C’EST PAS MON GENRE !

« Les gens pensent moins qu’on ne croit, ça vaut mieux pour eux. »
Georges Hyvernaud, Le wagon à vaches

dont je ne saurais trop vous recommander la jouissive lecture



Ça devient rare, de pouvoir écrire ce qu’on veut.
Je veux dire, ce qu’on veut vraiment.
Pas ce qu’on veut bien vouloir parce qu’On veut que nous le voulions, si vous voyez ce que je veux dire…
Pas le « consens, suce ! », pas ce qu’« il faut savoir », pas ce qu’il faut « être en capacité de » savoir.
A-t-on encore le droit de dire des conneries qui ne soient pas seulement celles de tout le monde, les rassurantes conneries autorisées, validées, certifiées ?
Mais des conneries qui seraient à nous, qu’on n’aurait pas adoptées de confiance. Qu’on aurait pris le temps de penser, de vivre, de vérifier. Qui nous diraient, nous, à défaut de dire la vérité, vous savez, celle qu’« il faut savoir » (bis).
Ne pas se laisser aller à « être en capacité de » parler exactement comme tout le monde, «  juste trop cool », non ?
Parce qu’il règne de plus en plus en France une drôle d’atmosphère de censure bien pensante, bien pesante, qui ne dit pas son nom, mais qui gueule bien fort qu’on n’a pas le choix, que c’est comme ça et pas autrement, que la pensée majoritaire a force de loi et que toute déviation relève du sens interdit.
There is no alternative, balance ton porc ! clament d’immenses autorités morales. Et n’oublie pas ton verre de soutien psychologique, ta cuillerée de sirop d’attendrissement jusqu’aux larmes, ta pommade d’empathie universelle et, cerise sur le gâteau, ton bon gros suppositoire d’indignation télécommandée suractivé à la bonne conscience en acier trempé.
Ça fait un peu mal au début, mais on s’habitue. Nombreux, les habitués, ceux que plus rien n’étonne, qui sont prêts à tout avaler. Sans compter les gourmands, ceux qui en redemandent.
Elle se porte bien, la nouvelle morale déployée comme un drapeau d’Austerlitz par le Badinguet junior à peine sevré rejeté par une majorité d’abstentionnistes et choisi par une minorité d’électeurs naïfs ou cyniques, un angelot qui joue avec le peuple comme avec une poupée Barbie et avec le pouvoir comme avec un nouveau jeu vidéo encore plus réaliste avec du vrai sang et de goûteux morceaux de vraie chair…
Cette morale inversée commence à être en capacité de nous casser sérieusement les burnes. Pardon, ça m’a échappé, c’est les ovaires que je voulais dire.
Eh oui, la nouvelle morale est une morale inclusive, avec beaucoup d’exclusives. Une morale de groupes de pression, une morale identitaire donc totalitaire, qui confond sensibilité et sensiblerie, une morale qui exige de la majorité qu’en une merveilleuse unanimité obligatoire elle se soumette aux minorités de tout poil, une morale pour qui tout désaccord est immoral.
Allons-y pour les gros mots : une morale de classe. Et qui manque singulièrement de classe !
Soyez tolérants, c’est un ordre ! Devenez milliardaires ou acceptez de n’être rien.
J’écoutais parler l’autre jour des gens sérieux, des gens gentils, pas cons, à la base.
Ils disaient tous les mêmes sottises à la mode, s’envoyant automatiquement les répons d’une sorte de messe laïque, un discours universel aussi parfaitement calibré et formaté qu’une pomme Golden ou une canette de Coca ; ils avaient manifestement l’impression de penser par eux-mêmes, alors qu’ils enfilaient les slogans consensuels comme autant de perles d’inculture destinées à renforcer le collier qui tient en laisse leur intelligence et met des œillères à leur jugement.
Chaque mot-stimulus opportunément distillé faisait sécréter la dose de salive appropriée et déclenchait le quota adéquat de petits aboiements rassurants-rassurés. Sucrés à la bonne volonté et à la bonne conscience, ces deux jumelles incestueuses.
C’était très sympathique, et absolument terrifiant. Les chiens de Pavlov tournaient bien sagement en rond dans leur niche.
Ils avaient tout lieu d’être contents, leurs maîtres leur avaient jeté un os intellectuel dont ils pouvaient à loisir déguster la substantifique moelle : ils tenaient le sujet qui compte, ils avaient compris où était la priorité des priorités.
Vous ne le saviez peut-être pas, mais il y a un problème qui doit être résolu avant tous les autres, une sorte de mère de toutes les batailles. Vous ne voyez pas ? Allez, un petit effort…
Qu’est-ce qui est plus important que tout le reste ? Qu’est-ce qui est plus urgent, plus vital que l’arrêt du nucléaire, que les bains d’ondes cancérigènes, que l’industrie chimique mortifère et la fin des abeilles, que la guerre et le terrorisme partout, que les massacres et les migrations, que le dérèglement climatique et le réchauffement du même nom ?
Bref, qu’est-ce qui doit de toute évidence passer avant l’Apocalypse en cours ?
Je vais vous le dire, mes ami.e.s, puisque vous n’étiez pas à cet instructif et nourrissant festin.
Ce pour quoi, toutes affaires cessantes, nous devons militer, ce à quoi nous devons consacrer toutes nos forces, c’est à promouvoir l’égalité hommes-femmes là où elle est le plus gravement et le plus scandaleusement bafouée, dans la langue, un mot appartenant pourtant de toute éternité au genre féminin, ce qui en dit long sur le cynisme de l’usurpation masculine et sur l’illégitimité du patriarcat.
Constamment harcelée, sans cesse violée par des accords dénaturés et des usages pervers, la langue féminine doit être sauvée par un remède de cheval, la parité intégrale, afin que la.le.les être.s humain.e.s soient enfin égal.e.s.aux !
Qui veut la fin veut les moyens…

Pour l’égalité salariale, ce détail, tant pis pour l’immense mais désespérément prosaïque et populiste François Ruffin : on verra plus tard.
Au fait, si on cherchait à qui le crime, pardon, la nouvelle morale, profite ?
Parce qu’en somme, l’inclusion généralisée, ça permet surtout de ne plus voir qu’il y a de plus en plus d’exclus…
Et que nous sommes en train de nous exclure de la vie, à force de vouloir nous l’inclure.

Comme le montrent fort bien, me semble-t-il, le discours sévère mais combien juste que vous trouverez sous ce lien https://www.facebook.com/laveritesurnotremonde/videos/187240468564348/?t=2
et les trois textes qui suivent, l’un datant d’un an, l’autre de deux, le dernier de six mois, mais tous trois parfaitement actuels :

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LA CLASSE NUISIBLE, par Frédéric Lordon

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LA DÉRAISON NÉO-LIBÉRALE par Michel-Lyon

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LES HABITS NEUFS DE L’ALIÉNATION par André Bellon


Enfin, à l’usage des salauds irresponsables qui font de ceux qui devraient être les gardiens de la paix des forces du désordre volontaire, je livre le texte publié ce jour par C’EST NABUM dans Mediapart :

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L’EFFET DE LA MATRAQUE

Macron, non, décidément, c’est pas mon genre !
Mais j’y reviendrai bientôt.


P.S. : Au fait, pendant que nous coupons les cheveux (ou les cheveuses, je ne sais plus à la fin) en quatre, le.a Gulf.e Stream.e, qui n’a pas de telles préoccupations, sort grâce à nous de son cours, pardon, de sa course, et nous promet des lendemains qui givrent…