« Hommes, il faut savoir se taire pour écouter l’espace. »

Proverbe touareg



Que mes lecteurs ne s’étonnent pas de me voir annoncer largement à l’avance ma prochaine exposition, qui me permet de retrouver Venise et les vénitiens à la Galleria delle Cornici, au Lido. C’est que j’espère y retrouver aussi certains des amis – voire quelques nouveaux ! – qui m’avaient fait la joie de venir partager les beaux moments vécus lors de mon exposition QUASI NIENTE, I COLORI DELLA LUCE, merveilleusement accueillie en janvier 2013 par l’Alliance française de Venise, dans ce lieu magique où elle a son siège, le Casino Venier.



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Alain Sagault, à la recherche du silence


L’art de l’aquarelle est un art exigeant, impitoyable. C’est un art où l’excellence est rare.
Réussie, l’aquarelle se caractérise par la subtilité de son élégance, de son raffinement. Elle est sans cesse sur un fil ou la mièvrerie la guette. Rapidité d’exécution, coup d’œil, requièrent à coup sûr de la virtuosité.
L’aquarelle convient parfaitement à qui désire suggérer, vibrer avec l’indicible, fixer ce qui ne fait que passer, l’à peine perceptible.

Il est question de saisir la légèreté fugace de l’instant au moment même du ressenti de l’émotion.
L’artiste réussit ou échoue, sans appel possible.

Pratiquer l’aquarelle et s’y tenir relève soit de la naïveté, de l’audace occasionnelle, ou d’une obsession, c’est-à-dire d’une recherche sans fin.

L’aquarelle, art désuet, art mineur ?
Allons donc ! Il faut beaucoup de caractère pour effleurer le papier humide, contrôler les irisations, et n’inscrire que la trace de l’essentiel minimum. Dürer, Turner ou Cézanne y parvinrent magistralement ! Turner et Cézanne, par leur pratique des réserves non colorées, surent donner au non peint une intensité parfois plus forte que celle du peint.

A sa manière bien personnelle, Sagault s’efforce avec bonheur à leur suite. Il œuvre à la recherche du peu, signifiant. En cela, il se situerait dans une filiation de Giorgio Morandi.
La côte ouest de l’Irlande, la lagune à Venise et la Manche à Wissant sont ses principales sources d’inspiration.
Il nous offre en partage ses surprises, ses émerveillements, son acharnement.

Il faut décidément beaucoup d’audace pour oser l’aquarelle, art de l’instant, qui oblige à l’attention la plus soutenue, celle de l’artiste comme celle du regardeur.
Tenter de saisir l’infini singulier du presque rien, du vague, du vain, de l’invisible.
Il s’agit d’un travail précieux ; il importe avant tout d’écouter le silence, en soi, autour de soi.

Plus elle est légère, plus l’aquarelle donne à voir car elle est alors source d’inspiration.

Jean Klépal
juillet 2016


DIPINGERE IL SILENZIO


À Venise, la lagune, certains jours, nous parle en silence d’un monde qui nous préexiste et nous survivra, et que j’aime d’autant plus que nous ne faisons qu’y passer, la plupart du temps sans même prendre réellement conscience de son existence, seul moyen d’y être au bout du compte heureux.
L’on est sur l’eau et les éléments se pénètrent et s’unissent au point de se confondre en une harmonie si parfaitement équilibrée qu’elle engendre chez le navigateur attentif cette paix dans le mouvement qui est notre seul mode d’approche et de compréhension de ces deux axes de l’univers que sont l’éternité et l’infini.

Venise est pour moi la ville du présent perpétuel, ce lieu magique où l’on peut retrouver l’éternité dans l’instant, le fini dans l’infini, se vivre microcosme au sein du macrocosme, pièce minuscule et irremplaçable du mouvant puzzle de l’espace et du temps.

Il y a plus de trente ans, dans le silence des nuits vénitiennes, un ami peintre m’a fait découvrir le dérangeant apaisement du mutisme. J’ai appris à partager son silence et celui de sa peinture, jusqu’à tenter de peindre à mon tour.
Sans que je l’aie voulu, mais par nécessité, par capillarité avec la nature que je tentais d’évoquer, le silence comme une acqua alta s’est mis à sourdre du papier et à se peindre.
Peinture de silence, au bord de l’invisible. Constamment tentée de disparaître, de se fondre dans la lumière ou la nuit. Murmure visuel à peine audible, comme d’un coquillage porté à l’oreille.
Peindre le silence, c’est pour moi partir à la découverte de l’infinie complexité du presque rien. De l’extraordinaire richesse et profondeur des couleurs de la lumière.
Ce que je tente d’atteindre, c’est ce moment où, enfin indissociables, perçus réciproquement l‘un à travers l’autre, le visible et l’invisible engendrent ce que j’appellerai l’âme du paysage.
Alors s’impose, comme une bienheureuse évidence, le lumineux instant de la contemplation silencieuse.
Entre la création et celui qui la découvre, le pont du silence.

A.S.



L’opera di Alain Sagault è per me una essenza di quello che si potrebbe percipire della laguna.
Cattura i dettagli essenziali di un affollato universo dove il meno è più...
lasciando al nostro io più profondo il contemplarci e il contemplare Venezia.
Da un opera a un altra il silenzio può risuonare dentro di noi, come in un spartito musicale... arriva l’allegro.
Una metafora di splosione che può essere un vulcano o il semplice fluire del vento.
La natura è anche silenzio.
Le sue opere prendono questo silenzio per risuonare dentro le nostre percepsioni.
Nelle sue macchie, la sua pittura, il nulla e il tutto condividono uno spazio.
Il colore, la luce, il gesto metafisico della sintesi cosmica.
Come la sua scultura, che ascolta... Brillante e trasparente.

Daniella P. Bacigalupo



Lo scorrere dell’acqua


La curiosità di Alain è in sintonia empatia con Venezia e Venezia ne è piena dai portoni, dai riflessi dell’acqua, dalle storie delle pietre del camminamento, dalle immagini antropomorfe che ti appaiono e risorgono e scompaiono sotto le maree.
E le paline sono testimoni dello scorrere e del crearsi nell’armonia di canali di velme. Quando Venezia comincia a prendere coscienza di voler esistere e di essere Venezia.
Sensazioni, la scienza dell’osservazione che si trasformano nei più bei pensieri che avvengono nel silenzio e nella notte e nell’oscurita, diventano colore.
Il personaggio non teatrale ma vitale è l’acqua, la laguna e le nuvole una reazione in amore verso loro così come il bisogno di ottenere la qualità dello scorrere dell’acqua, della laguna, della vita.

Franco Renzulli