un massacre sociologique de masse, par ignorance de ce qui fait le tissu conjonctif d’une ville vivante. S’il s’était posé un peu avant de se mettre en marche, il n’eût pas abîmé « sa » ville comme il l’a fait, il n’eût pas imposé sa conception hygiéniste et eugénique de l’épanouissement et du mieux-être à des Rouennais plus riches humainement que matériellement, qui perdirent dans l’opération le peu qu’ils avaient. Il n’y eut certes pas mort d’homme, mais une mort sociale a de multiples conséquences, et pas des moins ravageuses pour les générations qui suivent.

Le néo-libéralisme macronien a une dentition refaite mais il mord comme l’ancien, car il repose sur les mêmes présupposés. La meute des accapareurs aux pieds lourds ne s’y est d’ailleurs pas trompée, qui l’entoure de ses lapements énamourés, prête à tout mettre en œuvre pour que la marche en avant fasse du sur place. Énième resucée de l’adage guépardien : « Il faut que tout change (en surface) pour que rien ne change (en profondeur) » À bon entendeur…


[1] Patrice Quéréel, Tout pour la gueule, Rouen 1952, une mission photographique en secteur prolétarien, Rouen, Asi Éditions, 2006, p. 11.
[2] Michel Quoist, La Ville et l’Homme, Rouen, Étude sociologique d’un Secteur prolétarien, Paris, Éditions Ouvrières, 1952.

Même un d’Ormesson ne s’est pas laissé prendre aux grosses ficelles macroniennes…




DEUX MISES AU POINT BIEN NÉCESSAIRES FACE À L’INCROYABLE MAUVAISE FOI D’UN POLITICIEN VÉREUX…

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RÉAGIR FACE À LA CORRUPTION



Noël Mamère
Le 07/02/2017
Le « Fillongate » dépasse de loin tout ce qu’on a connu des Chirac et autres bonimenteurs, dans la mesure où le candidat de la droite a remporté la primaire de son camp sur la vertu, l’intégrité et l’honnêteté, reprochant, en sous texte, à son principal adversaire de ne pas l’être. Aujourd’hui, malgré une conférence de presse visant à le réhabiliter, François Fillon est devant ses contradictions ; l’homme public soi-disant vertueux ne parvient plus à effacer l’homme d’argent, le gagne-petit, prêt à toutes les combines et à tous les conflits d’intérêt pour épaissir son matelas de châtelain. Désormais, comment va-t-il pouvoir imposer son programme d’austérité à la Churchill avec « du sang et des larmes », pour les pauvres et une baisse des impôts pour les plus riches, 500 000 fonctionnaires en moins et l’allègement du Code du travail ? Aucune opération de communication, aussi habile soit-elle, ne parviendra à faire oublier ces montages mesquins organisés pour s’enrichir sur le dos du contribuable. Et ces « salauds de pauvres » auxquels il veut s’en prendre devront avoir de la mémoire et dire qu’on ne la leur fait pas. 
C’est le même Fillon qui, en 2007, avait déclaré la « France en faillite », tentant d’incarner avec sa figure de triste sire, le remède miracle, la potion magique du redressement du pays, administrée comme des lavements, aux salariés, chômeurs, retraités.
Le candidat de la droite est la caricature de la caste politique dont il était jusqu’alors une des têtes de gondole. Il est victime d’abord de lui-même : ce titulaire incontesté du Master d’Hypocrisie politique a été pris à son propre piège. Il s’est fracassé sur l’autel de la vertu. Ce qui apparaissait juste normal avec Sarkozy ou Le Pen, est devenu insupportable à l’ensemble des Français mais surtout à son propre électorat qui s’est senti floué, volé, arnaqué. Il avait tant misé sur le personnage que la déception n’en est que plus grande. Fillon est devenu synonyme de Filou. Le Cahuzac de la droite est désormais disqualifié politiquement. Ce qui choque dans cette affaire est bien le décalage entre les principes affirmés, les valeurs affichées, les propositions de réformes assumées et la réalité des magouilles de bas étage. Il n’est que la énième confirmation du caractère hors-sol de la politique sous la Vème République. Il y a toujours eu des scandales depuis que le Parlement existe. Mais auparavant les députés représentaient des intérêts de groupes sociaux ou de territoires : Untel était le porte-parole des bouilleurs de cru, untel celui des ouvriers, tandis que les autres défendaient, qui l’artisan ou le commerçant, qui le paysan de la Beauce ou de Bretagne… Avec la Vème République, et l’affaiblissement des pouvoirs du Parlement au profit exclusif de l’Exécutif, les députés ne représentent souvent qu’eux-mêmes. Sans moyens, comparativement aux Congressmen américains, ils sont soit des députés godillots, destinés à voter les textes préparés par l’administration, soit une opposition impuissante. A quoi peuvent donc servir des assistants parlementaires dans ce cas ? Telle est la question que nous devrions nous poser avant même de porter un jugement sur l’enrichissement personnel de la famille Fillon.
Ceux qui émergent dans ce vent de folie expriment tout à la fois le ras-le-bol des électeurs mais aussi le besoin d’un renouvellement. Les trois meetings du week-end et l’investiture du candidat socialiste démontrent qu’une page se tourne dans la vie politique française et pas seulement en termes de génération.
Les deux partis de gouvernement qui ont vampirisé l’espace politique des quarante dernières années apparaissent comme à bout de souffle. Le candidat socialiste peut ainsi représenter son camp sans que le premier ministre en exercice et la plupart des ministres soient présents à son investiture. Il peut à la fois soutenir un projet écologiste et social, demander l’abrogation de la loi Travail et soutenir la candidature de Myriam El Khomri ou de Manuel Valls, sans se soucier des contradictions d’un PS en fin de partie.
Un ex-ministre de l’économie d’un gouvernement dit de « gauche » peut ainsi se présenter avec un programme que ne renierait pas « la Revue des deux mondes » ou « le Point » de Franz Olivier Giesbert. Marine Le Pen peut s’afficher sans complexe comme candidate de substitution au grand blessé de de Sablé sur Sarthe et lancer un appel au rassemblement des « patriotes » de droite et de gauche sans choquer personne. Et Jean-Luc Mélenchon se dupliquer en hologramme pour disserter sur la conquête de l’espace !
Certes l’heure est à l’ouverture de nouvelles frontières politiques ; Hamon, Mélenchon et Jadot sont en train de les dessiner, suscitant un formidable espoir chez tous ceux qui ne croyaient plus à la gauche et à l’écologie. Il est urgent qu’ils écrivent ce récit sur le même papier, avec le même crayon, pour ne pas décevoir tous ceux qui les pensent capables de se dépasser. Chiche !
 

jeudi 20 octobre 2016

VAGABONDER L’ART

Avant de laisser la parole à Jean Klépal, maître d’œuvre de cette aventure, une remarque personnelle pour dire combien je suis heureux d’y participer : le lien entre écriture et peinture qui est au cœur de cette rencontre, et dont Henri Michaux a donné un exemple particulièrement frappant, m’est essentiel, et j’y avais consacré lors du Printemps des poètes de 2004 une exposition intitulée « Peindrécrire », par laquelle je me situais sans en avoir pris conscience dans le prolongement de plusieurs des peintres de ma famille, que l’usage quotidien du pinceau n’avait pas empêché de manier la plume…
C’est peut-être en partie pour cela que je suis depuis mes débuts profondément touché par la tradition extrême-orientale de l’association, voire de la fusion, de l’écriture et de la peinture dans une même œuvre, initiée par les peintres-poètes de la Chine antique, tradition que notre époque ouverte à toutes les tentatives permet de reprendre et de tenter de renouveler.


VAGABONDER L’ART
une exposition à venir à Marseille


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L’invitation en pdf


VAGABONDER L’ART


L’idée est née du constat que l’écrit est toujours le complément du dispositif exposition. D’abord les œuvres, assorties de quelques commentaires, ensuite l’accès aux publications les plus diverses. Ce schéma classique accompagne un désir d’approfondissement supposé chez le visiteur, en même temps qu’il sépare les genres.
Et si, une fois, on tentait d’inverser les facteurs ? Ce qui voudrait dire que l’on accorderait presque autant d’importance à l’écrit qu’aux œuvres.
Que serait une exposition où l’accent serait mis d’entrée de jeu sur l’écrit préalable, ou au moins concomitant, à la vision des œuvres ?
Que serait une exposition où un amateur auteur de nombreux textes inviterait quelques-uns des artistes auxquels il prête attention ? Et qui par conséquent mêlerait les genres ?
Il fallait en parler avec des artistes, les convaincre. Il fallait ensuite trouver un lieu susceptible d’accueillir le projet.

Les noms de trois artistes avec lesquels j’ai plus particulièrement commis divers écrits, livres entre autres, apparurent d’emblée :
- Alain Nahum, cinéaste et photographe dont les images magnifient le non-vu habituel ;
- Serge Plagnol, peintre exigeant, ami des écrivains ;
- Alain Sagault, aquarelliste fort attachant, également homme d’écriture.
L’accord s’établit assez aisément pour une aventure commune, à définir.

La Galerie Art Est Ouest[1] est un lieu convenant à une exposition plurielle. Ses responsables prêtèrent une oreille attentive au propos. Le chemin d’une rencontre appropriation restait à parcourir. Des échanges nourris, fructueux, permirent peu à peu de donner corps à la chose. Si la radicalité initiale est tempérée par les contraintes d’une mise en œuvre, l’intention demeure, nette et très perceptible.
Il s’agit de clairement montrer qu’écrire, donc donner à lire, affûte le regard. Il s’agit également de montrer que le franchissement des frontières entre les genres, c’est-à-dire les transgressions, ne peut qu’enrichir l’imagination. Ce que nous savons bien depuis Dada et le Surréalisme, notamment.

Voilà pourquoi « Vagabonder l’Art » intitule l’exposition à venir. Il s’agit de prendre des chemins de traverse pour célébrer la valeur affective de l’art. Les hiérarchies instituées prennent des allures de vieilles lunes, apprenons à façonner les traits d’union qui nous conviennent ! C’est le trait d’union qui détermine la nature de la relation.
Carambolages était justement nommée une exposition insolite aux Galeries du Grand Palais, à Paris, au printemps dernier[2].

L’art, qui est tout sauf la marchandise triviale que certains affairistes voudraient imposer, tire l’une de ses plus grandes forces de sa capacité à féconder des relations oublieuses des particularismes et des chapelles. La beauté de la pratique artistique tient surtout à ce qu’elle suscite en chacun. Elle permet des rencontres poétiques inattendues. (L’exposition que le très parisien Pompidolium consacre cet automne à René Magritte en affirme la preuve, éclatante.)

Non seulement photo, peinture, aquarelle, écriture, vont se trouver réunies, mais aussi la vidéo, puisqu’une ancienne élève d’un lycée des quartiers nord de Marseille, désormais étudiante, va présenter le film qu’elle a réalisé autour des acteurs de l’exposition. Elle propose au spectateur une confrontation privilégiée entre les propos tenus et les œuvres présentées.
Il s’agit clairement de déplacer les regards, de les rendre mobiles, de favoriser des analogies en prenant appui sur l’inaccoutumé.

Les trois artistes accueillis par la Galerie Art Est Ouest pratiquent un aller-retour permanent entre art et littérature. Ils s’inscrivent dans une vaste lignée remontant au Moyen-âge gothique où le mélange peinture écriture est courant.
Plus près de nous, Proust, Zola, Rilke, conversent avec les œuvres, tandis que Victor Hugo s’affirme excellent dessinateur, qu’Antonin Artaud évolue sans cesse d’un domaine à l’autre, que Raymond Queneau réalise gouaches et aquarelles, et que Picasso se fait à l’occasion auteur dramatique.
Les frontières sont souvent fluctuantes entre peinture et écriture, et fort nombreuses les analogies langagières, en tous cas.

Une rencontre avec le public aura lieu samedi 19 novembre à 17h30, autour du thème Écrire pour affûter le regard.

Comme on dit dans les milieux branchés « Save the date », autrement exprimé « A vos agendas ! » C’est du 8 au 27 novembre.


[1] Galerie Art Est-Ouest - 22 cours Franklin Roosevelt – 13001 Marseille, à une portée d’arquebuse de l’Église des Réformés. Exposition « Vagabonder l’Art », 8-26 novembre 2016.
[2] Carambolages, sous la direction de Jean-Hubert Martin, livre-objet, Réunion des Musées Nationaux, 2016.

Voir en ligne : VAGABONDER L’ART

samedi 1er octobre 2016

" DIPINGERE IL SILENZIO ", L’ALBUM MUET

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Juste, sans un mot de commentaire ("ssss !" comme me fait dire, dans la caricature dont il m’a gratifié, l’ami Ivo Pavone), 10 photos de l’accrochage de l’exposition à la Galleria delle Cornici, Lido di Venezia, du 10 au 23 septembre 2016.


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vendredi 29 juillet 2016

Lettre d’Infos Août 2016

Chers tous,

A toutes fins utiles, voici l’annonce de ma prochaine exposition, Galliera delle Cornici, Lido di Venezia, du 10 au 23 septembre 2016.

Elle sera suivie du 8 au 27 novembre d’une exposition collective à la Galerie Est-Ouest à Marseille, autour de Jean Klépal et des livres qu’il a commis avec les exposants, Alain Nahum, Serge Plagnol et votre serviteur.
Amitié
Alain

« Hommes, il faut savoir se taire pour écouter l’espace. »

Proverbe touareg

Que mes lecteurs ne s’étonnent pas de me voir annoncer largement à l’avance ma prochaine exposition, qui me permet de retrouver Venise et les vénitiens à la Galleria delle Cornici, au Lido. C’est que j’espère y retrouver aussi certains des amis – voire quelques nouveaux ! – qui m’avaient fait la joie de venir partager les beaux moments vécus lors de l’exposition QUASI NIENTE, I COLORI DELLA LUCE, merveilleusement accueillie en janvier 2013 par l’Alliance française de Venise, dans ce lieu magique où elle a son siège, le Casino Venier.

Vous trouverez la suite avec l’affiche et tous les détails nécessaires en cliquant sur ce lien : DIPINGERE IL SILENZIO

Le lien que voici mène à l’avnt-dernier texte publié sur mon blog et intéressera peut-être certains d’entre vous, ceux notamment qui l’ont connue : http://www.ateliersdartistes.com/LA-MORT-LA-MORT-TOUJOURS-RECOMMENCEE.html

Alain SAGAULT

- Courriel : alain@sagault.com
- Site : www.sagault.com
- Blog : Le globe de l’homme moyen
- Tél : 09 52 10 42 18

dimanche 17 juillet 2016

DIPINGERE IL SILENZIO

« Hommes, il faut savoir se taire pour écouter l’espace. »

Proverbe touareg



Que mes lecteurs ne s’étonnent pas de me voir annoncer largement à l’avance ma prochaine exposition, qui me permet de retrouver Venise et les vénitiens à la Galleria delle Cornici, au Lido. C’est que j’espère y retrouver aussi certains des amis – voire quelques nouveaux ! – qui m’avaient fait la joie de venir partager les beaux moments vécus lors de mon exposition QUASI NIENTE, I COLORI DELLA LUCE, merveilleusement accueillie en janvier 2013 par l’Alliance française de Venise, dans ce lieu magique où elle a son siège, le Casino Venier.



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Alain Sagault, à la recherche du silence


L’art de l’aquarelle est un art exigeant, impitoyable. C’est un art où l’excellence est rare.
Réussie, l’aquarelle se caractérise par la subtilité de son élégance, de son raffinement. Elle est sans cesse sur un fil ou la mièvrerie la guette. Rapidité d’exécution, coup d’œil, requièrent à coup sûr de la virtuosité.
L’aquarelle convient parfaitement à qui désire suggérer, vibrer avec l’indicible, fixer ce qui ne fait que passer, l’à peine perceptible.

Il est question de saisir la légèreté fugace de l’instant au moment même du ressenti de l’émotion.
L’artiste réussit ou échoue, sans appel possible.

Pratiquer l’aquarelle et s’y tenir relève soit de la naïveté, de l’audace occasionnelle, ou d’une obsession, c’est-à-dire d’une recherche sans fin.

L’aquarelle, art désuet, art mineur ?
Allons donc ! Il faut beaucoup de caractère pour effleurer le papier humide, contrôler les irisations, et n’inscrire que la trace de l’essentiel minimum. Dürer, Turner ou Cézanne y parvinrent magistralement ! Turner et Cézanne, par leur pratique des réserves non colorées, surent donner au non peint une intensité parfois plus forte que celle du peint.

A sa manière bien personnelle, Sagault s’efforce avec bonheur à leur suite. Il œuvre à la recherche du peu, signifiant. En cela, il se situerait dans une filiation de Giorgio Morandi.
La côte ouest de l’Irlande, la lagune à Venise et la Manche à Wissant sont ses principales sources d’inspiration.
Il nous offre en partage ses surprises, ses émerveillements, son acharnement.

Il faut décidément beaucoup d’audace pour oser l’aquarelle, art de l’instant, qui oblige à l’attention la plus soutenue, celle de l’artiste comme celle du regardeur.
Tenter de saisir l’infini singulier du presque rien, du vague, du vain, de l’invisible.
Il s’agit d’un travail précieux ; il importe avant tout d’écouter le silence, en soi, autour de soi.

Plus elle est légère, plus l’aquarelle donne à voir car elle est alors source d’inspiration.

Jean Klépal
juillet 2016


DIPINGERE IL SILENZIO


À Venise, la lagune, certains jours, nous parle en silence d’un monde qui nous préexiste et nous survivra, et que j’aime d’autant plus que nous ne faisons qu’y passer, la plupart du temps sans même prendre réellement conscience de son existence, seul moyen d’y être au bout du compte heureux.
L’on est sur l’eau et les éléments se pénètrent et s’unissent au point de se confondre en une harmonie si parfaitement équilibrée qu’elle engendre chez le navigateur attentif cette paix dans le mouvement qui est notre seul mode d’approche et de compréhension de ces deux axes de l’univers que sont l’éternité et l’infini.

Venise est pour moi la ville du présent perpétuel, ce lieu magique où l’on peut retrouver l’éternité dans l’instant, le fini dans l’infini, se vivre microcosme au sein du macrocosme, pièce minuscule et irremplaçable du mouvant puzzle de l’espace et du temps.

Il y a plus de trente ans, dans le silence des nuits vénitiennes, un ami peintre m’a fait découvrir le dérangeant apaisement du mutisme. J’ai appris à partager son silence et celui de sa peinture, jusqu’à tenter de peindre à mon tour.
Sans que je l’aie voulu, mais par nécessité, par capillarité avec la nature que je tentais d’évoquer, le silence comme une acqua alta s’est mis à sourdre du papier et à se peindre.
Peinture de silence, au bord de l’invisible. Constamment tentée de disparaître, de se fondre dans la lumière ou la nuit. Murmure visuel à peine audible, comme d’un coquillage porté à l’oreille.
Peindre le silence, c’est pour moi partir à la découverte de l’infinie complexité du presque rien. De l’extraordinaire richesse et profondeur des couleurs de la lumière.
Ce que je tente d’atteindre, c’est ce moment où, enfin indissociables, perçus réciproquement l‘un à travers l’autre, le visible et l’invisible engendrent ce que j’appellerai l’âme du paysage.
Alors s’impose, comme une bienheureuse évidence, le lumineux instant de la contemplation silencieuse.
Entre la création et celui qui la découvre, le pont du silence.

A.S.



L’opera di Alain Sagault è per me una essenza di quello che si potrebbe percipire della laguna.
Cattura i dettagli essenziali di un affollato universo dove il meno è più...
lasciando al nostro io più profondo il contemplarci e il contemplare Venezia.
Da un opera a un altra il silenzio può risuonare dentro di noi, come in un spartito musicale... arriva l’allegro.
Una metafora di splosione che può essere un vulcano o il semplice fluire del vento.
La natura è anche silenzio.
Le sue opere prendono questo silenzio per risuonare dentro le nostre percepsioni.
Nelle sue macchie, la sua pittura, il nulla e il tutto condividono uno spazio.
Il colore, la luce, il gesto metafisico della sintesi cosmica.
Come la sua scultura, che ascolta... Brillante e trasparente.

Daniella P. Bacigalupo



Lo scorrere dell’acqua


La curiosità di Alain è in sintonia empatia con Venezia e Venezia ne è piena dai portoni, dai riflessi dell’acqua, dalle storie delle pietre del camminamento, dalle immagini antropomorfe che ti appaiono e risorgono e scompaiono sotto le maree.
E le paline sono testimoni dello scorrere e del crearsi nell’armonia di canali di velme. Quando Venezia comincia a prendere coscienza di voler esistere e di essere Venezia.
Sensazioni, la scienza dell’osservazione che si trasformano nei più bei pensieri che avvengono nel silenzio e nella notte e nell’oscurita, diventano colore.
Il personaggio non teatrale ma vitale è l’acqua, la laguna e le nuvole una reazione in amore verso loro così come il bisogno di ottenere la qualità dello scorrere dell’acqua, della laguna, della vita.

Franco Renzulli

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